Jean Maisondieu : pour en finir avec le mythe de la mère idéale
Terrafemina : Vous vous attaquez au mythe de la mère idéale, à l’amour sans limite pour sa progéniture. Mais la plupart des mères ne vont-elles pas vous répondre que leur amour pour leurs enfants est sans limites ?
Jean Maisondieu : Elle peut difficilement répondre autrement, puisque c’est une exigence posée comme naturelle. En quelque sorte, sa réponse est truquée. Mais on rencontre des femmes qui arrivent à dire que tout n’est pas si facile. Qu’il est impossible de prendre soin de son enfant 365 jours par an, 24h/24. L’épuisement guette celles qui en font trop parce qu’elles n’osent pas s’avouer que cet amour pour leur enfant n’est pas inconditionnel, qu’il a ses limites. L’un des moments difficiles de la maternité est aussi la rencontre avec le bébé après l’accouchement. Ce moment est une sorte d’adoption, tout le monde s’extasie devant l’enfant comme s’il était parfait et beau, ce qui est loin d’être le cas de tous les nourrissons ; la mère doit faire connaissance avec lui, et ce n’est pas si simple. Si elle ne semble pas l’apprécier sans la moindre restriction, on la juge, on la condamne au lieu d’avoir de la compassion.
Tf. : Elisabeth Badinter a été l’une des seules avant vous à se poser haut et fort contre le concept d’instinct maternel. S’agit-il aujourd’hui de prolonger son combat ? Que penser de l’accueil plutôt violent qui a été fait à son livre : « Le conflit, la femme et la mère » ?
J. M. : Ma position est différente de celle de Mme Badinter. Je pose la question justement de la distinction entre amour maternel et instinct maternel. L’instinct existe, la mère est en effet conditionnée pour avoir les bons gestes, mais je veux montrer que l’amour ne découle pas naturellement de cet instinct. Pour la bonne raison que l’amour se caractérise par sa liberté, or l’instinct n’est pas une liberté. L’amour est une élection, on le comprend très bien pour l’amour entre adultes, mais pas pour l’amour maternel. De là résulte un mensonge, un fantasme de la mère 100% dévouée à son enfant. L’erreur de Mme Badinter c’est le clivage qu’elle opère dès le titre, entre la femme et la mère, comme si on pouvait séparer les deux : toutes les mères sont des femmes !
Tf. : Vous affirmez que cette image de la mère aimante confine au sexisme. Est-il dégradant de regarder la femme comme une mère, ce rôle n’est-il pas plutôt valorisant, puisque seules les femmes sont capables de donner la vie ?
J. M. : Les hommes participent tout de même un peu au processus… Cette façon de voir les choses qui veut qu’on assoit la dignité de la femme sur le fait qu’elle est capable d’être une mère, revient à la déprécier en tant que femme. C’est ce que traduit très bien cette formule populaire et très vulgaire, veuillez m’en excuser, « Toutes les femmes sont des putes, sauf ma mère par respect ». Tout le sexisme de notre société repose là-dessus. On considère qu’une femme qui n’a pas eu d’enfants n’a pas accompli son rôle de femme, alors qu’un homme n’a pas besoin d’être père pour prouver qu’il est un homme. Mais cela est en train d’évoluer et c’est plutôt positif.
Tf. : Vous consacrez même un chapitre au viol, expliquant que les condamnés pour crime sexuel ont été les « victimes » de ce mythe de la mère idéale. Comment avez-vous abouti à ce constat ?
J. M. : Dans le cadre de mon métier de psychiatre des hôpitaux, je me suis retrouvé à prendre en charge des patients incarcérés pour des crimes sexuels. J’ai découvert que derrière leur passage à l’acte sur des femmes anonymes, se cache une volonté de vengeance sur la mère. Celle-ci est un personnage fantasmé, qui doit être admirable, angélique, et qui s’oppose en tout à la femme qui a un sexe et une sexualité. Une mère normale doit être seulement intéressée par « moi », sinon c’est que je ne suis pas « aimable », et qu’elle est coupable de s’intéresser à autre chose (d’autres hommes) qu’à moi et pire de se désintéresser de moi. Ce déni de la sexualité de la mère, donc de sa féminité, entraîne un désir de rabaisser la femme, en la réduisant à sa sexualité, comme pour lui dire « tu n’es pas digne d’être mère », mais il n’excuse pas le crime évidemment.
Tf. : Dans les médias et la publicité, on a l’impression que le personnage clé est plutôt la femme complète, à la fois femme et mère, séduisante et aimante… Est-ce que l’on n’avance pas dans le bon sens ?
J. M. : J’ai plutôt l’impression que la pub en rajoute une couche. Les femmes y font beaucoup de choses, comme si il allait de soi de pouvoir être une mère parfaite et dévouée 24h/24, plus tout le reste à plein temps ! Ce qui est positif c’est qu’on commence à y voir des hommes faire ce que faisaient les mères toutes seules – ménage, emmener les enfants à l’école, etc. -. La publicité accompagne les changements, elle les amplifie, mais les modèles et les stéréotypes restent les mêmes.
Tf. : A l’approche de la fête des mères, quel message voulez-vous faire passer auprès des femmes, et de leurs compagnons, afin de mettre à mal le cliché de la mère idéale ?
J. M. : Mon conseil à tous : apprenez à vous détacher de votre mère, vous les adultes, essayez d’être adultes... Pour un enfant il est normal de fantasmer sur une mère idéale. Quant aux femmes, qu’elles ne croient pas tout ce qu’on leur raconte sur l’amour maternel. Vous n’êtes pas une mauvaise mère si vous en avez ras-le-bol. Vous n’avez pas l’obligation d’aimer votre enfant, seulement de le respecter. Mais il n’y a aucune restriction à votre droit de l’aimer.
Jean Maisondieu, « Même les kangourous se détachent de leur mère » (Payot).
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Enfin le livre qu'on attendait! Voilà des réflexions sensées qui vont permettre à bien des femmes de ne plus culpabiliser. Bien sûr que l'amour pour ses enfants possède ses limites comme n'importe quel amour; on ne devrait pas éduquer dans l'optique qu'il faut sacrifier sa vie de femme. Personnellement je n'ai jamais été gênée de dire que, même si j'aime énormément mes enfants, ce n'est pas dans la maternité que je m'épanouie et que si c'était à refaire, je serais seule et sans enfants. Nous vivons en harmonie et heureux, leur inculquant le respect, la tolérance et la liberté, de façon à ce qu'ils deviennent de belles personnes, autonomes. Il n'est pas question de tout leur sacrifier. Je pense qu'ils auront compris que l'important est d'être libre et en accord avec soi-même et de permettre à l'autre de vivre de la même façon.Etre mère n'est pas une fin en soi mais une des composantes potentielles de notre vie sur terre.
J'ajoute que c'est aux femmes (aidées de leurs conjoints)de casser le mythe de la mère parfaite, seule et unique référence de leur progéniture. Cela permettrait aux hommes de savoir vivre seuls si nécessaire sans être complètement perdus, de passer au statut d'adulte un peu plus tôt, de ne pas chercher absolument quelqu'un à l'image de leur mère ou juste une domestique! Ce sont les femmes qui "sauveront la vie des belles-filles" !!!!! ;-)
Elisabeth Badinter, avec son livre "L'amour en plus" parut il y a une trentaine d'années avait déjà entrepris de démythifier l"amour maternel et la mère idéale, mythes bien pratiques pour garder les femmes à la maison ou culpabiliser celles qui souhaitent en sortir et donc "prendre le pouvoir"...et aujourd'hui encore j'entends des femmes (ma mère...)soutenir mordicus qu'une femme qui souhaite travailler est quelque part une "mauvaise mère", sauf si elle y est contrainte pour des raisons économiques, auquel cas elle devient une sainte...Mais bon, que l'ancienne génération (ma mère a 80 ans passés..:-) pense encore comme cela on peut l'accepter. En revanche je m'inquiète de voir remonter cette "idéologie" chez les jeunes, j'ai l'impression d'un retour en arrière, entretenu à coup de pub par les "nouveaux" pouvoirs : le marketing des marques de produits "maternisants" (Nestlé, Prénatal et consorts) qui seraient prêts à tout, et sans scrupules à re-créer le mythe de la mère idéale, juste pour vendre leurs produits...ce n'est jamais gagné pour les femmes, il faut rester vigilantes...
ce petit livre m'a l'air assez sympa va falloir que je le trouve et pourtant je ne suis pas du tout une grande lectrice !!!!
Ca a toujours été une grande question entre l'amour maternel et la mère idéale, je crois que les deux choses sont liée mais il faut savoir faire la part des choses.
On ne peut pas tous ressembler trait pour trait à la mère idéale mais ce n'est pas pour cela qu'il faut en avoir honte, chacun fait de son mieux.
J'adhère totalement aux propos tenus par Ysabella. Depuis très jeune, je n'ai jamais eu ressenti le souhait d'être mère. Hélas, combien de fois le contexte social m'a culpabilisé à ce propos !!!! A 50 ans aujourd'hui, j'assume ce fait pleinement sans regrets. J'ai toujours été entourée des enfants des proches. Certains ont à leur tour déjà des bébés et je les adore. J'ajoute que j'ai beaucoup de respect pour les femmes qui ont fait ce choix de mener une vie professionnelle en parallèle.
il n 'y a pas de mère idéale , chacunes d 'entre nous fait de son mieux pour bien élever ses enfants , j 'en ai 4 et je suis très fier d 'eux et du résultat de mon éducation!
la mere ideale ,, c est juste celle qui sait donner naturellement son amour a ses enfants ,, et avec l amour , on fait tout ,,,
Oui c'est vrai que c'est possible de donner de l'amour mais pour les enfants qui manquent de tout le reste tu as beau fournir de l'amour ça ne suffit pas toujours malheureusement.
Pourtant il faut avouer et dire quand cela ne va pas, être parent n’est pas rose tous les jours, élever un enfant ou même plusieurs n’est pas une partie de repos ; Il y a de bons moments mais aussi de très mauvais, il faut arrêter de se voiler la face et dire que tout est formidable
Je ne pense pas que la mère idéal existe, on est toutes différentes on fait les choses différements, le tout est d'aimer et d'aider son enfant à avancer dans la vie.