Par
Marika Mathieu
- Publié le 8 septembre 2009
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Libraire amer
700 livres pour qui ?
On parle beaucoup d’une très belle rentrée littéraire, très fournie, de qualité… Qu’en pensez-vous?
Une fois encore, et de manière de plus en plus poussée, la question se pose : 700 livres, d’accord, mais 700 livres pour qui ?
La rentrée littéraire selon moi, n’existe pas. En tous cas jusqu’au 15 septembre. Les gens rentrent de vacances, y sont encore dans leur tête, s’occupent de renvoyer leurs enfants à l’école, retrouvent leur vie quotidienne et ses soucis, et au milieu de tout ça, les livres, ils s’en fichent !
Et pour ceux qui s’y intéressent, 700 livres c’est trop, ils s’y perdent, ça n’a pas de sens, en septembre, comme le reste du temps.
Côté libraires
La rentrée littéraire n’est-elle pas l’occasion d’une plus grande affluence dans les librairies ?
Je ne suis pas contre l’artifice et les paillettes de la rentrée littéraire, je vais vendre des livres, mais c’est plus difficile qu’avant.
Dans ma librairie, quelles sont mes meilleures ventes ? Le dernier Beigbeder, pour la nouveauté que tout le monde attend, et Chaos Calme, de Sandro Veronesi, un livre qui a 14 mois d’existence et qui reste ma meilleure vente tous les jours.
Ca veut dire quoi ? Que les gens viennent en librairie pour acheter un bon livre, un seul, que ce soit un livre de cette année, d’il y a un an, d’il y a deux ans, un classique… Donc ce truc d’esbroufe qui fait beaucoup parler, écrire dans tous les magazines, ça ne veut pas dire grand-chose pour la plupart des gens.
La profusion, ni même la qualité ne peut enrayer la perte d’enthousiasme générale pour l’achat de livres.
Librairies en danger
Les librairies sont-elles en danger ?
Pour moi, c’est difficile, j’ai un loyer très fort, qui augmente et ne correspond plus au revenu de mon activité. Mon chiffre d’affaires a baissé de 10% l’année dernière, il rebaissera sans doute de 10% cette année… Virgin s’est installé à 500 mètres. Cela devient compliqué.
J’ai une vision qui change de ce problème, j’ai l’impression renforcée de me battre contre des moulins. Nous sommes beaucoup de libraires à tirer la langue, parce qu’il y a moins d’argent qu’avant. Un livre à 20, 25 euros, c’est trop cher !
Quand on dit ça à un éditeur, il ne comprend pas, mais en même temps, c’est évident : avec 25 euros, c’est un restau, on peut manger avec cette somme, et même des gens qui ont de l’argent finissent par emprunter leurs livres à la bibliothèque plutôt que d’investir dans des ouvrages neufs. Il arrive un moment où il faut regarder les choses en face, même un livre de poche à 10 euros, c’est trop…
Désir de lire ?
Le désir de lire s’épuise ?
Les gens ont moins de curiosité, ils sont moins épatés par les livres qu’ils ne le sont par un objet numérique … c’est plus facile de vendre un Iphone que de vendre un roman ! Et surtout, ils n’ont plus les moyens qu’ils avaient avant. Ils payent leur téléphone portable, leurs DVDs , le ciné, l’écran plat… Ca fait déjà beaucoup. Et ils lisent beaucoup moins.
On se dit déjà entre libraires que c’est la fin du livre… Moi, je voulais écrire un texte intitulé la « faim du livre » car j’ai toujours l’appétit forcené de ça, de ces livres qui ont bouleversé ma vie et qui continuent à le faire. Mais quand je vois passer les gens passer devant ma librairie, quand je sens si bien qu’ils n’ont plus de livres dans leur vie … je me dis que oui, c’est peut-être la « fin » du livre aussi.
Soutenir les libraires
Quelles sont les pistes à suivre pour soutenir les libraires?
Le syndicat du livre, la Mairie de Paris, les affaires culturelles… Il faut se demander si on veut encore qu’il y ait des librairies dans Paris. Des cinémas sont subventionnés, on pourrait faire de même pour les libraires qui font en ce moment de gros efforts pour se maintenir.
Virgin a 500 m2, j’en ai 50, je m’essouffle… Avec une aide pour les loyers ou une subvention quelque part, on pourrait peut-être sortir un peu la tête hors de l’eau.
Autrement à terme, il faut bien se dire que nous sommes condamnés.
[un client s’approche, il a deux livres dans la main, Emmanuel : "Miracle !"]
Conseil de lecture
Avez-vous un conseil de lecture à nous faire... pour ne pas perdre espoir ?
Bien sûr ! Un petit livre tiré du chapeau, Le Coeur en Dehors de Samuel Benchetrit.
Pour se faire plaisir sans aborder un livre sinistre. Une petite lumière au cœur de cette trop souvent
sombre rentrée. Le Petit Nicolas nous raconte sa vie de banlieue. C'est attendrissant, lucide, drôle, jamais amer. Une vraie caresse.
Propos recueillis par Marika Mathieu
Quelques chiffres
...Et pourtant il se vend plus de livres aujourd'hui qu'hier. Selon les chiffres fournis par le Syndicat National de l'Edition (SNE), il s'est vendu 113 818 romans en 2007, contre 102 885 en 2005 ...
Le nombre de livres édités est lui aussi en augmentation et la rentrée littéraire en est la parfait exemple. 409 livres étaient ainsi présentés en septembre 1997, contre 687 cette année. Toujours selon le SNE, il s'est vendu plus de 445 millions de livres en 2007, contre près de 347 millions en en 1997.
La question est donc est donc de savoir si c'est encore à la librairie de son quartier que l'on s'adresse pour trouver un ouvrage, et si la chasse aux bons plans sur le net n'aura pas bientôt raison des étales au coin de la rue.
Si ce n'est pas la fin du livre qui se profile, c'est peut-être la fin des rencontres inattendues, au détour d'un carrefour, entre vous et les premiers mots d'un chapitre ouvert au hasard... simplement parce que vous passiez par là.
Dommage d'y renconcer parce que les loyers sont trop chers pour les libraires.
ALLER PLUS LOIN :
Encore plus d'auteurs et encore plus de livres sur Terrafemina.

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Moi j'aime pas les libraires amers...
Je comprends qu'être libraire, de nos jours, devienne très compliqué, par ces temps de crise économique et à l'ère d'internet. Pourtant, je suis une de ces lectrices qui préfère entrer dans une librairie de quartier pour y dénicher la perle rare, soigneusement sélectionnée par un libraire passionné par son métier et par les livres, plutôt que de fréquenter ces grandes surfaces de la culture, dans lesquelles il devient rare d'obtenir des renseignements sur un ouvrage ou des recommandations de lecture.
Top le libraire !
la rentrée littéraire c'est beuacoup trop de livres en quelques jours!!!!
ce libraire a bien raison pour qui 700 livres il me faudrait lire deux bouquins par jours pour étre à jour à la prochaine rentrée littéraire!
les lmibraires connaissent eux aussi la crise
Je pense que ce spersonnes là doivent s ebattre car le livre papier aura toujours sa place dans nos maisons et dans nos coeurs.