Guerre des sexes : STOP !

Par Véronique Forge
Publié le 18 janvier 2010

Qui est l’auteur ?

Qui est l’auteur ?

Janine Mossuz-Lavau est directrice de recherche CNRS au CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po). Elle est diplômée de l'IEP de Paris et docteure en science politique (1969). Elle est chargée de cours (méthodologie) au master d'histoire et de théorie politique de l'IEP de Paris et en deuxième année de l'IEP (cours avec Christine Bard sur "Genre, féminisme et sociétés"). Elle travaille sur la thématique « genre et politique », sur les politiques de la santé et de la sexualité, sur les comportements politiques. Elle vient de publier « Guerre des sexes : Stop ! » aux éditions Flammarion.

Crédit photo: Arnaud Février/ Flammarion

Un livre coup de gueule ?

Un livre coup de gueule ?

V.F. :  « Guerre des sexes : stop ! » (Flammarion), ce livre est un coup de gueule ? 
J. M-L. :
Cela fait trente ans que je travaille sur les questions de Femmes et Politiques, Femmes et Sociétés, qui sont depuis devenues les questions de genres à la suite du « Gender » anglo-saxon. J’avais donc accumulé par des livres, des enquêtes etc… beaucoup de choses sur la question et j’étais extrêmement agacée de voir les contre-vérités qui s’énonçaient un peu partout de la part d’interlocuteurs qui pouvaient être aussi bien des psychanalystes, des journalistes, que des féministes à propos de ce sujet éternel des hommes et des femmes. On racontait beaucoup de bêtises qui ne tenaient absolument pas compte de l’état historique et sociologique des populations féminines et masculines donc j’ai eu envie de pousser un coup de gueule. 

V.F. : Ce livre, n’est-ce pas aussi l’histoire d’un féminisme qui serait allé trop loin, en mettant dos à dos hommes et femmes?
J. M-L. :
Je ne dirais pas du féminisme mais d’un féminisme. Dans les instances ou les personnes que je critique, il y a effectivement des féministes qui ont défendu des positions qui me semblent fausses. J’ai critiqué plusieurs sortes de féministes, notamment celles qui écrivaient dans les années 70 et qui font toujours référence aujourd’hui chez les étudiantes qui commencent à travailler sur le sujet. Je suis en désaccord avec ces dernières qui, pour dénoncer les inégalités entre les hommes et les femmes, parlaient de sexage -construit sur le même mode que le terme esclavage- et en venaient à assimiler le mariage à la prostitution arguant que les femmes se mariaient pour avoir le gîte et le couvert et qu’en échange elles étaient bien obligées d’assurer des services sexuels. Pour les années 70, c’est une aberration totale dans la mesure où ces années-là sont les années de libération sexuelle. Je suis également en désaccord avec les différentialistes, c’est-à-dire les féministes qui comme Antoinette Fouque ou Sylviane Agacisnki considèrent qu’il y a une différence fondamentale entre les hommes et les femmes parce que les femmes assurent la maternité. Selon Antoinette Fouque, elles seraient plus ouvertes aux autres car elles ont de l’autre en elle. Cela n’a vraiment pas été prouvé.   

V.F. : Ce différentialisme nourrit-il cette guerre des sexes dont vous parlez ?
J. M-L. :
Oui car quand vous dîtes différence, il y a forcément un moment où cela se traduit par infériorité/supériorité. S’il y en a un qui est différent, il y en a forcément un qui est inférieur et l’autre supérieur. 

 

Hommes et femmes : quelles différences ?

Hommes et femmes : quelles différences ?

V.F. : Les hommes et les femmes sont-ils différents ?
J. M-L. : Il faut bien distinguer quand on parle des hommes et des femmes entre le sexe biologique qui fait que l’on a des organes génitaux différents et le sexe social ou le genre, c’est-à-dire tout ce qui est la manière d’être dans une société donnée à un moment historique donné. Or, ce que l’on voit au fil de l’histoire c’est que les genres se rapprochent de plus en plus. En effet, nous constatons aujourd’hui, que les hommes et les femmes avec leurs fonctions, leurs activités, leurs études, se comportent de manière de plus en plus similaire dans la vie. Selon moi, nous allons vers « l’indifférenciation », c’est-à-dire une égalité dans la manière d’être au monde. Cette évolution n’est pourtant pas arrivée à son terme : les femmes sont certes en charge du public mais elles sont aussi beaucoup plus en charge du privé que les hommes. Nous obtiendrons l’équivalence quand les hommes prendront en charge le privé au même titre que les femmes. Je note que cela commence chez les jeunes hommes, où l’on constate un investissement dans la famille beaucoup plus important que chez les générations précédentes.

 
V.F. : Face à cette « indifférenciation », certains hommes se sentent un peu perdus…
 J. M-L. :
Il n’y en a pas tant qui se sentent perdus, c’est un phénomène que les media montent régulièrement en épingle. Cette plainte de l’homme blanc hétérosexuel tellement mal à l’aise face à ces femmes qui auraient tous les pouvoirs, c’est un peu ce que raconte Eric Zemmour, mais pour moi ce n’est pas la réalité. Beaucoup d’hommes, de trentenaires notamment, se sentent beaucoup mieux face à des femmes plus actives dans tous les sens du terme, y compris dans la sexualité. 


V.F. : Cette « indifférenciation » veut-elle pour autant égalité ?
J. M-L. : Quand je dis indifférenciation, je veux dire que c’est le terme d’un processus dans lequel on est mais nous ne sommes pas arrivés au bout. Il y aura « indifférenciation » justement quand l’égalité sera parfaitement réalisée. Que ce soit l’égalité dans les fonctions, les responsabilités, les salaires ou le partage du public et du privé. Si l’on prend la catégorie la plus élevée dans la hiérarchie socioprofessionnelle, c’est-à-dire les cadres supérieurs et professions libérales, vous n’avez pour l’instant que 37% de femmes. C’est mieux qu’il y a 10 ans mais nous ne sommes pas encore à parité. Il faut que les femmes, qui sont aujourd’hui plus nombreuses que les hommes à l’université, puissent continuer jusqu’au bout leur entrée dans les professions les mieux rémunérées et les plus prestigieuses. Ce n’est donc pas encore l’égalité mais nous sommes dans un processus qui nous y amènera.

Contre les idées reçues…

Contre les idées reçues…

V.F. : Parmi les idées reçues que vous critiquez, il y a celle qui dit que « La ressemblance tue le désir ». On la retrouve notamment chez le psychanalyste Michel Schneider ou chez Elisabeth Badinter. Que leur répondez-vous ? 
J. M-L. : Quand je dis ressemblance, cela ne veut pas dire que l’un s’aligne sur l’autre mais qu’il y a évolution vers plus de rôles équivalents partagés. Plusieurs auteurs, psychanalystes, journalistes ou encore Elisabeth Badinter disent que « la ressemblance tue le désir » et que si les hommes et les femmes se mettent à avoir les mêmes rôles, à être interchangeables dans la société, cela va tuer le désir.  Ils présupposent que le désir ne peut venir que de l’étrangeté, du mystère. C’est le prince qui tombe amoureux de la bergère, le patron qui craque pour la secrétaire etc.. Je pense que c’est faux, pour deux raisons. D’abord si la ressemblance ne pouvait naître que du fait de cette étrangeté, n’importe qu’elle femme qui verrait passer un homme se dirait « c’est un homme, il est différent de moi, son étrangeté, son mystère, je vais me jeter sur lui ». Cela ne marche pas comme cela. Ce que l’on voit dans les études de sociologie au contraire, c’est ce que l’on appelle l’homogamie sociale, c’est-à-dire des gens en couple qui sont assez proches du point de vue du statut, du profil et de leur milieu. En outre, selon le psychanaliste Michel Schneider nous serions dans « un univers de grande misère sexuelle» en France du fait d’une indifférence des sexes qui irait de pair avec une  indifférence au sexe. Au contraire, toutes les enquêtes montrent que la sexualité a de plus en plus d’importance pour les français et qu’elle s’améliore plutôt. Pour le dire autrement, la France est plus Rock and Roll que dans une situation de misère sexuelle. Plus on va vers une indifférence des sexes plus la sexualité se porte bien.
 
V.F. : Autre idée reçue que vous remettez en cause «  les femmes ont pris le pouvoir ». L’ascension des femmes dans le secteur économique est une réalité, mais beaucoup d’obstacles subsistent encore. Comment analysez-vous ces freins persistants ?
J. M-L. :
Je pense qu’un certain nombre de femmes n’ont pas encore de réseaux suffisamment développés, complexes et qu’à partir d’un certain niveau beaucoup de choses se font par cooptation. Cela veut dire qu’on vous appelle, on vous demande de prendre telle fonction, si vous faîtes partie d’un réseau. Comme ce sont les hommes qui sont les premiers en place, ils ont tendance à plutôt coopter leurs copains, les gens qu’ils connaissent. On ne pense donc pas spontanément à prendre des femmes. Autre élément qui m’a frappé en discutant avec des DRH : au moment de la dernière sélection pour un poste à pourvoir, lorsqu’on demande aux candidats leurs exigences financières, les femmes demandent systématiquement moins que les hommes. Il y a donc d’emblée une différence. Les femmes sont encore dans un mode de fonctionnement différent : elles n’osent pas demander plus alors que les hommes se surévaluent toujours. C’est un peu le même système qu’au lycée quand il s’agit de choisir les prépas, une fille moyenne dira qu’elle n’est pas capable et ira faire du droit alors qu’un garçon moyen dira je fais faire des sciences.


VOIR AUSSI
L'article "qui a peur du féminisme" par Marika Mathieu
L'interview vidéo de Brigitte Grésy "Petit traité contre le sexisme ordinaire"

Voir aussi :  feminisme    sexo   
 

Commenter

3 commentaires

isa169 - 31/01/10 22:50
très bon bouquin merci pour ce conseil de lecture
angel95 - 20/12/11 12:02
Il a l'air vraiment bien ce bouquin franchement !
country33 - 19/01/12 17:21
Il serait bien de le faire lire par obligation aux ados et ça changerait peut être les choses en l'imposant dans leur programme scolaire.

les femmes de l'année

Entreprises partenaires

Fermer