Penser la guerre aujourd’hui, entretien avec Eric Desmons

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Publié le 2 avril 2011

Après les carnages du XXe siècle, la guerre a changé de visage. Les enjeux, les armes et les stratégies ont été bousculés par le terrorisme et l’aspiration de l’occident à une guerre « zéro mort ».  Comment pense-t-on la guerre aujourd’hui ? La Revue des Deux Mondes s’est penchée sur la question dans son dernier numéro (mars 2011) : décryptage avec Eric Desmons, Professeur en Droit et auteur de « Mourir pour la patrie » (PUF).  
Penser la guerre aujourd’hui, entretien avec Eric Desmons


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Penser la guerre aujourd’hui

Complément au dossier « Dans la guerre » de La Revue des Deux Mondes, mars 2011.

Eric DESMONS est Professeur agrégé de droit public à l’Université Paris XIII, et auteur de plusieurs ouvrages dont « Mourir pour la patrie » (PUF, 2001).

Terrafemina : Depuis les deux Guerres Mondiales du XXe siècle, pense-t-on la guerre différemment en Occident ?
Eric Desmons : Oui évidemment, parce que ces « guerres de masse » ont été très meurtrières. Aujourd’hui, d’une part nous ne sommes plus dans un contexte de guerre mondiale, et d’autre part le traumatisme a été si grand qu’on essaie de faire en sorte que le coût humain soit le moins élevé possible. Toute la réflexion de la guerre tourne autour de cette réduction du coût humain, tant pour les armées qui font la guerre que pour les ennemis.

TF : En quoi le terrorisme a-t-il modifié la conduite et la façon de penser la guerre ?
E. D. : D’une part, nous n’avons plus de conflits entre deux armées identifiées et identifiables. Le principe du terrorisme, c’est de porter la guerre au sein des populations civiles pour faire plier les gouvernements. Nous ne sommes plus dans un contexte de guerre conventionnelle. Autre élément important : ce sont des guerres asymétriques. Les terroristes emploient des moyens qui ne sont pas ceux des armées conventionnelles. On dit même que le terrorisme est la « guerre du pauvre » : en effet ils n’ont pas de moyens militaires. Ils cherchent à atteindre le moral. Le but n’est pas tant de détruire une armée que de créer une panique pour espérer ensuite que la population fasse pression sur le gouvernement, afin de lui faire changer sa politique. Donc il y a une vraie dissymétrie entre un camp qui cherche à protéger la vie de ses militaires de carrière – les conscrits sont très rares de nos jours-, et de l’autre côté des terroristes qui méprisent totalement la mort et ne voient aucun problème à sacrifier leur vie pour faire gagner leur cause.

TF : Les guerres d’aujourd’hui sont-elles réellement plus technologiques qu’avant ?
E. D. : L’arme nucléaire avait un sens au moment de la guerre froide. C’était une arme de dissuasion : si des deux côtés de la planète on a des armes nucléaires, et que l’un des deux côtés peut faire sauter l’ensemble de la planète, évidemment on ne va pas déclencher de conflit ouvert. Je pense que nous n’en sommes plus là. En revanche les nouvelles technologies sont entrées de plain-pied dans la manière de faire la guerre. On l’a vu lors des guerres d’Irak ou d’Afghanistan où tous les nouveaux moyens ont été déployés pour rechercher l’ennemi, pour le détruire de la manière la plus précise qui soit. Et face à cet arsenal technologique on a des terroristes qui font une guerre technologiquement artisanale.

TF : La violence et les pertes humaines sont de moins en moins tolérées par nos sociétés. La guerre « zéro mort » est-elle un fantasme ?
E. D. : Ce n’est pas un fantasme, mais presque un programme politique. Cela ne signifie pas que la guerre ne fait pas de morts, mais tout est fait pour qu’il n’y ait pas de pertes humaines. Si on veut faire un peu d’histoire des mentalités, on s’aperçoit que la modernité, notamment occidentale, attache un prix fondamental à la vie. L’idée c’est « plutôt la santé que le salut ». « Plutôt la santé que la gloire et les honneurs ». Le climat fait que la majeure partie des individus ne souhaite plus perdre la vie violemment, en tout cas faire le sacrifice de leur vie au combat.

TF : Le sens du sacrifice pour la patrie fait-il toujours partie de l’engagement du soldat ?
E. D. : Durant les décennies qui ont précédé la Première guerre mondiale, l’idéologie patriotique était très forte : on apprenait aux enfants dans les écoles que l’Alsace et la Lorraine avaient été perdues, qu’il fallait se préparer à reprendre ces provinces, que la mère patrie attendait de ses enfants qu’ils fassent le sacrifice de leur vie pour elle… Difficile de mesurer le degré d’efficacité de ce type de discours, mais il n’est pas anodin. La Première guerre mondiale a complètement laminé ce patriotisme, on voit apparaître un fort courant de pensée antimilitariste, voire même antipatriotique.

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Marine Deffrennes

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Marine Deffrennes a le goût des mots. Après une hypokhâgne et une khâgne classique à Lille, elle clôt ses études littéraires sur un DEA de lettres. Après une expérience au sein de la rédaction d’un autre site féminin, elle rejoint l’équipe Terrafemina.com en 2009 où elle s’occupe des rubriques Culture & Société. Elle assume la fonction de Directrice de la rédaction depuis avril 2012, tout en continuant à exercer sa mission de journaliste.

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2 commentaires

izabelamagdalen - 26/05/11 10:57
J'ai pensé à la guerre aujourd'hui, j'aime pas
angelabeille - 03/05/12 15:23
Oh je suis navrée, mais ce n'est pas du tout ce que j'aime en lecture... J'en ai des frissons rien que de lire cela.
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