Psychologie de la crise : « la peur joue un rôle sur les marchés financiers »

Par La rédaction
Publié le 7 février 2012

Spéculation, protectionnisme, produits toxiques, le monde de la finance n'a jamais été aussi décrié. Mais quels sont les ressorts psychologiques des mécanismes financiers ? Quel rôle a joué la peur dans la crise de 2008 ? Entretien avec Annick Steta, docteur en sciences économiques.  
Psychologie de la crise : « la peur joue un rôle sur les marchés financiers »


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Alain-Gérard Slama rapproche la crise de 1929 de celle de 2008. Ces deux crises sont-elles comparables dans leur impact sur la société ?
Annick Steta : Elles ont toutes les deux eu un impact extrêmement fort. Néanmoins à l’heure actuelle nous constatons une montée de la tentation protectionniste plutôt que des protectionnismes. Les tensions sur les marchés monétaires deviennent de plus en plus fortes, un certain nombre de pays émergents essaient de défendre leur parité puisqu’elle devient trop forte par rapport à des monnaies comme le dollar ou l’euro –particulièrement le dollar. Pour ce qui concerne l’impact sur les sociétés elles-mêmes, on constate tous les jours en France, qui est un pays relativement protégé, à quel point l’impact est violent, aussi violent que ce qu’on a pu connaître dans les années 30, ou après la Seconde Guerre mondiale, lors de la reconstruction.

Cette crise signe-t-elle la fin d’un monde, ou la fin d’une vision du monde ?
A. S. : C’est la fin d’un mode de développement et d’une civilisation occidentale, c’est la fin de cette espèce de duo entre l’Europe et les Etats-Unis, qui depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec pendant une période l’URSS, s’étaient non pas partagé le monde, mais partagé la domination du monde. Cette vision-là est en train de disparaître. Le grand rêve unificateur du continent européen, qui était né après la Seconde Guerre mondiale, a complètement disparu sous l’impact de cette crise. On assiste à un renversement du monde vers les nouvelles puissances économiquement dominantes, et particulièrement vers la Chine.

Peut-on mesurer l’importance du facteur psychologique dans l’économie ?
A. S. : On tente progressivement de le faire, on tente d’identifier ce que sont réellement ces esprits animaux, la confiance, l’excès de confiance qui peut conduire à un excès d’investissement, la générosité… La générosité n’est pas rationnelle, elle peut vous conduire à rémunérer vos salariés de façon excessive par rapport à ce que le marché du travail exigerait. Le modéliser c’est tout le champ de cette économie comportementale en macro-économie dans probablement les vingt ou trente prochaines années.

Quel rôle joue la peur dans le mécanisme de la crise ?
A. S. : La peur joue un rôle important. Elle a notamment joué un rôle essentiel en 2008, après la faillite de Lehman Brothers, quand l’intégralité du système financier, et l’intégralité surtout du marché interbancaire, a été gelée. Là aussi pour une raison simple : comme plus personne ne savait où étaient les produits « subprime », puisqu’ils étaient un peu partout, les banques ont été terrorisées à l’idée de continuer à se prêter entre elles puisqu’elles ne savaient pas si les produits qu’on leur donnait en garantie de ces prêts étaient ou non atteints par le mal. Donc elles ont choisi pour se protéger de couper les circuits, c’est un mécanisme de peur, mais une peur pas tout à fait irrationnelle. Le problème c’est que cette manière de se protéger paralyse l’intégralité du système, et a un effet sur le marché du crédit, et in fine sur la croissance économique.

L’informatisation des opérations financières porte-t-elle la responsabilité de la crise financière actuelle ?
A. S. : De façon à maximiser leurs gains, les agents sur les marchés financiers ont toujours multiplié les opérations pour tâter le terrain. Pour savoir quel était le prix de tel actif sur différents marchés, et essayer de tirer le profit maximal des échanges qu’ils réalisaient. Ces opérations d’ « arbitrage » ont un rôle positif pour l’économie, elles permettent d’uniformiser le prix d’un actif sur l’ensemble des marchés. Et tant que des acteurs humains réalisaient ces opérations, elles étaient relativement limitées. Elles sont déstabilisantes depuis que les ordinateurs sont aux commandes, il n’y a plus de limites. La capacité de calcul de l’ordinateur est infiniment supérieure à celle de l’être humain, donc ces opérations se déroulent en continu. Il est intéressant de constater qu’un certain nombre de grandes banques d’investissement, dont des banques françaises, commencent à licencier massivement leurs salariés, leurs opérateurs. On peut penser que dans un premier temps c’est un mouvement lié à la conjoncture, parce qu’elles gagnent moins d’argent, elles ont besoin de moins de salariés. On peut également penser que c’est un mouvement de fond, et qu’on va progressivement, au fil d’approfondissements de la régulation, vers une redéfinition du rôle de la sphère financière, vers quelque chose de plus sain. Mais ce sera long et d’autant plus compliqué que les marchés financiers, par nature, sont dématérialisés et on peut tout à fait imaginer que d’autres places financières se créeront ou se développeront dans d’autres parties du monde.

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8 commentaires

country33 - 07/02/12 17:54
On ale petit Noicolas qui gère tout ça et la grande Angela comme conseillère financier alors on peut dormir tranquille.
fidjikelyna - 08/02/12 11:15
oui comme tu dis country on peut dormir tranquille depuis qu'ils nous bercent avec leurs mensonges ces 2 là!!!
jeanne-flo - 13/02/12 07:13
Je crois que cette crise économique met à jour des vérités sur la nature profonde de bien des gens , l'appât du gain est d'autant plus indécent quand il met à la rue les gens .
angelabeille - 19/02/12 14:12
On verra bien ce que cela donnera dans le temps, de toute façon a notre niveau, du moins le mien, je ne peux rien dire. Je n'*y connais absolument rien.
jujuleretour - 14/03/12 22:02
je ne pense pas qu'il faille comparer la crise de 29 avec la crise économique actuelle ,, en 29 il y avait la certidude d un essor économique a suivre , avec l 'évolution qui était en marche ,, que la crise actuelle , a part quelques tres grandes entreprises , qui ont signées des marchés pour l 'avenir ,, il n y a guere d'essor possible ,, les élection françaises et américaines ne son,t pas la pour arranger les choses , tant qu elles ne seront pas bouclées , les investisseurs voudraient etre sure de savoir a quelle sauce ils vont etre mangés ,,,, et si les investisseurs se faufiles dans les méandres de pays ou les taxes sont moins hautes qu en france ,, il y a du soucis a se faire ,,,, parce que je pense , que les tres grandes entreprises font quand meme tourner le monde ,,, alors , elles sont riches , bien sur , mais ce sont les seules capables d investir et de donner de l emploi et par conséquent , du pouvoir d 'achat ,,, si elle partent ,, ce ne sont pas les pme qui releveront l économie française , étant donnée qu elle travaille avec la population et pour la population et avec l argent de la population chose que les français n ont pas , ou peu ,,,
country33 - 29/05/12 07:56
Ce n'est pas aussi dramatique en France qu'ailleurs puisque cette crise atteind tout le monde, ce serait inquyiétant de voir que seul la France est touchée.J'ai bel espoir il faut croire au miracle.
fleurs06 - 22/07/12 16:26
C'est sur que quand on a peur, on évite tout simplement de miser à la bourse, en ce qui me concerne, je le ferais jamais, car j'aurais trop peur de perdre des sous !
Fleurdesmontagn - 16/12/12 03:57
La peur est un élément à prendre en considération que ce soit dans la vie privé que dans celle des marchés financiers! Elle joue un grand rôle dans tous les domaines!

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