Par
Marika Mathieu
- Publié le 29 avril 2009
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Les femmes dans la crise
Remède à la crise ?
Une étude menée en 2008 par Michel Ferrary, fondateur et directeur de l'Observatoire de la féminisation des entreprises au CERAM (Ecole Supérieure de Commerce à Nice-Sophia Antipolis). S’appuyant sur les bilans sociaux d’une quarantaine de grandes entreprises françaises -de Renault à LVMH en passant par BNP Paribas-, il a étudié l’impact de la féminisation d’une entreprise sur ses performances et sa rentabilité.
Résultat : les entreprises les plus féminisées sont celles qui auraient le mieux résisté à la crise. Ainsi, Hermès est la seule à avoir connu une hausse de son action depuis le début de l’année, avec un taux de féminisation chez les cadres parmi les plus élevés, à savoir proche de -55%.
Cette étude accrédite l'idée que le management féminin, comme la mixité réelle des équipes, sont de véritables atouts en termes de productivité.
Un argument de poids au coeur de la lutte pour la parité.
Gagne-pain fragile
Si les femmes semblent mieux résister à la crise, ce n’est peut-être qu’une apparence.
Aux Etats-Unis, le phénomène est en passe de devenir une évidence. Les femmes prennent les rênes du revenu et c’est bien la première fois qu’on les laisse faire. Rien à voir avec un noble élan de parité, tout est affaire de crise. Selon le New York Times, 82% des emplois touchés par l’économie en berne étaient tenus par des hommes.
En France aussi, la brusque montée du chômage a concerné en priorité les hommes de l’industrie. En mars 2009, selon le dernier rapport du Pôle Emploi du ministère de l’Economie, le nombre d’hommes sans emploi avait augmenté de 31,5% en un an, contre une augmentation de 13,3% chez les femmes et sur la même période.
Donc oui, dans un premier temps, les femmes sont moins touchées par les destructions d’emplois, mais c’est sans oublier qu’elles sont en général plus nombreuses à être au chômage ou en activité réduite que les hommes. Au quatrième trimestre 2008, les femmes étaient 8,8% à être au chômage contre 7,6% d’hommes.
C’est au niveau du temps partiel que se découvre une réalité bien plus dure qu’il n’y paraît pour les femmes.
Les femmes, abonnées au temps partiel
85% des temps partiels sont tenus par des femmes. C’est ce qui a conduit deux économistes de l’OCDE à écrire en mars 2009 un article intitulé : « Femmes au bord de la crise économique ». Si le taux d’emploi des femmes reste à flot, ce n’est peut-être qu’à cause de la multiplication des contrats précaires, aux horaires aussi maigres que les salaires.
Les auteurs de l’article, Françoise Milewski et Hélène Périvier, disent ainsi : « les femmes sont davantage concernées par le temps partiel et les contrats précaires (CDD). Elles vont donc être tout particulièrement atteintes par les fins de contrats et leur non-renouvellement. »
Et c’est bien tout le problème. Quand une usine ferme, les salariés en danger se regroupent pour protester et les caméras ne sont pas longues à venir filmer les feux de leur colère. Mais quand dans les services, une femme voit son temps de travail décroître peu à peu jusqu’à disparaître, cela ne se « voit pas ». Pourtant les conséquences de cette crise silencieuse sont tout aussi graves pour l'équilibre de la société en général.
… et aux maigres salaires !
Une femme gagne toujours en moyenne 25% de moins de ce que gagne un homme en France. Elles sont pourtant en moyenne plus diplômées que leurs collègues masculins. Quand on la rapproche du fait que nombre de femmes se trouvent aujourd’hui seules à subvenir aux besoins de leur famille, il y a de quoi s’alarmer de cette inégalité aussi injuste que persistante.
En mars 2008, le gouvernement a annoncé sa volonté de lutter contre l’inégalité salariale et l’engagement des entreprises dans une démarche de parité d’ici fin 2009. Un projet de loi devait être voté afin de définir les sanctions applicables aux organismes réfractaires dès 2010. Oui, mais voilà. Le cahier des charges de l’Assemblée nationale est déjà saturé et le projet de loi est sans cesse remis à plus tard.
Comme le notent les chercheuses de l’OCDE, « l’heure est à aider les entreprises, non à les pénaliser. » Mais « où est donc l’égalité salariale promise pour 2009, au pire 2010 ? ». Le gouvernement promet « une concertation avec les partenaires sociaux ». Autant dire que le vote n’est pas pour demain et que les économies sur le dos du sexisme sont aussi bonnes à faire que les autres.
Le discours qui permet d’éviter le problème est bien connu. Que les femmes travaillent, c’est très bien, et c’est très utile ! Mais qu’on ne vienne pas en plus discuter des conditions. Temps partiels et contrats précaires sont finalement très adaptés à ces dames qui continuent à « vouloir » tout faire chez elle aussi, des tâches ménagères au bain des enfants. C’est un service qu’on leur rend, non ? On leur donne du temps, ce qui vaut bien de l’argent, jusqu’à ce qu’on n’ait plus besoin d’elles…
Dans le monde
En France, on peut se dire que les femmes sont au bord de la crise, mais dans les pays en développement, elles sont en plein dedans.
En mars dernier, le Bureau International du Travail (BIT) a averti : la crise économique pourrait entraîner une augmentation du nombre de femmes au chômage de 22 millions en 2009.
Sur 3 milliards de personnes qui travaillaient dans le monde en 2008, 1,2 milliard étaient des femmes (soit 40,4%). Le rapport sur les tendances mondiales que le BIT publie chaque année indique qu’en 2009, le taux de chômage mondial des femmes pourrait atteindre 7,4%, comparé à 7% pour les hommes.
Encore une fois, au-delà même du chômage, c’est l’emploi précaire et « vulnérable » qui menace le plus les femmes par temps de crise. Le BIT prévoit que le taux mondial de l’emploi vulnérable pourrait varier de 50,5% à 54,7% pour les femmes en 2009, contre 47,2% à 51,8% pour les hommes.
« Avec un taux d’activité plus faible, une maîtrise plus rare de la propriété et des ressources, une concentration dans l’emploi informel ou vulnérable, des rémunérations moindres, et moins de protection sociale, tout cela met les femmes dans une position de plus grande faiblesse que les hommes pour surmonter les crises», affirme Jane Hodges, la Directrice du Bureau pour l’égalité entre hommes et femmes. Elle ajoute: « Les femmes peuvent s’en sortir en travaillant davantage d’heures ou en cumulant plusieurs emplois peu rémunérateurs, mais elles ont encore à assumer les tâches domestiques et familiales non rémunérées. »
Quelles solutions ?
Le BIT plaide en faveur de « solutions imaginatives » pour traiter l’inégalité croissante entre hommes et femmes dans le monde en crise. Son directeur, Juan Somavia, a ainsi cité « des emplois durables et de qualité ouverts aux hommes comme aux femmes, une protection sociale étendue comprenant des indemnités chômage et des mécanismes d’assurance qui reconnaissent la position vulnérable des femmes sur le marché du travail, un dialogue social avec l’insertion active des femmes dans les processus de prise de décision… »
Pas si imaginatif que ça ! Il s’agit apparemment de reconnaître que si la crise affecte différemment hommes et femmes, c’est en raison de l’inégalité entre les sexes sur le marché du travail, comme ailleurs.
En France, à force de ne pas s’attaquer à la question, c’est comme si on en avait diminué la portée. Qu’est ce qui justifie que les femmes soient moins bien payées que les hommes ?
Mais surtout : n’est-ce pas le point de départ des abus qui affectent la position sociale des femmes ? Des formes de mépris qui entourent la précarité de leurs emplois, leur flexibilité, leur silence ? La justification de leur minorité dans les hautes sphères du pouvoir ?
La crise économique révèle les forces et faiblesses d’une société. En l’occurrence, on peut voir ici que la parité ne fait pas partie de nos forces. Et c’est dommage d’être si faible.
Marika Mathieu

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Je vis actuellement le chômage et je n'en ai plus honte. Pour me "lancer dans la bagarre", pour affronter le regard de l'autre, je dois garder toute mon énergie.
Le chômage est une mort sociale extrêmement violente : tous les matins, je regarde "tout ce temps qui me reste" et je ne sais comment le meubler, une fois mes recherches et mes actions terminées.
Le féminisme est resté sans réorganisation. Lorsque je recherche des groupes de paroles parlant de ce sujet, des associations,... au mieux, ma demande reste incomprise. Le problème est réglé au cas par cas. On m'informe de lois en vigueur et si je souhaite davantage, je dois me débrouiller seule.
Dernièrement j'ai entendu dire à une jeune femme, de s'arranger pour faire garder son bébé avant de commencer une formation. C'était une femme qui le lui disait, une femme qui a du connaître les mêmes difficultés par le passé.
Je ne comprends pas... Nous avons des points communs, nous avons les mêmes soucis, le même questionnement, ... et pourtant, nous continuons de nous débrouiller seules. A quoi ça rime ? Pourquoi est-ce que nous ne nous rassemblons pas ? Pourquoi tant de réticences à parler travail et argent ? Que voulons-nous prouver à rester dans nos difficultés ? Nous devons nous regrouper, parler, trouver des solutions, ... Les Canadiennes le font : elles se regroupent, forment des groupes de paroles et de soutien, spontanément...
en effet la période de chomage n'est pas facile, on se sent inutile, on a rien à raconter et on devient une pro du ménage nous vivons dans un monde ou l'on nous demande de travailler plus, sauf qu'il n'y a pas d'emploi et que les sociétés françaises se delocalisent à tour de bras à l'etranger
Quelle catastrophe pour ces pauvres mamans qui élèvent leurs enfants seules! Je comprends totalement le désarroi de cybèle...
quand on est seule faire garder ses enfants ne doit pas du tout être évident, c'est aussi un vrai parcourt du combattant pour trouver du boulot!
et cela n'est pas près de s'arranger pour les femmes: combien de fois a t'on promis de relever le salaires de ces dernières ? . . . .. . . ..