Par
Alix Foriel
- Publié le 16 novembre 2009
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Donner du sens au capital, c'est possible !
Allier performance financière et utilité sociale
Aux Etats-Unis, on les appelle les « social venture funds ». Ce sont des fonds qui investissent dans des entreprises en fonction de critères à la fois financiers et extra-financiers. Ces entreprises doivent avoir un comportement respectueux de l’environnement, une politique sociale responsable, ou encore être dirigées par des personnes issues de minorités ethniques, qui viennent de classes ou de zones géographiques défavorisées, ou même tout simplement par … des femmes.
De manière générale, les pays anglo-saxons sont plutôt en avance sur la notion de « retour social sur investissement » : des études ont été réalisées, qui montrent que les performances des entreprises responsables sont équivalentes voire meilleures que celles des entreprises plus traditionnelles.
En France, l’ISR, l’investissement socialement responsable, existe depuis une vingtaine d’années déjà, pour les investisseurs particuliers. Mais dans le domaine du capital-investissement, les fonds éthiques sont encore extrêmement rares. Nous avons rencontré les dirigeants de deux fonds français, Citizen Capital et Alter Equity et … surprise, ce sont deux femmes !
Citizen Capital: financer des entrepreneurs atypiques
« En France nous avons un état d’esprit qui met en avant les droits de l’homme et l’universalité. Or l’égalité est une tâche à accomplir, pas une donnée. » C’est la conviction de Laurence Méhaignerie, qui l’a conduite à monter le fonds « Citizen Capital » avec son associé Pierre-Olivier Barennes. Il a été lancé en octobre 2008, après deux ans de recherche de capitaux.
Laurence Méhaignerie avait déjà beaucoup travaillé sur les thèmes de l’égalité des chances et de la diversité. Elle a même lancé la polémique sur l’affirmative action. Mais après une expérience dans les cabinets ministériels, elle voulait « sortir de la relation de subventions pour une relation d’égal à égal. »
Citizen Capital est donc un fonds de développement qui permet de financer en fonds propres des PME (petites et moyennes entreprises) en forte croissance. Il cible des PME de petite taille (entre 1 et 20 millions de chiffre d’affaires), et avec un effectif d’au moins 15 personnes. Ces entreprises sont choisies en fonction de plusieurs critères extra-financiers : géographiques (entreprises implantées dans des zones défavorisées) ou en fonction du profil du dirigeant (par exemple, des autodidactes ou des personnes issues de minorités), ou encore selon l’activité de l’entreprise, à savoir si elle contribue au développement durable.
C’est sûr, il y a un marché. Sur une douzaine de fonds d’investissement étudiés par Citizen Capital, 97% des entreprises dans lesquels ils sont investis sont dirigés par des hommes, 82% sortent de grandes écoles ou ont fait un 3ème cycle. 95% sont implantés dans le cœur des agglomérations.
Les autres, celles qui ne sont pas regardées par les investisseurs traditionnels, ont bien du mal à financer leur croissance, par manque de réseaux notamment. Car cela ne veut pas dire que ces entreprises ne sont pas intéressantes d’un point de vue financier, loin s’en faut.
Soyons clairs. Quand Citizen capital investit dans une entreprise, ce n’est pas du philanthropisme, c’est pour gagner de l’argent. Mais c’est aussi pour donner du sens au capital.
« Il y a un intérêt à allier performance financière et impact social positif, » estime Laurence Méhaignerie, qui cite l’exemple d’un dirigeant autodidacte dont l’entreprise met à disposition des PME des temps partagés. Il s’agit d’un nouveau projet de développement axé sur les seniors (plus expérimentés). « C’est intelligent de financer ce type de société ».
Citizen Capital a investi ses premiers 800 000 euros en avril dernier, dans G2J, une société de vidéoconférences dirigée par un martiniquais, José Jacques-Gustave. Six ou 7 autres dossiers sont en attente.
Vous l’aurez compris, les femmes ne font pas partie des critères de sélection. Laurence et son associé se sont bien posé la question : mais « on serait sortis de la question sociale »… En fait, peu de femmes se portent candidates. Sur 40 dossiers rentrant dans la cible de financement, 4 ou 5 seulement proviennent de femmes. (pour info, 13% des dirigeants de PME sont des femmes).
Photo: Laurence Méhaignerie
Alter Equity: un fonds durable
Alter Equity : le nom est bien choisi, pour ce fonds d’investissement qui combine performance financière avec intérêt général et utilité sociale. C’est Fanny Picard, jeune maman souriante et détendue, qui l’a monté après un cursus exemplaire dans la finance. Rothschild, Wendel, des noms qui brillent !
L’idée de ce fonds dédié au développement durable ne sort pas de nulle part. Fanny Picard est une vraie passionnée de diversité, et d’environnement. Travailler pour l’intégration, lutter contre le racisme, promouvoir des femmes : toutes ces questions faisaient déjà partie de sa première vie, celle d’une banquière d’affaires promise à un bel avenir. Mais justement, quel avenir ?
« Il était temps d’être en cohérence avec moi-même et d’avoir une activité professionnelle plus porteuse d’intérêt général ». 40 ans, l’âge de la remise en question. L’âge de l’action aussi. En 2006, Fanny monte donc Alter Equity.
Ce fonds investit dans des sociétés non cotées, existant depuis au moins deux ou trois ans, et qui sont fortement engagées pour le développement durable. Une charte de 10 principes de gestion responsable a d’ailleurs été élaborée pour l’occasion, une première dans l’histoire du private equity.
Alter Equity regarde de près de nombreuses entreprises : une qui recycle de l’huile alimentaire usagée, une autre qui recycle des déchets et les transforme en matières nobles, une autre encore spécialisée dans le e-learning à destination des enfants souffrants de troubles cognitifs comme la dyslexie.
Pour l’instant, Fanny est toujours en phase de levée de fonds. Elle cherche entre 20 et 50 millions d’euros. « Je pars gagnante, je pense que je vais y arriver ». C’est tout ce qu’on lui souhaite !
Photo: Fanny Picard
Des "créatures étranges"
Laurence Méhaignerie le dit avec le sourire : « au début, Citizen capital a reçu un accueil mitigé des investisseurs. Nous étions une créature étrange ! »
Ses premiers investisseurs sont la CDC, la Banque Postale, la Caisse d’Epargne… des établissements qui ont tous vocation à ne pas regarder uniquement la performance financière d’un fonds.
Et les autres alors ? Cela a été plus « compliqué » soupire la dirigeante de Citizen Capital qui est à nouveau en recherche de fonds. Ils ont récolté 13 millions d’euros déjà, et ont pour objectif les 30 millions.
« Les fonds éthiques ont un avenir, mais la route est encore longue avant de convaincre les institutionnels et les particuliers. En fait, ils sont un peu en avance sur la demande. » C’est l’analyse de Nicolas Bouzou, économiste et fondateur de la société d’études économiques Asteres.
Selon lui, si la France est tant en retard par rapport aux pays anglo-saxons, c’est parce que notre éducation financière est moins poussée. « Aux Etats-Unis les économistes savent bien que les entreprises qui ont un comportement « éthique » affichent de meilleures performances que les autres. Mais en France, ces études sont encore très peu connues. La crise est une bonne occasion de réfléchir à ces problèmes. »
Un avenir prometteur
Avec la crise, l’accès au capital a été rendu plus difficile. Mais les règle du jeu évoluent dans le même temps. Pour Laurence Méhaignerie, « les mentalités changent : des investisseurs se posent la question de leur image. L’opinion publique, la presse, les Etats font pression pour que la performance financière ne soit pas l’unique prisme à travers lequel le monde financier investit. Mais entre dire ça et le faire…. »
Fanny Picard, elle, est moins optimiste. Pour elle, cette crise n’a pas permis de moraliser les pratiques du monde financier. C’est aux fonds socialement responsables de faire leurs preuves en termes de rentabilité. « Pour le moment, tout cela est très expérimental. Si les premières expériences sont concluantes, elles pourront ouvrir la voie. Un secteur, plus responsable d’un point de vue social, pourrait alors émerger durablement. »

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C'est très intéressant comme article, ça me rappelle quelque chose que m'avait expliqué mon banquier un jour. On peut apparemment investir dans des "paniers" d'actions "responsables". Dans ce cas, notre argent ne sert qu'à financer des entreprises "vertueuses" d'un point de vue développement durable.
l'article est très intéréssant mais je ne sais pas si investir dans des socités est un bon plan!
Je pense que c'est tout de même risqué ces choses là.
Il existe de multiples façons de gérer son capital mais il y a toujours une part de risques à chacun de l'évaluer
Je viens de rencontrer un gros gagnant du loto qui nous a raconté que personne ne l'écoutait plus , il gère bien son argent pour un petit ouvrier qu'il était , mais par contre en partant ils nous a demandé combien on voulait. Mais par contre même si je me suis fachée , j'ai compris que parfois l'argent ne fait pas toujours le bonheur.
Si par cas je devais investir, je ne me risquerai pas de perdre mon capital ici!