Serge Guérin : "Nous sommes en train de découvrir une économie de la convivialité"

Serge Guérin : "Nous sommes en train de découvrir une économie de la convivialité"
Serge Guérin : "Nous sommes en train de découvrir une économie de la convivialité"
Selon le sondage CSA pour Terrafemina, 38% des salariés ont de l'amitié pour leur patron et 68% ont de l'estime pour lui. Mais alors comment appréhender ces relations hiérarchiques dans le monde du travail quand nous passons l'essentiel de nos journées au bureau ? Serge Guérin, sociologue du travail, a décrypté pour nous les chiffres-clefs de cette étude.
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Terrafemina : 71% des Français pensent qu’il est possible de bien s’entendre avec son patron sans être amis, 20% qu’il est possible d’être amis. Est-ce que ces chiffres sont étonnants selon vous ?

Serge Guérin : Ces chiffres cassent le discours convenu dans lequel on imagine systématiquement les patrons en opposition avec leurs salariés. Bien sûr, il faut savoir ce que l’on entend par là. Le PDG d’une entreprise du CAC 40 ne pourra pas entretenir les mêmes relations avec ses salariés que le créateur d’une TPE de trois personnes, ou que le numéro deux d’une boîte avec le numéro trois. Tout simplement parce que tous ne travaillent pas ensemble ou ne se connaissent même pas. Mais dans le cas d’une équipe, il est logique qu’il y ait cette relation qui, au moins, est de l’ordre du respect : tous sont dans le même bateau.

Tf : Chez les 18-24 ans, ce chiffre est plus élevé : 27% pensent qu’il est possible d’être ami avec son patron. La génération Y ou les nouveaux entrants sur le marché du travail ont-ils une approche différente des rapports avec la hiérarchie ?

S. G. : C’est amusant ce chiffre alors que l’on entend que la génération Y n’a pas envie de travailler ou qu’elle n’aime pas la vie en entreprise. En réalité, elle est comme tous les salariés, elle a besoin de respect de son travail, de savoir qu’elle n’est pas interchangeable et ça passe par cette relation amicale. Le travail, c’est d’abord du lien social. Et si elle a encore plus besoin que les autres générations de cette reconnaissance, c’est parce qu’elle connaît le chômage et qu’elle a aussi vu ses parents en souffrir.

Tf : Deux Français sur trois pensent que l’on travaille plus efficacement avec des hiérarchies moins établies en responsabilisant chacun le plus possible. Et 86% pensent que les bonnes relations avec la hiérarchie ont un impact positif sur la qualité du travail. La relation hiérarchique est-elle indissociable du fonctionnement de l’entreprise ? D’autres modèles peuvent-ils exister ?

S. G. : Bien sûr, nous sommes en train de découvrir une économie de la convivialité qui casse les codes de la hiérarchie. De plus en plus aussi, chacun doit prouver sa compétence, on ne se contente plus de l’imposer. Par ailleurs, de plus en plus de petites entreprises découvrent un modèle collaboratif, où chacun est au même niveau et ce sont ses compétences X ou Y qui font de lui le supérieur au moment T. Tout cela est contractualisé bien sûr et ne peut fonctionner que sur une petite structure, mais existe.

Tf : 38% des salariés disent avoir de l’amitié pour leur patron. Peut-on réellement parler d’amitié ? Peut-on confondre estime et amitié ?

S. G. : Il n’y a pas d’amitié sans estime, mais il peut y avoir estime sans amitié. On peut simplement souhaiter avoir une relation amicale : apprécier de se voir, de travailler ensemble, de boire un verre de temps en temps, sans pour autant vouloir partir en vacances. On a simplement besoin dans une entreprise de se sentir impliquer et d’impliquer les autres.

Voir les résultats complets de l'étude CSA-Terrafemina sur les relations avec la hiérarchie dans le monde du travail

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