Oser la reconversion professionnelle en couple

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Publié le 30 mars 2011

France et Alexandre, chevriers à Gensac-sur-Garonne

France et Alexandre, chevriers à Gensac-sur-Garonne

France et Alexandre ont sauté le pas il y a 3 ans, en avril 2008. De la banlieue parisienne, ils emménagent à Gensac-sur-Garonne, à 60 kilomètres de Toulouse. Lui, 38 ans, était responsable logistique et elle, 40 ans responsable qualité. Aujourd’hui, ils gèrent une exploitation chevrière : Monsieur s’occupe de l’élevage et Madame de la fromagerie.
« Salariés depuis 15 ans, nous en avions ras-le-bol des conditions de travail. Citadins depuis toujours, nous avons déménagé dans le sud des Yvelines – se loger à Paris étant trop cher- et la rencontre d’agriculteurs locaux a été un déclic. Nous aspirions à une vie plus saine. Après que nos dossiers de Congés Individuels de Formation (CIF) aient été acceptés, nous avons suivi une formation pour adultes au Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole de Chartres pour obtenir le Brevet Professionnel de Responsable d’Exploitation Agricole. Ce diplôme est essentiel pour connaître le milieu –dont on ignorait totalement le fonctionnement-, les administrations et surtout pour pouvoir bénéficier d’aides. Puis nous avons déménagé à Gensac-sur-Garonne dans une ferme à rénover sur un terrain de 14 hectares. A côté des travaux de la maison, nous avons construit une chèvrerie où un coin fromagerie est presque terminé.
France et moi avons 4 enfants de précédentes unions. Les enfants ont plutôt bien vécu la transition. Sur les 3 qui vivent avec nous, notre fille de 13 ans et notre garçon de 11 ans sont très impliqués dans la vie des chèvres. Le fait qu’il y ait des animaux les fait participer à la traite –nous attendons les machines- et ils font même des paris sur les prochaines naissances. Mais de là à ce qu’ils reprennent l’exploitation…
Chacun de notre côté, nous ne nous serions jamais lancés là-dedans mais à deux nous nous sentons plus forts. Aujourd’hui la machine est en marche, nous cherchons où vendre nos fromages dans la région. A terme, nous aimerions faire la tournée des crémiers, des restaurants et proposer des livraisons pour les particuliers dans les entreprises. Il est très difficile de trouver des Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne (AMAP), une seule petite coopérative ayant accepté pour le moment.
Aujourd’hui, nous avons 30 chèvres, dont 3 boucs et à terme nous aimerions un cheptel de 50 bêtes mais pour le moment l’objectif est de rentabiliser l’exploitation.
Nous avons créé un blog pour tenir au courant nos familles et amis de notre progression mais aujourd’hui, il est lu par bien plus que ce cercle, comme d’autres couples qui cherchent à se reconvertir et qui veulent des conseils et infos.
Si c’était à refaire… nous le referions mais un peu plus tôt. A 40 et 38 ans, la fatigue s’est faite ressentir pendant les travaux, à 35 ans cela aurait été parfait ! »

Caroline et Robert, hôteliers à Merida (Mexique)

Caroline et Robert, hôteliers à Merida (Mexique)

Changer d’emploi est un tournant dans la vie. Partir s’installer à l’étranger est une réelle étape dans une vie. Caroline, 44 ans, et Robert, 56 ans, ont fait les deux en même temps et ne regrettent rien aujourd’hui. Lui était directeur photo intermittent pour les télévisions françaises et elle, tenait un magasin de prêt-à-porter en banlieue parisienne. Aujourd’hui ils sont les heureux propriétaires de la Hacienda Santa Cruz à Merida dans la région du Yucatan au Mexique.
« Nous avons eu envie de changer de vie tous les deux, d’avoir un projet commun. Ambiance morose en France et ras-le-bol du climat parisien, il fallait que nous changions d’air. Nous avons cherché sur Internet des haciendas dans nos moyens au Mexique. Après une sélection, nous nous sommes rendus sur place pour le choix final, qui s’est très rapidement tourné vers la Hacienda Santa Cruz. Quatre mois plus tard, nous étions installés avec nos deux filles de 10 et 12 ans, notre chien et notre chat. Le plus gros challenge, c’était les enfants. Scolarisées dans une école mexicaine, elles se sont relativement bien adaptées et apprécient aujourd’hui leur nouvelle qualité de vie.
Pendant la transition, la vie quotidienne a été parsemée de bonnes et de mauvaises humeurs, comme dans chaque famille. Nous avons eu quelques problèmes techniques, comme trouver de bons ouvriers pour la Hacienda, dont les travaux ont duré 14 mois.
Aujourd’hui, notre hacienda est classée 6ème sur les 75 établissements de la région de Merida et le bouche à oreille fonctionne bien. Nous n’avons pas encore de projets en tête mais l’Amérique du Sud nous attire beaucoup. Si c’était à refaire, nous le referions sans hésiter. L’aventure est fatigante mais il ne faut pas se décourager, le principal étant la volonté et l’envie d’accomplir le projet. Etre en couple et en famille est très important, afin de pouvoir être soutenu par ceux qu’on aime. »

Valérie et Benoît Bontoux, les retours aux sources

Valérie et Benoît Bontoux, les retours aux sources

Ils étaient cadres supérieurs : lui, 45 ans, contrôleur de gestion dans un grand groupe de télécommunications et elle, 43 ans, directrice de la communication dans une commune des Yvelines. L’idée de devenir entrepreneur et surtout indépendant germe. La société Boisea voit le jour en 2006.
« Pourquoi avons-nous changé de vie ? Mon mari est issu d’une famille de sept générations d’industriels dans le bois. Il est tombé dans les copeaux de bois étant jeune, dans l’usine des Frères Bontoux que tenait son père en Champagne. L’appel de la tradition est remonté à la surface au moment où il subissait de grosses pressions au travail mais aussi la crise du middle age, période pendant laquelle on se pose beaucoup de questions sur le chemin parcouru et celui qu’il reste à faire.
Benoît a donc passé un CAP charpentier et a suivi des cours du soir. Pendant un an, il a vécu à Limoges et ne revenait à la maison que le week-end. Personnellement, j’ai tout de suite été séduite par l’idée, j’ai agi en fonction de mon intuition. J’ai suivi un stage intensif de trois mois et demi sur la création d’entreprises. A la fin, nous étions complémentaires mon mari et moi.
Nous avons bien enquêté sur notre projet : études de marché, nom de la société, démarches bancaires et administratives, réalisation de plaquettes… Nous avons pris plusieurs mesures auxquelles nous n’aurions pas pensé si nous étions de jeunes entrepreneurs. Avec quatre enfants à charge, nous ne pouvions pas prendre de gros risques. Nous avons su exploiter ce qui s’offrait à nous et même gagné un prix de création d’entreprises.
Aujourd’hui, nous sommes une vraie PME qui a créé douze emplois en quatre ans. Nous travaillons à 80% pour des particuliers et 20% pour des marchés publics comme les cantines, les lycées... Nous organisons également des portes ouvertes avec des élus, des architectes pour toujours plus de visibilité.
L’histoire serait trop belle s’il n’y avait pas un couic… Se reconvertir en couple, c’est parler boulot, manger boulot, dormir boulot… Il n’y a pas de place pour le lâcher prise. Pour être un bon entrepreneur, il faut être solide, équilibré et toujours énergique. Se reconvertir après 40 ans, c’est un double challenge : créer une entreprise à notre âge n’est pas la même chose qu’à 20 ans, et changer de métier est aussi un risque. Sur le papier, Benoît et moi sommes complémentaires mais dans la vraie vie nous avons des façons radicalement différentes de travailler. Pour ne pas briser l’entreprise et notre mariage, j’ai décidé de me retirer de l’aventure et de retourner à « mes sources ». Il y a un an, j’ai commencé à développer de mon côté une activité de conseil et de consultante en communication. Nous n’avons aucun regret, car on ne construit rien dans la vie avec des regrets. »

L'avis de Sylvaine Pascual, coach chez Ithaque

L'avis de Sylvaine Pascual, coach chez Ithaque

Quels conseils donnez-vous aux couples qui souhaitent se reconvertir ?
Les deux personnes, ensemble et chacune de leur côté, doivent mener une réflexion concrète sur leur rôle dans l’aventure. Dans le cas d’une reconversion à 360°, il est important de bien préparer le terrain en menant une enquête sur le métier que l’on souhaite exercer pour bien se rendre compte du quotidien. Les personnes en reconversion, qu’elles soient seules ou en couple, oublient souvent de se renseigner sur les aides financières existantes. Il faut se projeter assez loin pour imaginer la vie à deux, à la maison et au travail, et se dire qu’on va parler boulot, manger boulot et dormir boulot comme le dit bien Valérie Bontoux.

Que faut-il éviter ?
Les concessions. Elles peuvent vite devenir critiques et conduire à la frustration. Il ne faut pas se dire que c’est impossible. Sur les trois parcours présentés, l’aventure n’est pas facile, mais pas impossible non plus, la preuve ! Si l’on ne se projette pas assez, le risque est de fantasmer sur un rêve mais de tourner au burn out devant les difficultés et d’être frustré pendant très longtemps. Il faut donc prendre le temps d’explorer ses désirs, qui prendront une autre forme s’ils ne sont pas réalisables.

Dans le cas où le projet n’est pas une idée commune, que recommandez-vous ?
Il est indispensable que celui qui n’est pas à l’origine du projet soit à 100% à l’aise, et se reconnaisse dans le projet de l’autre en imaginant l’avenir. Celui qui est à l’origine du projet ne doit pas s’imposer et laisser l’autre trouver sa place.

Le site de Ithaque

Géraldine Bachmann

 

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4 commentaires

omaha - 30/03/11 11:35
c'est très bien si on s'entend bien mais c'est risqué d'investir toutes ses économies à deux si l'affaire ne fonctionne pas bien
ally1500 - 31/03/11 07:58
pas évident à mettre en place, ce doit être très difficile
franmic64 - 08/02/12 22:34
Cela ne doit pas être simple surtout si on a un bien immobilier et des enfants mais certains y arrivent!
ninouninoutte - 13/02/12 10:13
il faut vraiement arriver a faire la juste part des choses entre le travail et la maison moi perso ça ne me tente pas du tout trop peur qu il y ait des repercutions sur mon couple

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