Le succès en entreprise est-il tabou ?

Le succès en entreprise est-il tabou ?
Si le succès semble une condition si fondamentale aussi bien pour les individus que pour les groupes, pourquoi est-il si peu reconnu et promu au sein des entreprises ? On peut même se demander s'il n'est pas devenu un sujet tabou.


Par Marc Roussel, formateur et coach, auteur du livre « Le manager Ethique » (Editions Lulu)

Nous voulons le succès et nous l’apprécions quand il est au rendez-vous mais à l’évidence nous entretenons une relation ambiguë avec lui. Cette notion de succès ou de réussite est même une condition inscrite sur les tablettes de la loi : une entreprise pour avoir le droit de continuer d’exister doit être solvable. Qu’est-ce que la solvabilité sinon la preuve que l’entreprise a réussi à vendre plus qu’elle n’a dépensé. N’est-ce pas là une bonne définition de succès ? Réussir ce que l’on a entrepris et dans notre cas, un bilan positif reste quand même un assez bon indicateur…

La raison cachée

En fait, la condition de succès est tellement l’état normal que l’on finit par ne plus lui prêter attention. De la même manière que nous ne portons pas trop d’attention au fait d’être en bonne santé. Pourquoi ? Et bien c’est notre condition « normale ». Vous voyez le mécanisme. Il semble bien que nous ayons ce péché mignon : or il y a une loi assez simple qui dit qu’il faut arroser ce que l’on veut faire pousser… Si nous revenons dans le monde de l’entreprise, nous assistons à un phénomène aussi étrange qu’irrationnel. Regardons cela de plus près.
Qui n’a jamais pu observer cet exemple par lui-même ? Prenons le cas d’une personne se comportant en bon employé, ayant une très honnête production et qui à la fin du mois touche sa paye sans rien dire, sans qu’on ne lui dise rien en retour non plus.
Et puis, hier, il y a eu un problème sur la machine N°248654 dont il s’occupe. Alors là, changement de registre : convocation dans le bureau de l’ingénieur. Que se passe-t-il ? Où est l’erreur ? Qui l’a commise ? Attention des sanctions peuvent tomber. Il faut des coupables !

Réagir au négatif : un réflexe

Vous voyez la logique, le type fonctionne parfaitement et personne ne lui dit rien ou presque, et puis il y a un problème et tout le monde lui tombe dessus.
Cette caricature de mauvais sketch reste l’un des scénarios les plus joués sur la scène du quotidien d’une foultitude d’entreprises. En fait nous sommes construits sur un modèle qui veut qu’on ne réagisse pas quand les choses vont bien et qui déclenche l’alarme dès l’apparition d’un problème.

Ce modèle réactif a des effets très pervers sur le plan psychologique. En effet, ce phénomène (réagir au négatif et ignorer le positif) produit de véritables catastrophes. Pour nous aider, considérons rapidement l’échelle de Maslow. Remarquons que pour la plupart des personnes ayant un emploi, les besoins physiologiques, de sécurité et d’appartenance sont relativement servis, en tous les cas dans notre pays. Donc les besoins qui restent à satisfaire pour la plupart des employés sont la reconnaissance et le sentiment d’épanouissement.

Maslow

L’effet du manque de reconnaissance

Quand un collaborateur ne reçoit pas d’accusé réception à ce qu’il fait de bien, même si c’est « normal », qu’on ne lui indique pas que sa contribution est appréciée et que l’on ne marque pas le coup lorsqu’il produit quelque chose qui l’a fait grandir et qui a été profitable au groupe, il devient affamé de reconnaissance.
Cela se traduit par une perte de confiance en lui, par des frustrations plus ou moins vives, une perte de sens, un abaissement de son sentiment d’appartenance au groupe, une perte de valeur pour lui et les autres, dus au simple fait de ne pas ancrer ses bonnes pratiques et les transmettre. En bref vous avez un employé moins motivé, mois excité à l’idée de travailler. Cela participe à générer du stress et nous savons aujourd’hui que cela aussi a un coût*. (Coût estimé du stress : 3% à 5% du PIB)

Cela peut-être risqué de partager un succès

Ajoutons aussi cette remarque. Il peut arriver qu’une personne ayant vraiment réussi quelque chose se montre réticente à le partager. En creusant les mobiles qui se cachent derrière cette réserve, vous découvrez presque immanquablement un accomplissement antérieur dont elle était particulièrement fière qui a été sévèrement invalidé.
Placée dans l’impossibilité de se défendre, la personne a alors mis en place un système de protection très simple : je garde ça pour moi, voire même je le minore… Vous imaginez qu’avec un tel stratagème cette personne ne risque pas d’aller très loin sur le chemin de l’épanouissement.

Qu’en est-il des intentions véritables ?

Évidemment, ces observations ne signifient pas que les directions et les managers en général ne sont pas conscients de la valeur de leurs équipes, ni qu’ils souhaitent invalider leurs bonnes intentions et leurs efforts. Cela veut dire qu’ignorer le positif et réagir au négatif est un piège dans lequel il est extrêmement facile de tomber, surtout si cette tendance, déjà naturelle, a été renforcée et ancrée par l’éducation.

Crédit photo : Hemera

VOIR AUSSI

Savoir se vendre dans l'entreprise : les 5 clés du marketing de soi
Séance de coaching : le management d’équipe commerciale
Réussir au féminin : osez être la chef
Développez votre leadership

comments powered by Disqus