Par
Candice Satara-Bartko
- Publié le 9 novembre 2009
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Les cabinets de recrutement misent sur la diversité
Restaurer l'égalité de traitement à l’embauche.
En résumé dans un cabinet de recrutement classique, vous postulez à une offre précise. Au mieux vous êtes retenu et invité à passer un entretien. Au pire, vous recevez une réponse vaguement personnalisée vous informant que vous ne correspondez pas au poste. Et c’est la que ça coince, car si vous vous appelez Mohammed, vous recevez en moyenne 3 fois moins de réponses* que Mathieu votre camarade de promo, au nom bien plus français. Pour contrer cette réalité amère, Saïd Hammouche a créé en 2004, Mozaik RH un cabinet de recrutement spécialisé dans la promotion de la diversité avec un objectif clair, restaurer l'égalité de traitement à l’embauche. L’association « A compétence égale » est à l’origine d’une initiative différente mais qui poursuit toujours la même finalité. Elle a pris le parti de fédérer des cabinets de recrutement autour d’engagements forts sur la diversité. Ils sont aujourd’hui 40.
*Baromètre 2006 des discriminations à l’embauche réalisé par l’Observatoire des discriminations.
La compétence du candidat au centre du processus de recrutement
Chez Mozaik RH, chaque candidature est examinée avec soin. Ce cabinet veille à ce que le seul critère pris en compte soit le recrutement. Il s’adresse en premier lieu aux jeunes des quartiers populaires, sans distinction. « Dans les territoires défavorisés, nous traitons toutes les candidatures, hommes, femmes, handicapés », nous précise Saïd Hamouche, fondateur de Mozaik RH. Dans les campagnes de recrutement qu’il organise, ce cabinet va à la rencontre de jeunes diplômés qui ont, « en raison même de leur origine modeste, moins de réseau que les autres ». Pour les mobiliser, Mozaik RH dispose d’un réseau associatif particulièrement actif.
Autre fierté de Saïd Hammouche, la chasse aux talents issus de la diversité. « C’est un sacré challenge, on bouscule les préjugés en permettant à ces personnes d’accéder à des postes à haute responsabilité », nous confie-t-il. Dans sa démarche de recrutement, ce cabinet va encore plus loin en proposant des ateliers pratiques, des formations complémentaires. Au candidat qui n’a pas été retenu, on explique « pourquoi il ne correspond pas au poste, on l’oriente vers des ateliers pour qu’il puisse s’améliorer ». Du sur-mesure pour des jeunes parfois surqualifiés mais oubliés du système.
Des recruteurs qui se forment au respect de la diversité
Pour lutter efficacement contre les discriminations à l’embauche, les responsables des ressources humaines des cabinets de recrutement doivent être sensibilisés à ces problématiques. Comme nous l’explique Saïd Hammouche : « A Mozaik RH, nous formons nos chargés de recrutement au respect de la diversité, c’est indispensable. Nous leur expliquons que la discrimination est punie par la loi et leur montrons que la diversité est une source de performance pour l’entreprise.»
De même, les politiques de recrutement des cabinets membres d’ « A Compétence Egale » sont très encadrées. L’association les évalue une fois par an, en fonction des procédures de recrutement, de la promotion de la diversité. Par ailleurs, « les cabinets membres doivent suivre une formation spécifique annuelle sur ces questions. Exemple : face à la demande discriminatoire d’un client, comment réagir ? Une fois par mois, ils assistent à une réunion qui porte sur un thème lié à la diversité avec un intervenant extérieur », ajoute Virginie Allard, déléguée générale d’ « A compétence égale ».
Des entreprises qui jouent le jeu
« La diversité ne doit pas se gérer uniquement autour du candidat, mais également dans l’entreprise », nous dit Saïd Hammouche. Mozaïk RH tient donc à sensibiliser, former et accompagner les entreprises pour mieux gérer la problématique de la diversité. Ses partenaires sont prestigieux : Crédit Mutuel, Danone, SFR. A leur demande, le cabinet mène de vastes campagnes de recrutement ou il présente des jeunes « qui ont préalablement suivi un entrainement intensif à l’entretien d’embauche », précise Said Hammouche. Il ajoute, « on reçoit un très bon accueil. Ce n’est pas facile d’impulser le changement, mais la prise de conscience progresse et des actions concrètes suivent ». Les entreprises ont donc tout intérêt à se rapprocher de ces cabinets.
Et le phénomène inverse s’observe, « certains cabinets de recrutement sont poussés par les entreprises dont ils sont partenaires, à nouer des engagements forts en matière de lutte contre les discriminations », observe Virginie Allard. C’est le cas notamment des entreprises qui ont obtenu le label diversité et qui sont donc tenues à des obligations précises. Et si on parlait d’un cercle vertueux de la diversité ?
Et après ?
A entendre ces différents acteurs, les entreprises françaises sont plutôt sur la bonne voie pour se débarrasser du carcan des discriminations. Les choses bougent. Mozaik RH a aujourd’hui accompagné plus d’un millier de jeunes diplômés, vers des métiers qu’ils pensaient inaccessibles. « A compétence égale » a réussi à s’entourer de géants du recrutement (Michael page International…) et « reçoit de plus en plus de demandes ». L’association souhaiterait aussi toucher les grands cabinets de chasse « qui sont encore dans une logique de discrétion et peu friands de ce type d’accord ».
Malgré ce flot de bonnes pratiques, les mauvais élèves sont encore nombreux…. Quelle est la solution ? Pour la déléguée générale d’ « A compétence égale », « il faut de la jurisprudence sur ces questions de diversité ». En bref, des sanctions effectives, des entreprises condamnées pour leurs pratiques discriminatoires. Le sujet divise. Faut-il voir dans l’expérimentation tant attendue du CV anonyme dans 50 entreprises françaises, un espoir dans la longue bataille pour l’égalité des chances ? Un pas en avant en tout cas.

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