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Par   -  Publié le 4 mai 2010
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Stefanie Babst, une femme dans l’OTAN

Politologue spécialiste de la Russie, Stefanie Babst a intégré l’OTAN en 1998. Organe politique et militaire, l’Alliance Atlantique est un monde d’hommes qui cherche à s’amender et à s’ouvrir. Elle estime que dans les locaux de Bruxelles, comme dans les régions en guerre, les femmes doivent faire entendre leur voix . Entretien.

Une politologue parmi les hommes

Une politologue parmi les hommes © D.R.

OTAN : Organisation du traité de l’Atlantique Nord, aussi appelée "Alliance Atlantique". Organisation internationale créée en 1949 pour protéger les pays occidentaux de l’impérialisme allemand et de la menace soviétique. Disposant d’une armée et de représentants permanents des Etats membres à temps plein : l’organisation travaille au maintien de la paix et de la sécurité pour ses pays membres – la plupart des pays de l’Union Européenne, les Etats-Unis, le Canada, l’Islande, la Norvège et la Turquie.

 

Terrafemina : Comment êtes-vous devenue secrétaire générale adjointe à l’OTAN ?

Stefanie Babst : J’ai rejoint le Secrétariat international de l’OTAN voici douze ans en tant que politologue spécialisée sur la Russie et l’Europe de l’Est. Après avoir achevé mon doctorat dans les universités de Kiel (Allemagne) et de Harvard (États-Unis), j’ai entamé une carrière universitaire classique. J’ai ensuite travaillé pendant six ans à l’École de guerre de Hambourg (Allemagne). En 1998, j’ai décidé de chercher un emploi auprès d’une organisation internationale et j’en ai trouvé un qui m’a semblé intéressant à l'OTAN. Sans regret. En tant que politologue, il est fascinant de voir comment la politique fonctionne dans une organisation multilatérale.


TF : Quelle est votre mission au sein de cette organisation internationale ?

S.B. : Je suis secrétaire générale adjointe déléguée pour la Diplomatie publique de l’OTAN. Je suis chargée de concevoir les stratégies de communication de l’Alliance destinées au public des pays membres de l’OTAN et des pays partenaires, et de superviser leur mise en œuvre. Ces dix dernières années, l’OTAN s’est, avec raison, considérablement ouverte et elle est devenue beaucoup plus transparente. Nous avons pour ambition d’expliquer à nos publics l’évolution récente de l'Alliance, ainsi que nos politiques et nos opérations, ce qui est absolument nécessaire pour susciter un appui politique et, en fin de compte, assurer la légitimité démocratique de toutes les activités de l'Organisation.


TF : Voit-on beaucoup de femmes au siège de l’OTAN (Bruxelles) ?

S.B. : Ces dernières années, le nombre de femmes occupant des postes de haut niveau à l’OTAN a quelque peu augmenté : on compte notamment deux ambassadrices (États-Unis et France), auxquelles est venu s’ajouter, il y a quelques semaines, l’ambassadrice du Royaume-Uni. C’est une très bonne chose. Mais, globalement, l'OTAN reste un monde à dominance masculine. Seuls deux des dix-neuf postes civils les plus importants sont occupés par des femmes. Eu égard au nombre de pays de l'Alliance dont le ministre des Affaires étrangères ou le ministre de la Défense est une femme, ce dernier point est quelque peu surprenant. Les gouvernements croate et islandais ont même une femme Premier ministre à leur tête, et l'Allemagne est dirigée par une chancelière…

 

La parité en marche

La parité en marche © D.R.

TF : Est-ce plus difficile de grimper les échelons lorsqu’on est une femme dans ce type d’organe politique ?

S.B. : Je ne peux m’exprimer qu’en mon propre nom évidemment. Mais il n’a pas toujours été facile pour moi de faire avancer ma carrière. Compétence, professionnalisme, capacité à travailler en équipe et créativité devraient toujours figurer au premier plan. Autant d'atouts que je pense mettre à la disposition de notre institution, ce qui ne veut pas dire qu'une organisation comme l'OTAN les apprécie automatiquement à leur juste valeur, ni qu'elle soutienne votre développement professionnel. Ce que je continue de trouver difficile, c'est que bon nombre de mes collègues masculins adoptent un comportement très compétitif et tirent profit de leurs réseaux d’anciens élèves pour se soutenir mutuellement. Je suis convaincue que, de manière générale, il faut que les femmes fassent de grands progrès en matière de création de réseaux.


TF : Une politique d’égalité et de non discrimination a-t-elle été mise en place ?

S.B. : La politique OTAN de parité homme-femme et de diversité adoptée en 2002 a aidé les femmes à commencer à briser le plafond de verre dans un domaine traditionnellement dominé par les hommes. Ces dernières années, le nombre de candidatures féminines à des postes de l’OTAN a augmenté de façon régulière. Il est toutefois regrettable qu’un nombre aussi restreint de femmes parviennent à atteindre des postes de plus haut niveau, mais comment s'en étonner dès lors que ce sont des hommes uniquement qui prennent les décisions en matière de promotions des carrières. J’ai la conviction que la situation ne changera que si l’on voit augmenter le nombre de femmes présentes au sommet de la hiérarchie de l'OTAN.

Les femmes sont du côté des victimes

Les femmes sont du côté des victimes

TF : L’adoption de la résolution 1325 de l’ONU semble aller dans ce sens ?

S.B : Adoptée le 31 octobre 2000, la résolution 1325 demande en effet aux États membres de faire en sorte que les femmes participent davantage à tous les efforts pour maintenir et promouvoir la paix et la sécurité. Ils doivent aussi faire en sorte qu’elles soient davantage représentées à tous les niveaux de prise de décisions - institutions nationales, régionales et internationales.
L’OTAN a tout d’abord considéré la résolution 1325 sous un angle principalement militaire : les Alliés ont adopté des lignes de conduite concrètes pour la prise en compte des questions de parité hommes-femmes dans les opérations de l’OTAN, et notamment le Code de conduite pour le personnel militaire. Des postes spéciaux de conseillers pour l'égalité des sexes ont été créés afin de soutenir les commandants de la FIAS –Force Internationale d’assistance et de sécurité, coalition armée sous l’égide l’OTAN- en Afghanistan.

TF : Quelle peut être la valeur ajoutée d’une femme dans les négociations et processus de paix ?

S.B. : Étant donné que, dans de nombreuses régions où se déroulent des conflits armés, les femmes sont du côté des victimes, je trouve tout simplement logique qu’elles puissent donner leur avis sur les moyens de rétablir la paix, la justice et l’ordre. Songez aux femmes de Bosnie-Herzégovine, du Kosovo et, actuellement, d’Afghanistan. Il est évident que ce ne sont pas elles qui ont déclenché les guerres civiles : ce ne sont pas elles qui ont poussé leurs compatriotes à s’entretuer. Or, avec leurs familles et leurs enfants, elles souffrent énormément de ces conflits amorcés par les hommes. Il faut désormais donner aux femmes de ces pays, et d’autres pays, les moyens de participer activement à la résolution de ces conflits, dans leur environnement immédiat, dans leur village, dans leur région et, autant que possible, à l’échelon politique.


 

 

 

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1 commentaire

franmic64 - 14/01/12 20:24
Une femme au parcours remarquable qui a su trouver sa place dans un milieu jadis réservé aux hommes!

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