Par
Marika Mathieu
- Publié le 6 juillet 2009
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SMARIN : le design naturel
Smarin : le nouveau design
Stéphanie Marin, 36 ans, autodidacte et entrepreneuse précoce, a créé la marque de mobilier design SMARIN en 2004. Son style est reconnaissable : des lignes tout en douceur, des coussins ronds comme des galets moelleux, et des rideaux de voile bercés par un fil.
Si le succès est au rendez-vous de ses créations haut de gamme, ce n’est pas un coup d’essai pour cette Niçoise dont l’indépendance et le sens de l’entreprise se sont affirmés depuis longtemps. Stéphanie a ouvert sa première boutique de fripes à Nice, à l’âge de 17 ans, avant de se lancer dans la conception d’une ligne de prêt-à-porter cousue de vêtements chinés.
L’esprit de ses projets a toujours été le même : artisanal, responsable en éco développement, patient face aux moments où il s’agit d’avancer « à petits pas ». De la fripe au design d’un nouvel habitat, passant d’une entreprise à l’autre comme par autant d’évidences, son parcours est atypique : retrouvez ici le témoignage d’une créatrice prête à s’envoler !
Débuts à 17 ans...
Quand vous repensez à vos débuts, à 17 ans, comment voyez-vous le chemin parcouru ?
Toute ma vie me semble une seule route cohérente. Chaque moment charnière a été logique et positif.
J’ai été élevée par mes grands parents. J’ai voulu très tôt m’assumer financièrement toute seule. J’ai passé mon bac, et j’ai monté cette boutique juste après, en parallèle de mon Deug Art-Communication-Langage. Je me suis consacrée à la friperie après ma licence. C’était un bon moyen de m’assumer sans pour autant faire un petit boulot moins intéressant. Ce n’était pas une passion, mais un gagne-pain avant tout. Ceci dit, mes grand-tantes couturières m’ont peut être transmis la fibre textile !
J’étais vraiment insouciante. J’avais un camion, mais pas le permis, et il fallait que je voyage pour trouver les fripes. Je disais à mes amis : « tu as gagné un voyage à Amsterdam ! En échange, tu vas conduire ». Et on partait, dans ces énormes centres de tri de recyclage de vieux vêtements, acheter des pièces qui me plaisaient. J’aime les pièces qui ont une histoire, les beaux tissus. Au début je ne faisais aucune retouche, je trouvais que les habits exprimaient leur histoire très bien tous seuls. C’est par le suite que j’ai commencé à utiliser le jean et le velours pour faire des pièces uniques.
J’ai acheté plein de livres de patronage et j’ai appris à faire des patrons et à couper le tissu. Ca m’a pris trois ans pour maîtriser la technique. Mais je ne sais pas coudre. J’ai donc embauché une couturière.
La boutique était très bien située, en plein Vieux Nice, avec beaucoup de passage, notamment de touristes. C’était un peu comme ma petite vitrine internationale. Je rencontrais beaucoup de gens. Petit à petit, ça m’a constitué un bon réseau pour vendre en Europe mes collections, et surtout ça a transformé la boutique en véritable laboratoire d’idées avec beaucoup d’échanges entre les gens qui venaient.
De la fripe au design
Comment êtes-vous passée de l’habillement au design ?
C’est très curieux parce que je n’avais jamais pensé à faire de l’ameublement. En 2004, j’ai eu envie de faire un objet. On était cinq à l’époque. C’était une entreprise de textile il fallait donc faire un lien, utiliser le tissu autrement. Avec le patronage, la géométrie dans l’espace, c’était notre point fort ! C’est là que j’ai pensé aux galets, les coussins de la gamme Livingstone, car on pouvait facilement les produire dans notre atelier.
Au début, quand j’ai dit à mon équipe qu’on allait faire un coussin, ça les a amusés. Quand je leur ai annoncé qu’on allait faire uniquement des coussins, là, ils n’étaient pas très contents. Ils n’y croyaient pas du tout. Mais je savais que ça allait marcher. J’avais envoyé des prototypes à plusieurs revendeurs dans des magasins d’ameublement design en Europe et je les savais séduits. J’avais conscience qu’on aurait besoin de produire beaucoup pour pouvoir honorer les commandes. D’ailleurs je n’ai ramené quelques coussins chez moi que depuis peu, car avant, on n’en avait jamais assez en stock !
Aujourd’hui, on est quinze dans l’atelier et les ventes augmentent tous les ans.
Un projet eco-responsable
Vous êtes sensible au respect de l’environnement, quelle est la continuité de cette philosophie entre le prêt-à-porter et le mobilier design ?
J’ai toujours été sensible au fait de recycler, d’où l’idée de départ de la friperie : des habits, mais pas d’impact industriel. Ce qui m’intéresse c’est la responsabilité de l’entrepreneur dans la société. J’ai lancé ça à une époque où c’était honteux de le dire. Maintenant c’est la mode, tout le monde est écolo, et c’est tant mieux ! J’espère que c’est une tendance de fond et que ce sera bientôt acquis comme normal.
Pour la marque SMARIN, je voulais à tout prix rester dans cet esprit qui m’a toujours guidée. On a choisi des matériaux de très haute qualité, les teintures sont naturelles, sans produits nocifs pour la l’environnement. Et puis il y a ce côté nature et zen dans notre design. Les galets, c’est la mer à Nice, même si personnellement… je préfère le sable ! Quand je crée un objet pour le salon, je pense toujours à l’état d’esprit dans lequel j’ai envie d’être en rentrant chez moi le soir. La nature a quelque chose de reposant.
des conseils à une débutante ?
Que diriez-vous à quelqu’un qui veut lancer sa propre entreprise ?
Je lui dirais de se lancer ! C’est ce que je dis à mes quatre enfants. Il y en a un qui veut devenir musicien. Je lui dis qu’il ne faut pas chercher à être riche mais plutôt à avoir une vie riche.
Il faut aller pas à pas, être raisonnable et prudent, et toujours rester humble. Pour moi c’est le meilleur moyen d’obtenir ce qu’on cherche. Ce n’est pas très bon pour les finances comme conseil, mais ça résume bien comment je fais progresser mon entreprise, toujours à petits pas.
Il faut de l’audace aussi, comme quand j’ai envoyé mon premier galet à l'appréciation des revendeurs ! Une bonne stratégie d’attaque avec un bon produit, puis une confirmation chaque année avec des nouveaux produits : c’est comme ça qu’on s’est fait notre place dans les magasins d’ameublement design, avec un positionnement de petit éditeur. Il faut persévérer, car des obstacles, en tant qu’entrepreneur, on en rencontre tous les jours : devant la banque, avec son équipe…
En France, l’image de l’entrepreneur est mauvaise, les idées reçues ont la vie dure. C’est d’ailleurs le principal frein que j’ai rencontré.
On n’a pas besoin de savoir tout faire. J’essaie de me former à un maximum de choses, comme la gestion, car c’est très important. Mais certaines choses, comme la comptabilité, ne m’intéressent pas, je ne les fais donc pas moi-même…
Un dernier conseil : il faut toujours se ménager des portes de sortie. Plan A, plan B, plan C… On ne sait jamais ! Il faut être prévoyant. C’est un métier de stratégies.
L'avenir ?
Comment voyez-vous l’entreprise dans quelques années ?
Je prévois, mais à court terme. C’est ma philosophie de travail : « à petits pas ». Dans l’idéal, j’aimerais qu’on puisse continuer notre activité avec plus de projets, et qu’on fasse plus de sous-traitance. En même temps, je veux garder la structure de production, de la création au produit fini. Même si c’est très fatiguant de tout gérer en amont et en aval, c’est un choix que je ne regrette pas. L’entreprise grandit, mais je ne voudrais pas avoir une très grosse équipe. On embauche de temps en temps, des jeunes, des gens proches de la retraite, avec ou sans expérience, hommes ou femmes… j’essaie de diversifier l'équipe pour avoir un bon équilibre.
Photos : ©SMARIN
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- Il y a 1 min





un trés beua parcours de'une femme trés motivée!
je ne connais pas du tout cette entreprise de meubles design. Bravo en tout cas pour votre beau parcours.