Artisanat : « La transmission d'une entreprise s'anticipe »

Artisanat : « La transmission d'une entreprise s'anticipe »
Artisanat : « La transmission d'une entreprise s'anticipe »
L'artisanat en France représente 1 million d'entreprises et de belles opportunités de développement économique. Le lancement d'une semaine nationale dédiée à ce sujet est l'occasion de se pencher sur la création et la reprise des sociétés artisanales. Le point avec François Moutot, directeur général de l'Assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat (CMA).

Terrafemina : Du 18 au 25 novembre a lieu la semaine nationale de la création – reprise organisée par la CMA. Que représente en France le business de la reprise d’entreprises artisanales ? Est-ce une solution qui est bien connue par les entrepreneurs ?

François Moutot : On compte aujourd’hui 1 million d’entreprises dans le secteur de l’artisanat. 10% d’entre elles changent de propriétaires au cours de l’année. Or, parmi ces sociétés, il y a deux catégories principales : les entreprises qui sont reprises par un nouveau patron et qui ont alors une capacité de survie de 100%, et celles qui ne trouvent pas de repreneur. Pour ces dernières, le fait de ne pas trouver un nouveau patron tient souvent à la même problématique : la transmission n’a pas été anticipée. Dans ce cas, les artisans qui approchent de la retraite vont baisser leurs investissements 2 ou 3 ans avant leur départ : ils arrêtent les recrutements, n’achètent plus de nouveaux outils, n’investissent plus dans la formation de leurs salariés… Dans ces conditions la reprise de l’entreprise est difficile et il est complexe d’assurer la continuité avec un repreneur. En effet, une transmission d’entreprise se prépare, à la fois dans la gestion de l’entreprise et dans les modalités de reprise. Pour pallier ces obstacles à la reprise d’entreprise, la chambre des métiers rencontre les chefs d’entreprise avant leur départ potentiel à la retraite afin de les accompagner.

T.F : Concrètement, comment aidez-vous les chefs d’entreprise à assurer la transmission de leur structure aux repreneurs ?

F.M. : Nous avons créé un outil pour aider et accompagner les entrepreneurs, la Bourse Nationale des Opportunités Artisanales (BNOA). Elle fonctionne sur le principe d’une double évaluation. Dans la première phase, nous procédons à l’évaluation des potentialités économiques de l’entreprise, en prenant en compte l’âge et la formation des salariés, l’équipement technique ou encore l’achalandage. Une fois cette évaluation faite, nous donnons dans un second temps une estimation financière de la valeur de l’entreprise. A partir de ces deux analyses, si le bilan est positif, alors l’entreprise est répertoriée sur notre site dans un annuaire d’entreprises à reprendre. Dans ce cas, les entreprises connaissent des taux de transmission proches de 100%. Cela concerne plusieurs milliers de structures par an. En parallèle, nous cherchons également des repreneurs potentiels.

T.F : Vous soutenez également un autre volet, à savoir la création d’entreprises artisanales.

F.M. : Le schéma est très différent de celui de la reprise d’entreprise. Dans le cadre de la création d’une société artisanale, il y a deux critères essentiels à respecter. Le premier étant que le chef d’entreprise doit avoir un savoir-faire métier, directement ou indirectement. L’autre point essentiel est d’avoir des capacités de gestion et un business plan crédible et adapté. Afin d’aider les créateurs d’entreprise, nous les recevons et leur apportons accompagnement et formation. Ce, afin de leur permettre de profiter des opportunités dans le secteur artisanal des créations d’entreprise. Nous pouvons ainsi proposer des schémas de création d’entreprise. La CMA a d’ailleurs à cet effet créé le CAD : un service qui profile les créateurs d’entreprise afin de les aiguiller vers le secteur ou l’entreprise qui est susceptible de leur convenir. Etant donné la situation économique actuelle, nous avons de plus en plus de cadres qui se reconvertissent professionnellement en devenant plombier ou en reprenant une boulangerie ou une boucherie. La semaine que nous organisons a pour objectif de faire connaître les opportunités artisanales et les services des chambres des métiers qui accompagnent ce type de démarches.

T.F : Depuis le 1er janvier 2011, les entrepreneurs individuels peuvent opter pour le nouveau statut d’entrepreneur individuel à responsabilité limitée (EIRL) pour protéger leur patrimoine. Qu’en est-il depuis l’instauration de ce statut ?

F.M. : Avant la création de ce statut, la prise de risque que prenait l’entrepreneur en investissant dans son entreprise pouvait être disproportionnée : souvent ils n’investissaient plus par peur de la rupture et de mettre en jeu leurs biens personnels. Avec l’EIRL le capital risqué est le capital investi dans l’entreprise, cela limite les risques pour l’entrepreneur. Ce statut est une réponse à la faiblesse de la capitalisation des entreprises françaises. Reste qu’aujourd’hui les dispositifs règlementaires ne sont toujours pas fixés et que certains points n’ont pas encore été arrêtés : du coup les EIRL démarrent lentement, car la mise en place du statut reste floue et pénalisante pour les entreprises. On compte 2000 artisans sous forme d’EIRL sur les 30 000 à 40 000 entreprises créées cette année. Cela devrait peu à peu se développer.


Le site de la Semaine nationale de la création-reprise d'entreprise artisanale

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