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Par   -  Publié le 24 novembre 2009
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La médiation, une pratique qui vous veut du bien !

En France, il existe environ 10 000 médiateurs sociaux, qui travaillent sans relâche à créer du lien entre les populations, et les aider à vivre ensemble sans conflit. Pourtant, ce métier et son utilité restent très méconnus.  Avec son partenaire l’Acse, Terrafemina a voulu en savoir plus.

La france, mauvaise élève du "vivre ensemble"

La france, mauvaise élève du vivre ensemble

Il  semble que les Français ne soient pas les champions de l’entente mais plutôt des professionnels du conflit. Un rapport du forum économique mondial 2008-2009 classe la France au  132ème  rang sur 134, sur le critère  du niveau de conflit au sein des organisations (entreprises, administrations…). Autant dire « que nous sommes les plus mauvais du monde », déplore Jean Edouard Grésy, chercheur sur les questions de médiation. En haut du podium se distingue  le Canada, puis les pays scandinaves et au milieu un certain nombre de dictatures.
Mais pourquoi donc la France  a-t-elle tant de mal à résoudre ses conflits ? Pour le chercheur l’explication coule de source : « en France, il n’existe  pas un endroit où on vous apprend à communiquer, à gérer les conflits ». Il continue : « pour les Français, négocier c’est  forcement capituler. » Illustration avec  les conflits sociaux, les grèves … qui alimentent cette vision.  Pourtant, les gens ont tout intérêt à négocier, c’est l’expression de la démocratie.  A Montréal par exemple,  la médiation commence  dès l’école primaire.
Eric Donfu, sociologue et écrivain, tempère ce propos : « certes la France a besoin de la médiation, mais son niveau de conflit n’est rien comparé aux Etats-Unis », où la violence est encore plus prégnante et touche les plus jeunes. 

Jean-Edouard Grésy a écrit l'ouvrage "Gérer les ingérables", aux éditions ESF.

L’origine du dispositif de médiation sociale

L’origine du dispositif de médiation sociale

La médiation sociale nous vient du Québec. La France s’en est largement inspirée. Ainsi, la médiation sociale émerge à la fin des années 80, en réponse au malaise social qui grandit dans les territoires défavorisés, principalement les banlieues des grandes agglomérations. Les chauffeurs de bus ou les postiers ne veulent même plus aller dans certains quartiers. Cela rend le climat intenable pour les habitants.
Le premier dispositif de médiation sociale est instauré par la Ratp, qui décide d’embaucher des jeunes de ces quartiers pour assurer la sécurité de leurs agents. « C’est la grosse erreur du départ », nous explique Jean-Edouard Grésy.  Le système des « grands frères »,  prouve vite ses limites. Il fait appel aux caïds des quartiers pour résoudre les conflits : ce sont toujours des hommes, d’origine ethnique liée au territoire (magrébin, africain). Ce modèle crée de la communautarisation. « Il a beaucoup nui au développement de la médiation sociale. Encore aujourd’hui,  quand vous dites médiation sociale, les gens pensent  grands frères, » ajoute  le chercheur. 

 

Créer du lien : la mission de base

Créer du lien : la mission de base

Après ces  premières expériences hasardeuses,  les institutions ont tenté de clarifier le  rôle de la médiation sociale. « Le principe de base est de créer des soupapes d’expression là où il n’y en a plus ». La médiation permet de boucher les trous des tissus sociaux, d’aider au « mieux  vivre ensemble ». Mais le médiateur ne crée pas seulement du lien, il aide aussi à trouver  des solutions concrètes.  Jean-Edouard Grésy nous donne l’exemple d’émeutes dans un quartier, car les habitants ne trouvaient pas de salle pour la fête de l’Aïd.  Les médiateurs  sont allés voir les élus, négocier et ils  ont trouvé un local. Néanmoins, le médiateur ne fait jamais « à la place de », il redonne aux acteurs le pouvoir d’agir, c’est un facilitateur », note Jean-Edouard Grésy.  Le médiateur de rue qui travaille avec les sdf,  « ne va pas imposer à quelqu'un de se faire abriter. A travers le dialogue,  il amène à trouver des solutions ». Ce qui n’est pas toujours chose facile.

 

Un métier en mal de reconnaissance

Un métier en mal de reconnaissance

«Il y a en France autour de 10 000 médiateurs sociaux», estime Jean-Edouard Grésy. Contrairement à la médiation en entreprise ou dans le secteur bancaire, le secteur de la médiation sociale manque de reconnaissance. Le statut des médiateurs sociaux est encore assez vague : il n’existe aucun diplôme pour l’instant. Ce sont  généralement des emplois aidés qui sont parfois supprimés ou diminués par les élus locaux, et les salaires sont peu élevés.  Incontestablement, cette profession manque de financements pour pouvoir sortir de la précarité et se déployer.  « Alors que les jeunes sont nombreux à se tourner vers ce secteur », relève le chercheur. Mais pour quel avenir ? Pour le sociologue Eric Donfu, la principale faiblesse de la médiation sociale est justement  « le manque de structure, l’absence de diplôme. » Pour lui, le risque est que « les médiateurs perdent leur autonomie et leur neutralité ». En étant rattachés à des institutions, donc dépendants d’elles,  «  ils sont plus  malléables,» ajoute-t-il.

Pour connaître  tous les métiers de la médiation, cliquez ici

Il faut prouver l’utilité de ces pratiques

Il faut prouver l’utilité de ces pratiques

Cependant, le champ de la médiation se structure et l’Etat encourage les démarches de professionnalisation et  d’évaluation des pratiques. « Depuis les émeutes de 2005, on a pris conscience qu’il faut investir dans le vivre ensemble, amener  les exclus, vers les inclus. », insiste Jean-Edouard Grésy.
Quel est l’intérêt des actions engagées ? Au même titre que dans le domaine économique, on demande un retour sur investissement. Les spécialistes de la médiation ont décidé de mesurer les résultats de l’action sociale. Le guide d’évaluation de l’utilité sociale de la médiation sociale paru en septembre 2009 a été réalisé par le chercheur Jean-Edouard Grésy, et Hélène Duclos, spécialiste de l’évaluation de l’utilité sociale à l’association « Culture et promotion ». L’ACSE soutient également ce guide, qui évalue très concrètement le nombre de conflits résolus, l’impact dans le temps, le contexte, en interrogeant les publics concernés. Les résultats sont édifiants. En terme de tranquillité publique : moins 50% de plaintes pour dégradation dans les immeubles. Concernant la cohésion sociale : dans 90% des cas, le conflit est résolu. Voilà donc une preuve que  les médiateurs créent du lien et améliorent  la cohésion sociale, une bonne nouvelle donc pour ce secteur encore fragile.


Quand le théâtre s'invite dans la médiation, pour regarder le témoignage des médiateurs-comédiens, cliquez ici
Connaissez-vous le dispositif des Femmes-relais ? Pour le savoir, cliquez ici

En partenariat avec

L'ACSÉ

L’Agence pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (l’Acsé) est  un établissement public national à caractère administratif,  chargé de mette en œuvre les orientations gouvernementales matière de politique de la ville, d’intégration, de lutte contre les discriminations et d’égalité des chances .

Voir aussi :  social    médiation    conflit   
 

7 commentaires

christine - 02/12/09 12:09
Ayant travaillé avec un conciliateur de justice (ancien juge) est-il possible de faire de la médiation bénévolement sur ma région bassin d'arcachon
jeanne83 - 10/12/09 17:19
cela ne métonne pas que la France soit la reine du conflit, on n fait que défendre son lopin de terre sans chercher à concilier nos intérêts. Il devrait y avoir des médiateurs dans toutes les entreprises.
c.satara - 10/12/09 18:39

Christine, vous pouvez tout à fait exercer ces fonctions. Un conciliateur de justice peut- être un bénévole et il est avant tout un médiateur.
Vous êtes considérée comme conciliateur de justice si vous respectez ces conditions :
•jouir de ses droits civiques et politiques ;
•n’être investi d’aucun mandat électif dans le ressort de la cour d’appel où il exerce ;
•ne pas exercer d’activité judiciaire à quelque titre que ce soit : délégué du procureur, médiateur, assesseur, gérant de tutelle, etc. ;
•justifier d’une expérience en matière juridique d’au moins trois ans (pas de condition de diplôme).
Si c'est votre cas, adressez au juge d’instance dans le ressort duquel vous souhaitez ses fonctions. : lettre manuscrite indiquant les motifs de votre candidature ; un curriculum vitae ; les justificatifs attestant d'une expérience de trois ans en matière juridique.


joelasaucisse - 14/04/10 12:48
ca ne doit pas être toujours évident de faire ce métier. Les conflits sont parfois bien ancrés et difficile de faire évoluer la situation.
margotine622 - 14/04/10 13:31
la médiation c'est pas toujours évident car la plupart du temps, chaque camp pense avoir raison et trouver un accord dans ces conditions relève presque du miracle!!
ceciloute2009 - 08/05/10 14:34
pas facile de régler les conflits,c'est trés utile un médiateur
singierlulu - 01/06/10 10:56
la mediation est indispensable dans certains cas heuresement que ca existe

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