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Le stress au travail : un business comme les autres
Publié le 9 mars 2012 à 16:32
69% des cadres avouent souffrir d’un stress important au travail, selon l’institut de sondages Ipsos. Cette souffrance touche toutes les catégories de salariés et son issue est trop souvent fatale, comme en témoigne le récent suicide d’un salarié de l’usine Dunlop d’Amiens. Face à la difficulté pour les entreprises de gérer le moral de leurs salariés, les cabinets indépendants de conseil fleurissent. Mais le stress est-il un business comme un autre ?
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Les Français sont stressés
Harcèlement, mal-être, souffrance psychologique, stress… Longtemps cantonnés aux troubles musculo-squelettiques, les accidents du travail ont vu apparaître, il y a quelques années, de nouveaux maux. Rien d’étonnant quand on sait que 62 % des salariés disent souffrir d’un stress important. Cette proportion atteint même 69 % chez les cadres alors que 33 % des salariés jugent que leur travail pourrait leur causer de graves problèmes psychologiques. Pire, 11 % avouent être en profonde détresse professionnelle. Un mal-être dont l’issue peut être fatale. Ainsi, fin février, un cadre de La Poste âgé de 28 ans et un quinquagénaire de la Caisse primaire d’Assurance maladie se sont donné la mort sur leur lieu de travail, à Rennes et Béziers. Mardi dernier, à Amiens, c’est un salarié de l’entreprise Dunlop qui a mis fin à ses jours. L’homme âgé de 36 ans avait accumulé 11 ans d’ancienneté.
Les entreprises prennent désormais ces risques dits « psychosociaux » très au sérieux. A l'origine de cette prise de conscience, la médiatisation des vagues de suicide chez France Télécom et Renault, mais aussi les alertes de la médecine du travail et des syndicats. Ainsi, début 2008, un accord national interprofessionnel sur le stress au travail était conclu entre les différents partenaires sociaux. Celui-ci transpose l'accord-cadre européen signé en octobre 2004 en mettant l'accent sur les moyens de prévention. « En signant cet accord, pour la première fois, les entreprises n’étaient plus dans le déni, explique Jack Bernon, responsable du département santé et travail de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact). Elles reconnaissaient enfin la part de l’organisation du travail dans le mal-être de leurs salariés ».

Un marché en plein boom
Quelques mois plus tard, à l’automne 2009, l’ancien ministre du Travail, Xavier Darcos, lance son « Plan d’urgence contre le stress au travail ». Sans prendre la peine de légiférer, il incite les groupes de plus de 1 000 salariés à entamer des négociations et à instaurer des actions de prévention des risques psychosociaux. Et, alors que pour certains la mesure est insuffisante et sans effet, elle crée un appel d’air qui verra naître un marché porteur : celui de la gestion du stress.
Très vite, les experts des institutions telles que les caisses régionales d’Assurance maladie ou les associations régionales pour l’amélioration des conditions de travail sont saturés. La demande, aussi forte que soudaine, est étroitement liée au renforcement des règles en matière de santé au travail et à une obligation de résultats. « Là où il y a risque, les entreprises sont désormais tenues de s’engager sur la voie de la prévention », rappelle Jack Bernon. A défaut, elles s’exposent à des procédures pour faute inexcusable de la part des salariés.
C'est dans ce contexte que « des cabinets de toute nature fleurissent peu à peu partout », analyse Hervé Lanouzière, conseiller technique à la direction générale du travail, chacun se targuant d’être spécialisé dans un domaine précis. Mais, entre les assureurs et les coaches, les ergonomes et les psychologues des cellules d’écoutes, les séances d’art thérapie ou encore les formations à la gestion du stress, « les entreprises ne savent plus à qui se fier », regrette-t-il.

« Certains cabinets vendent du rêve »

En outre, si certains cabinets ont pignon sur rue, d’autres ne seraient pas réellement compétents. « On compte aujourd’hui trois grandes approches de la prévention des risques psychosociaux sur le marché. Il y a le niveau tertiaire qui fait référence aux cellules d'appel ou d’écoute pour les travailleurs en souffrance, le niveau secondaire qui propose d’aider collectivement les salariés à faire face à leur stress et, enfin, l’approche primaire, détaille Jack Bernon. Celle-ci me semble être la plus efficace, tout simplement parce qu’elle s’attaque aux modèles d’organisation des entreprises ou au management pour identifier la source du problème et apporter des solutions. » Et s’il refuse de porter un jugement sur les services proposés par les différents cabinets, le responsable du département santé et travail de l’Anact déplore le « marchandage » dont est aujourd'hui trop souvent victime le marché de la santé. « Malheureusement, certaines personnes vendent du rêve, proposent une prestation répondant à une autre demande et qui est, d’une manière générale, très éloignée d’une quelconque prévention des risques psychosociaux. »
Bien sûr, la Direction générale du Travail (DGT) observe avec attention ce phénomène. « Avec le plan d’urgence, nous avons créé un appel d'air ; il est donc de notre responsabilité d’être attentif à ce marché », confie Hervé Lanouzière. Ainsi, mi-2010, la DGT réunissait 70 cabinets pour élaborer une charte qui aurait dû voir le jour en 2011. Quant aux cabinets, plusieurs ont choisi de se structurer en fédération et de s’entendre autour d’un code éthique et déontologique. Parallèlement, sur le marché, ils continuent à se livrer une guerre sans merci pour emporter les plus gros marchés.

Crédit photo : iStockphoto

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Par Marie-Laure Makouke | Rédacteur
Marie-Laure Makouke, rédactrice spécialisée dans les sujets de société sur le site terrafemina.com
Mots clés
Forme Santé travail
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