La nomophobie, le mal du XXIème siècle

La nomophobie, le mal du XXIème siècle
La nomophobie, le mal du XXIème siècle
Peut-on devenir accro à son téléphone portable ? Aujourd’hui, tout le monde ou presque possède un mobile. Être incapable de s’en séparer, paniquer à l’idée de le perdre, la nomophobie est une crainte qui touche essentiellement les jeunes.
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Toujours plus connectés sur les réseaux sociaux, un monde sans téléphone portable paraît difficile à imaginer, tant ce petit appareil a envahi nos vies. Ce terme singulier, la nomophobie, contraction de « no mobile phobia » désigne la peur excessive d’être séparé de son portable. Une maladie dénoncée lors de la journée internationale sans téléphone portable, qui avait lieu les 6, 7 et 8 février derniers.

Jamais sans mon portable

Le mot d’ordre est donné. À l’occasion de la journée mondiale sans téléphone portable, l’initiative citoyenne est une bonne occasion pour enfin décrocher. Avec pour thème cette année, « le langage SMS abrégé », l’action lancée depuis maintenant 13 ans, par l’écrivain français Phil Marso, touche un point sensible de notre société et met en garde contre les dérives extrêmes liées à l’usage de notre portable au quotidien.

Selon une étude de l’IFOP, « les Français et la dépendance au mobile » parue début février, 78% des moins de 25 ans (contre 42% des français) se considèrent comme « dépendants » de leur mobile. 57% des moins de 25 ans (contre 27% des français) ont besoin de consulter leur portable au moins une fois par heure. Enfin, 25% d’entre eux sont « énervés », 18% « paniqués » et 13% « stressés » à l’idée de perdre leur portable. Au Royaume-Uni, la proportion de nomophobes chez les jeunes de 18-24 ans atteint 76%.

Si les adolescents sont les plus attachés à leurs portables, certains adultes comme les cadres supérieurs ont du mal à s’en passer aussi. De même, certaines catégories se distinguent, comme les parisiens (48% contre 39% de provinciaux), les femmes (48% contre 38% chez les hommes), et les possesseurs de Smartphones (58% contre 26% chez ceux qui possèdent un portable classique).

« Un doudou sans fil »

Michaël Stora, psychologue et fondateur de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines parle de « doudou sans fil ». Le téléphone portable, une addiction que le psychologue compare à une drogue :

« On parle d’addiction quand il y a une rupture des liens sociaux réels. C'est-à-dire quand quelqu’un fuit la réalité. C’est le cas lorsque l’on passe plus de temps à communiquer avec des inconnus sur Internet qu’avec sa femme, ses enfants, ses amis. C’est ce que l’on appelle la fragilité narcissique de la société. »

Michaël Stora poursuit « le téléphone devient une prothèse affective. J’appelle ça un doudou sans fil. La mission du doudou, c’est de pallier le manque quand l’enfant est séparé de ses parents et calmer l’angoisse. Avec le téléphone, c’est pareil. »

En France, une unité à Lyon est même spécialisée dans cette pathologie, le centre de traitement du stress et de l'anxiété. Afin que le portable ne prenne pas le pouvoir, les psychologues du centre s’appuient sur des exercices comportementaux destinés à progressivement se détacher et à se libérer de leur appareil mobile.

Sans portable, c’est comme être coupé du monde

Un phénomène qui s’est amplifié avec l’apparition des Smartphones et des forfaits illimités. Hyper connectés, les utilisateurs ont le « réflexe Google » explique Damien Douani, expert en nouvelles technologies de l'agence FaDa Social Agency. « Le réflexe Google a été transposé au mobile : j'ai besoin d'une information, et je trouve réponse à tout, c'est la facilité incarnée. »

En plus de permettre de communiquer à toute heure du jour et de la nuit, le Smartphone permet aussi d’écouter de la musique, prendre des photos, des vidéos, immédiatement postées sur les réseaux sociaux, avoir accès à internet, connaître les bons restaurants près de chez soi ou réserver un hôtel. Il n’y a plus d’imprévu, le portable sert à rassurer, à tout vérifier, à prendre le contrôler sur son environnement.

Phil Marso, initiateur de la journée sans téléphone portable, déplore un outil qui « déshumanise ». Dans un pays comme la France où le taux d’habitant équipé d’un mobile atteint 90% et 75 millions de cartes SIM en service – soit bien plus que la population française – il n’est pas étonnant de constater que les gens sont accros à leur portable, et « si par malheur ils le perdent ou qu’il est en panne, ils se sentent totalement coupés du monde » conclut l’écrivain.