Et si on parlait Respect ?
On l’invoque à tous les âges
Terrafemina : Pourquoi avoir choisi de traiter du respect ?
Bernadette Costa-Prades : C’est venu de nos échanges, le sujet revenait souvent. Je constate que beaucoup de gens se sentent malmenés à tous les niveaux, cela va du garçon qui nous sert un café au bar à la vie dans l’entreprise, en famille…
Stéphane Clerget : C’est vrai on n’a jamais autant parlé de respect, et autant souffert du manque de respect. Dans mes consultations j’observe combien le terme est utilisé par les parents. Et il est amusant de constater que chez les jeunes aussi le mot a été réactualisé : « respect, respect », les jeunes comme les très âgés n’ont que ce mot à la bouche !
B. C.-P. : Oui et ce qui est frappant c’est que le mot « respect » est largement utilisé par des jeunes que l’on accuse systématiquement de manquer de respect aux autres…
TF : Vous soulignez l’importance de l’éducation dans l’assimilation et l’apprentissage du respect, tout se joue-t-il dans l’enfance ?
S.C. : On ne naît pas respectueux, cela s’enseigne, plus ou moins bien, par le discours, par l’exemple. C’est quelque chose de très difficile à transmettre, et c’est pour cela qu’il y a beaucoup de ratés. Certains parents très rigides et autoritaires imposent les choses par la force, ce n’est pas une intégration saine et sereine des règles ou de la loi. Les adolescents doivent souvent le réapprendre, car à cet âge on oublie tout. En général ils se respectent peu eux-mêmes parce qu’ils se connaissent mal ou ne s’estiment pas. Ils confondent beaucoup respect et soumission.
TF : Pourquoi le mot « respect » revient-il tant dans les chansons de rap et le vocabulaire de certains jeunes ?
B. C.-P. : Parce qu’ils ne sont pas respectés. Le simple fait de les vouvoyer et de leur parler comme à des adultes peut tout changer.
S. C. : C’est vrai. Jamais les jeunes ne sont entrés aussi tardivement dans la vie active, c’est très difficile pour eux, ils sont plein d’énergie et d’envie d’entreprendre, et on ne respecte pas cela. Ils ont un vrai souci de reconnaissance et veulent exister aux yeux des adultes.
On parle beaucoup de la délinquance des jeunes, mais on oublie que les premières victimes de cette délinquance, des violences, des agressions et de l’irrespect, ce sont les jeunes eux-mêmes.
« Des formes d’irrespect plus insidieuses »
TF: Notre société encourage-t-elle le respect ?
B.C.-P. : Il y a un encouragement à l’irrespect mais qui n’est pas voulu, du fait de l’anonymat des grandes villes d’abord, et aussi des règles très sécuritaires qui transforment les sujets en objets. En clinique, on est appelés par des numéros, les nouvelles technologies n’engagent pas non plus au respect, pas besoin de dire bonjour dans un mail, on ne répond que si on en a envie… Cette accélération des échanges enlève la rondeur de ceux d’autrefois.
Toutes ces petites choses multipliées nous donnent le sentiment de ne pas être respectés. Notre société n’est pas ultra violente mais les formes d’irrespect sont très insidieuses.
TF : Les hommes politiques se rendent-ils plus coupables d’irrespect aujourd’hui ?
S. C. : Tous les journalistes l’ont constaté. Les noms d’oiseaux ont toujours existé dans l’hémicycle, mais aujourd’hui tout apparaît au grand jour, tout est médiatisé. Et ce qui me frappe aussi c’est que trop de gens, les adultes comme les jeunes d’ailleurs, associent irrespect et virilité : quand le Président avait lâché le fameux « Casse-toi pauvre con », Jean-Pierre Raffarin l’avait défendu en qualifiant ces propos de « virils », comme si la vulgarité avait à voir avec la virilité.
B. C.-P. : Les politiques sont aussi invités à se manquer de respect de par les concepts mêmes des émissions où le principe est d’aboyer plus fort que l’autre et de se couper la parole, où l’on n’apparaît pas à la hauteur si l’on ne domine pas l’autre.
S. C. : Et les adultes adorent faire ça parce qu’ils ont l’impression de faire le jeune ! « Faire jeune », « faire viril », autant de postures qui invitent à être irrespectueux.
Les femmes plus concernées ?
TF : Le titre de votre livre, Osez vous faire respecter, invite à s’affirmer, à ne pas se laisser faire. Cela émane-t-il d’une demande de vos patients en consultation ?
B.C.-P. : Ceux qui ne sont pas respectés sont souvent ceux qui n’osent pas. Dans le respect il y a une grande part d’affirmation de soi, or certains subissent l’influence de modèles qui datent de l’enfance : ils n’ont pas eu droit à la parole ou ont vu leurs parents se faire malmener.
Le livre aborde ainsi la « liberté intérieure » : beaucoup de personnes ne se sentent plus libres de leur choix, dans leur couple ou dans leur travail, on ne peut se faire respecter sans muscler cette liberté intérieure.
S. C. : Il s’agit de faire comprendre que pour se faire respecter il faut mener une analyse et une réflexion en amont, dont on tire une action, une façon de se tenir et de répondre à l’autre. Le principe fondamental du livre est là : imposer le respect ne passe pas par un rapport de force. Ce n’est pas dominer l’autre ou lui faire peur.
TF : Un livre peut-il vraiment permettre à une personne qui n’ose pas s’affirmer et dire ce qu’elle pense, de se libérer ?
S. C. : Cela peut déclencher une prise de conscience. Nous avons reçu de nombreux courriers de personnes touchées et concernées par le sujet, beaucoup de femmes en particulier. Le vécu d’irrespect semble encore plus douloureux pour elles. Ce n’est pas tant le sexisme dans la rue et les plaisanteries machistes, ces sujets-là ne sont plus vraiment tabou, elles en parlent librement. En revanche on parle peu de l’irrespect dans le couple, il ne s’agit pas de violence mais de quelque chose de beaucoup plus subtil, comme des négligences.
Cela se passe aussi dans le monde du travail : je ne suis pas sûr qu’elles soient davantage victimes d’irrespect que les hommes, mais en tout cas elles en souffrent plus. C’est aussi lié aux nouvelles fonctions qu’elles viennent occuper aujourd’hui. Dans les postes de direction elles peuvent rencontrer des formes de dialogue et des procédés qu’elles vivent moins bien que les hommes.
B.C.-P. : Chez les femmes il y a un double sentiment d’irrespect, le respect attendu de leur travail, et le respect attendu en tant que femme. C’est ce cumul qui les rend plus sensibles.
Osez vous faire respecter, Dr Stéphane Clerget et Bernadette Costa-Prades, Albin Michel, 6.90 Euros.
Stéphane Clerget est psychiatre à Paris, et l’auteur de nombreux ouvrages, dont le dernier paru est Les Kilos émotionnels, comment s’en libérer, aux éditions Albin Michel.
Bernadette Costa-Prades est journaliste, spécialisée en psychologie, elle a publié dernièrement Faire l’amour pour éviter la guerre dans votre couple, en collaboration avec Ghislaine Paris, aux éditions Albin Michel.
VOIR AUSSI :
Faites l'amour pour éviter la guerre dans votre couple

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savoir dire non et se libérer ok, mais attention, il faut quand même le faire avec tact et respect de l'autre.
Tout à fait d'accord avec l'article, en particulier sur l'effet du "jeunisme" sur le déclin des formes de respect. J'y ajouterais celui d'un féminisme mal compris qui a jeté à l'eau avec le machisme les formes traditionnelles de la galanterie masculine envers les femmes (s'effacer devant une femme, lui céder sa place, proposer de porter ses colis, etc). Beaucoup d'hommes n'osent plus faire ces petits gestes, de crainte de passer pour machos. Personnellement je trouve cela dommage, et je suis admirative envers ceux qui entretiennent cette tradition, dans les transports en commun par exemple...
et si on reprenait les leçons de morale à l'école comme il y a 50 ans ????? ça ne serait pas une mauvaise chose si les parents ne respectent pas eux mêmes les règles , il est évident que leurs enfants suivront le même mauvais exemple sequoia , j'ai apprécié ce que tu as écrit , c'est VRAI
Savoir s'affirmer et arriver à dire non aux choses ou aux personnes qui nous ennuie cela s'apprend c'est un peu long mais on y arrive quand même mais toujours avec beaucoup d'élégance.
Il va sans dire que ce mot est extrêmement tendance dans le langage , mais rarement utilisé dans le comportement ...