Défilé Victoria’s Secret : les journalistes interdits de poser des questions "féministes"

Défilé Victoria’s Secret : les journalistes interdits de poser des questions "féministes"
Défilé Victoria’s Secret : les journalistes interdits de poser des questions "féministes"
Dans cette photo : Alessandra Ambrosio
Le défilé annuel de la marque de lingerie Victoria’s Secret s’est déroulé à Londres, ce mardi 2 décembre. Et alors que tous les yeux étaient tournés vers les mannequins en petite tenue, en coulisses, un journaliste s’est fait rembarrer pour ses questions jugées trop féministes.
A lire aussi
Entretien d'embauche : 8 questions que le recruteur n'a pas le droit de vous poser
Mag
Entretien d'embauche : 8 questions que le recruteur n'a...


C’est devenu un rituel. Chaque année, les top-models les plus célèbres de la planète affolent les podiums lors d’un défilé très dénudé 100% strass et paillettes. Elles, ce sont les "Anges" de Victoria’s Secret, et elles se prénomment Karlie Kloss, Alessandra Ambrosio ou encore Adriana Lima. Mais si la célèbre marque de lingerie a réussi à créer une véritable attente autour de ce show aussi sexy que pharaonique, il ne faudrait pas oublier que Victoria’s Secret fait aussi très souvent polémique. Une ligne jugée raciste en 2012, une autre pointée du doigt l’année suivante pour son hypersexualisation des adolescentes… Au pays de la culotte en dentelle, les choses ne sont pas toujours rose bonbon.

Aussi, il devient de plus en plus important pour Victoria’s Secret d’éviter les dérapages. Comment ? En muselant ses mannequins. Un journaliste du site britannique The Independent s’est ainsi vu refuser de poser des questions dites « féministes » aux Anges. En marge du défilé de Londres qui s'est tenu ce mardi (2 décembre), alors qu’il demandait son avis au top allemand Romee Strijd sur l’objectivation de la femme que pouvait renvoyer le show, un attaché de presse s’est interposé. « Nous préférerions que vous évitiez ce genre de questions », s’est vu offrir le journaliste en guise de réponse. Néanmoins, interroger les jeunes femmes sur leurs tenues préférées était évidemment bienvenu.

Une marque qui fait du mal aux femmes ?

Début novembre déjà, Victoria’s Secret choquait avec sa campagne « The Perfect Body », qui comme son nom l’indique, met en scène des mannequins aux corps parfaits, en tout cas selon la vision de la marque. Du pur body shaming. Suite à une pétition signée par 26 000 personnes, le slogan a finalement été changé pour un plus soft : « A Body for Everybody ». En culpabilisant celles qui n’auraient pas les mensurations 90-60-90, en refusant de laisser s’exprimer ses mannequins, Victoria’s Secret ne ferait-elle pas preuve de sexisme ?

Le géant de la lingerie s’en défend, arguant que son célèbre show est une célébration de la femme forte, bien dans son corps (à condition que celui-ci entre dans un string taille 32, bien sûr). Un « Girl Power » pas vraiment convaincant, surtout quand on sait que les Anges doivent passer chaque année des auditions en petite tenue devant un jury, ou encore qu’elles sont obligées de suivre des régimes drastiques pendant plusieurs semaines avant de pouvoir monter sur scène. Pour gagner ses ailes, la perfection et ses critères discriminants sont donc de mise. Partant de là, difficile pour une femme « normale » de se retrouver dans l’image véhiculée par Victoria's Secret.

La campagne The Perfect Body de Victoria's Secret


Doutzen Kroes, une féministe chez les Anges ?

Heureusement, ce n’est pas parce qu’on défile pour Victoria’s Secret qu’on est forcément en adéquation avec la marque. En avril dernier, le top-model néerlandais Doutzen Kroes – alors enceinte d’une petite fille – confiait au site Page Six : « Au lieu de dire à ma fille qu’elle est belle, je lui dirai : ‘tu es intelligente’. Comme ça, elle aura d’autres aspirations dans la vie que la beauté et le mannequinat ». La jolie blonde, qui avait déjà déclaré « se sentir coupables de rendre certaines femmes complexées », concluait : « Nous devons enseigner aux filles qu’elles peuvent devenir présidentes si elles le veulent et que tout ne tourne pas toujours autour de la beauté ».