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Par   -  Publié le 4 mai 2009
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René Ricol répond à Terrafemina

René Ricol, le médiateur du crédit, répond aux questions de Terrafemina sur l’accès au crédit des entreprises en France, et notamment des femmes entrepreneurs. Il nous donne sa vision des circonstances économiques actuelles, de la rupture de confiance entre les banques et l’opinion publique, et de l’après-crise.

L'assurance-crédit pose problème

L'assurance-crédit pose problème

TF: Combien d’entreprises font appel à vous pour les soutenir dans leurs relations avec les banques ? La situation s’est-elle encore détériorée ? Quelle est l’attitude des banques ?


René Ricol: Près de 10 000 entreprises ont saisi la Médiation du Crédit depuis le lancement du dispositif, la quasi-totalité des dossiers déposés (90%) au cours des six derniers mois ont été acceptés en médiation, 6000 environ sont à présents clôturés et dans deux cas sur trois positivement. Au total ce sont plus de 3 700 entreprises qui ont été confortées dans leurs activités partout en France et plus de 75 000 emplois qui ont été préservés. Ces résultats sont la fois le succès des entreprises et des banques qui globalement jouent le jeu. Le crédit bancaire n’est pas la principale préoccupation aujourd’hui.
En revanche l’assurance crédit pause problème et impacte dangereusement les relations des entreprises qui finissent par ne plus faire confiance en elles. A cause des décotes sectorielles opérées par les assureurs crédit, les entreprises sont contraintes de payer comptant leurs fournisseurs si elles veulent continuer de produire elles mêmes, et livrer leurs clients. Les conséquences sont désastreuses et immédiates. Par ailleurs, la dégradation de l’activité dans certains secteurs aggrave les difficultés des entreprises sous-capitalisées et la consolidation des capitaux propres, en particulier pour les entreprises qui ont un fort potentiel de croissance et d’emploi, est dans bien des cas une urgente nécessité.
Sur ces différents fronts, les équipes de médiation et notamment les directeurs de la Banque de France qui dans chaque département sont les médiateurs départementaux, sont extrêmement présents et vigilants.

Entreprises, banques et assureurs-crédit

Entreprises, banques et assureurs-crédit

TF: Comment agissez-vous sur le terrain ?

René Ricol: Notre mission en médiation est en premier lieu de rétablir le dialogue et de rapprocher les positions des parties pour que des solutions adaptées soient trouvées : nous incitons les entreprises à anticiper leurs risques de trésorerie et à projeter leurs besoins de financement. Nous invitons les banques à prendre plus de risques et à donner du temps aux entreprises pour leur permettre de traverser la crise. Nous demandons aux assureurs crédit d’utiliser les dispositifs de co-garantie mis en place par l’Etat et surtout de communiquer aux entreprises les raisons qui les ont conduit à retirer leur couverture pour permettre à ces dernières de défendre leurs intérêts.
Enfin en matière de financement en fonds propres, nous avons passé une convention de partenariat avec les acteurs publics et privés du capital investissement afin qu’ils mobilisent les ressources disponibles notamment celles résultant de la collecte ISF et qu’ils accélèrent à la fois le niveau général de leurs investissements dans les entreprises et leur processus de décision.

Femmes combatives

Femmes combatives

TF: Quelle est la situation des femmes entrepreneurs face au crédit ? Sont-elles nombreuses à faire appel à votre médiation ? Quelle est l’attitude des banques vis-à-vis des femmes entrepreneurs ?

René Ricol: Parmi les chefs d’entreprises qui saisissent la médiation, 22% sont des femmes ; un pourcentage cohérent avec les chiffres de l’entrepreneuriat féminin en France. Ont-elles plus de difficultés que les hommes à obtenir des crédits ? Nous n’avons pas encore à ce stade d’éléments statistiques précis pour le dire. Pour le traitement des dossiers en médiation, le genre ne fait pas la différence et le taux de médiation réussi est à parité pour les hommes et femmes. Ce que je peux dire c’est que les femmes chefs d’entreprise que nous rencontrons en médiation sont pugnaces et combatives.

Sauver les banques

Sauver les banques

TF: Aujourd’hui, pouvez-vous dire que l’intégralité des sommes prêtées par l’Etat aux banques sert bien à soutenir les entreprises et/ou les particuliers ? Malgré tout ce qu’on entend sur les salaires et bonus des dirigeants banquiers ?

René Ricol: Sans cet argent injecté par les gouvernements à l’automne 2008, le système bancaire international se serait effondré. La faillite de Lehman Brothers a ouvert un feu et les banques françaises n’auraient pas été épargnées. En France, nous avons fait le choix d’une aide au cas par cas, sous forme de prêts subordonnés ;  c’était la bonne méthode pour sécuriser l’épargne des particuliers et s’assurer qu’en contrepartie des fonds nécessaires reçus, les banques allaient continuer de pouvoir jouer leur rôle pour le financement de l’économie.
Notre mission à la médiation est de nous assurer que l’accès au crédit et au financement reste fluide pour les entreprises. Nous ne sommes pas habilités à intervenir pour les particuliers. Plusieurs banques ont mis en place des dispositifs de médiation internes à leur attention et nous les encourageons toutes à le faire. La question des salaires et des bonus des dirigeants des banques est  différente et je pense que le Président a été très clair sur ce sujet.

Restaurer la confiance

Restaurer la confiance

TF: On a le sentiment d’une vraie rupture entre l’opinion publique et les métiers de la banque. La défiance s’est installée. Comment rétablir un rapport de confiance ?

René Ricol: Je ne sais pas si cette rupture avec l’opinion publique est réellement installée. Il me semble que les banques ont compris qu’il fallait restaurer la confiance. Dans l’intervalle, la démarche efficace pour reconstruire la confiance c’est plus de transparence, plus de contrôle interne, plus de solidarité et plus d’éthique. C’est aussi de créer le cadre d’une meilleure surveillance et d’une meilleure régulation des marchés financiers. Cela signifie le retour à l’intérêt général et à une certaine forme d’économie sociale comme priorité. Les banques seront jugées à l’avenir sur leur capacité à rendre service et à bien se gérer, et non plus sur le montant des deals réalisés ou des bonus versés à leurs traders.

Fin du tout libéral

Fin du tout libéral

TF: Vous êtes l’auteur d’un rapport sur la crise du capitalisme international. Les dernières mesures annoncées lors du G20 vous semblent-elles suffisantes pour vraiment réformer le capitalisme mondial ?

René Ricol: L’ampleur de la crise a conduit les politiques à revenir dans la sphère financière et ce retour qui marque la fin du tout libéral est sans doute la première conséquence positive de la situation y compris pour les banques elles-mêmes. Les mesures prises destinées à organiser la surveillance des marchés et des fonds spéculatifs, à encadrer les agences de notation, à aménager les règles comptables au niveau mondial, à lutter contre les paradis fiscaux étaient incontournables pour assainir la situation et éviter de nouveaux dérapages.

L'après-crise

L'après-crise

TF: Quand et comment envisager une vraie sortie de crise ?

René Ricol: Envisager la sortie de crise c’est déjà se projeter dans l’après crise, c'est-à-dire anticiper les potentialités, se faire aider, utiliser tous les dispositifs en place, et ils sont nombreux. Avec les médiateurs délégués et départementaux qui m’entourent, nous arrivons à faire bouger les lignes en poussant banquiers et entreprises à parler ensemble projets et développement. La mobilisation des gens est inouïe. Quelque chose se passe. De nouvelles solidarités sont en train d’émerger dans ce pays.

Pour en savoir plus :
http://www.mediateurducredit.fr/

Voir aussi :  crise    banques   
 

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