Par
Alix Foriel
- Publié le 15 décembre 2009
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Les entrepreneurs sociaux ont de l'avenir
D’où vient l’entreprenariat social ?
Un peu d’histoire pour commencer : le terme « entrepreneur social » nous vient d’un américain installé en Inde. C’est Bill Drayton qui l’a inventé quand il a lancé Ashoka en 1980, la première organisation à avoir fait du « capital-risque philanthropique,» incitant ainsi les entrepreneurs sociaux à adopter de vraies attitudes d’entrepreneurs. Trente ans plus tard, Ashoka est présent dans 70 pays, et a accompagné quelques 2500 hommes et femmes entrepreneurs sociaux (voir plus loin).
En Europe, l’entreprenariat social est arrivé dans les années 90, en Italie d’abord où a été créé un statut spécifique pour les coopératives sociales. Mais il a eu du mal à faire son nid, à cause de la rude concurrence imposée par les entreprises classiques.
Quelle est la différence avec une entreprise classique?
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Les bénéfices « ne sont pas une fin en soi mais un moyen au service d’un projet social » (introduction du Livre Blanc « Oser maintenant »). Pour Danielle Desguées, directrice générale des boutiques de gestion en Ile-de-France (qui soutiennent des créateurs de boites), l’entreprise sociale fonctionne comme une entreprise classique : elle répond à des appels d’offre, etc… « mais sa différence réside dans son capital ».
C’est-à-dire ? En fait, dans la catégorie « entreprise sociale, » entrent plusieurs formes d’entreprises, aux fonctions et aux statuts très différents. Le CNCRES (Conseil National des Chambres Régionales de l’Economie sociale) en recense 4 : les coopératives, les mutuelles, les fondations et les associations. Ces dernières représentent d’ailleurs plus des trois quarts des salariés de l’économie solidaire.
Mais alors, une entreprise sociale peut-elle, en plus de sa vocation sociale, avoir un objectif lucratif ? Les puristes vous diront que non. Les autres, qui souhaitent faire évoluer le système entrepreneurial actuel vers plus de social, vous diront que oui.
1 emploi sur 5, deux tiers de femmes
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Près d’un emploi sur cinq a été créé par les entreprises sociales en France entre 2005 et 2006, d’après une enquête du CNCRES. Ainsi, plus de deux millions de personnes sont salariées de l’économie sociale et solidaire, soit près d’un salarié sur 10.
Notons d’ailleurs que ces entreprises emploient très majoritairement des femmes : 65,5% (contre 47,2% dans l’emploi total, à en croire l’INSEE). On monte même jusqu’à 70% dans les associations, les fondations et les mutuelles.
Les secteurs les plus porteurs actuellement sont les services à la personne, la santé, les services sociaux, l’éducation, l’environnement, les services aux entreprises…
Prof de sport, juge, psychiatre, étudiant…
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Les entrepreneurs sociaux d’aujourd’hui et de demain viennent de tous bords. C’est ce que nous confirme l’organisation Ashoka, qui s’est installée en 2006 en France, sélectionne et accompagne les entrepreneurs sociaux les plus innovants, en leur versant un salaire et en les conseillant pendant trois ans. Ceux-ci doivent répondre à 5 critères : l’innovation sociale, l’impact social potentiel, la qualité entrepreneuriale (pragmatisme, audace), la créativité, et l’éthique.
Florence Rizzo qui supervise le processus, avoue que les candidatures sont pour le moins éclectiques. « Les niveaux d’éducation sont très différents : du professeur de sport au juge en passant par le psychiatre ou l’étudiant en chimie. » Les âges varient aussi de 30 à 60 ans. « En revanche, la raison pour laquelle ils se lancent dans l’entrepreneuriat social est toujours la même : une certaine révolte par rapport à des enjeux sociaux. » Ils veulent tous changer les choses.
On notera la récente professionnalisation des entrepreneurs sociaux. Ces cinq dernières années, de grandes écoles de commerce comme l’ESSEC ou HEC ont créé des chaires dédiées à l’entrepreneuriat social.
L’entreprise sociale, un modèle d’avenir ?
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« Nous, on est convaincus que c’est le modèle de l’entreprise de demain, » explique Florence Rizzo, chef de projet chez Ashoka. « Aujourd’hui c’est encore un laboratoire mais qui influencera de plus en plus les entreprises classiques ».
La crise a changé la donne. D’abord l’envie de donner du sens à la création d’entreprise est plus forte que jamais, de même que la nécessité pour les entreprises classiques de se montrer responsables, pas seulement face aux actionnaires.
Pour preuve, de plus en plus de multinationales s’engagent à travailler avec des entrepreneurs sociaux, par exemple en rendant accessibles leurs produits aux populations défavorisées. C’est le cas de Danone qui a conclu un partenariat avec la Grameen Bank, pour la construction d’une micro-usine au Bangladesh, produisant des yaourts enrichis en compléments alimentaires et vendus à très bas prix. Plus récemment et toujours au Bangladesh, Adidas a déclaré vouloir produire des baskets, qui seront vendues 1 euro dans les pays émergents.
Les entreprises classiques font plus de social. Mais les entreprises sociales adoptent aussi des règles de gestion plus traditionnelles...« Le secteur classique de l’économie sociale a aussi évolué. Il a découvert les vertus d’une gestion pointue, l’arrivée de cadres formés de haut niveau qui ont enrichi le rang des salariés, » nous indique Jean-Marc Borello, délégué général du groupe SOS, et un des pionniers de l’économie sociale en France (pour voir son interview, cliquez ici).
Les grands chantiers de l’économie sociale
De multiples initiatives voient le jour pour accompagner et promouvoir les entrepreneurs sociaux. C’est le cas d’ « Entrepreneurs d’avenir », un réseau lancé notamment par l’assureur Generali. En juin dernier, était organisé le premier Parlement des entrepreneurs d’avenir à l’Assemblée Nationale. Des actions sont menées, notamment en direction des pouvoirs publics.
« Les pouvoirs publics locaux et régionaux ont le pouvoir de faire changer les choses, » affirme Jacques Huybrechts, animateur de « Entrepreneurs d’avenir » et dirigeant de l’entreprise CHK (qui organise par ailleurs la Cité de la réussite, tous les 2 ans). Exemple : certains marchés publics pourraient être assortis de clauses de responsabilité sociale et environnementale.
« Nous militons aussi pour une fiscalité discriminatoire, » ajoute J. Huybrechts. Il faut encourager les entreprises qui se responsabilisent, pas forcément en les taxant, mais surtout en les récompensant. Et puis, il faut faire connaître ces entreprises. Et pour cela, rien de tel que les indicateurs de performance, les labels, et autres normes. Sans oublier le travail des agences de notation sociale comme Vigeo.
« Vous iriez acheter un yaourt bio qui n’est pas certifié vous ? » demande J. Huybrechts. La norme ISO 26000, norme internationale de l’entreprise responsable, pourrait ainsi naitre l’année prochaine.
Comment en savoir plus ?
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« Oser maintenant » est un livre blanc signé par le Codès (Collectif pour le développement de l’entreprenariat social) ainsi qu’une centaine d’entrepreneurs sociaux, qui est sorti en février 2009. Il décline 15 propositions afin de développer l’entreprenariat social. Elles vont du développement du financement de l’entreprenariat social, à la reconnaissance de l’innovation sociale, et la mesure du retour social sur investissement, une notion déjà familière dans les pays anglo-saxons. Et bien sûr, le Livre Blanc préconise une meilleure éducation des étudiants et jeunes diplômés, afin de les inciter à se lancer dans l’aventure.
Sites utiles
http://www.ashoka.fr/ : site d’Ashoka, organisation qui soutient l’entreprenariat social
http://www.avise.org/: agence d’ingénierie et de services pour entreprendre autrement
http://www.ceges.org/: conseil des entreprises, employeurs et groupements de l’économie sociale
http://www.entrepreneursdavenir.com/: Réseau Entrepreneurs d’avenir, les pionniers d’une économie plus humaine
http://www.la-ruche.net/: site de la Ruche, entreprise sociale de prestation de services et d’espaces à d’autres entrepreneurs sociaux à Paris.
http://www.ecole-ees.coop/: l’école de l’entrepreneuriat en économie sociale
http://www.essec-entrep-social.com/fr/index.html : chaire entreprenariat social de l’ESSEC
http://www.hec.edu/tracks/fr_socialbusiness/index.html : chaire Social Business de HEC
VOIR AUSSI :
3 questions à … Charlotte Hochman, directrice du développement de la Ruche
3 questions à … Jean-Marc Borello, délégué général du groupe SOS
L’interview vidéo de Nicole Notat sur la notation sociale
L’interview vidéo de Danielle Desguées, directrice générale des boutiques de gestion en Ile-de-France

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je ne pensais pas que les associations créaient tant d'emplois!!
oui je le savais car je bosse dans une assoc de réinsertion
oui mon assos fait de la réinsertion de chomeurs longue durée!
Les associations sont parfois des tremplins vers une réinsertion durable avec des emplois à la clef, c'est ça qui est intéressant.
Les associations ont un impact bénéfique sur l'emploi notamment lors de réinsertion