Développement durable : Les nouvelles Dame Nature

Par Marine Deffrennes
Publié le 4 avril 2011

Céline Henry livre ses œufs aux maîtresses d'école

Céline Henry livre ses œufs aux maîtresses d'école

Céline Henry n’est pas née dans une ferme, ne se voit pas traire les vaches matin et soir, ni conduire un tracteur. Pourtant, tous les vendredi, elle part livrer les œufs de ses poules, la farine de son moulin et ses paniers garnis de carottes, betteraves et pommes de terre à 15km à la ronde aux restaurateurs, boulangers, particuliers, sans oublier les voisins et les maîtresses d’école. Cette maman de 34 ans a suivi son mari dans l’aventure de l’agriculture pour créer sa petite entreprise Bio en 2010, après avoir travaillé au sein de plusieurs Chambres d’Agriculture du Nord Pas-de-Calais. Une reconversion qu’elle ne regrette pas.

Le cahier des charges Bio
Le choix du Bio s’impose alors comme une évidence, même s’il implique une plus grande prise de risque. Ecolo convaincue, elle fait partie de celles qui ont succombé aux couches lavables et au vinaigre blanc : « Il y a une fibre en moi qui me pousse à exclure certains usages, c’est personnel ».
Et les contraintes ne sont pas négligeables. Céline est contrôlée deux fois par an : pour ne pas utiliser de produits chimiques elle doit désherber à la main, choisir des variétés de légumes ou de céréales plus résistantes aux insectes et aux maladies, et alterner les rotations sur les parcelles pour éviter les virus. Pour les insectes, on n’est pas loin du casse-tête, « je ne cultive jamais les carottes au même endroit, pour ne pas laisser aux bêtes le temps de pondre et de s’installer. » Pour Céline, il s’agit surtout d’accepter la casse : « En agriculture biologique on est plus fragile face aux maladies ou à la météo, les pertes de rendement sont fréquentes. Cela impose un retour à la connaissance agronomique de base, sur l’équilibre du sol, de la faune et de la flore. »

Durable et bientôt rentable ?
L’entrepreneuse-agricultrice n’hésite pas à multiplier les cartes pour être plus rentable, et se lance dans la transformation de ses produits. Déçue par ses ventes de farine elle a décidé d’en faire des gâteaux « parce que, dit-elle, les gens n’ont plus le temps de faire de la pâtisserie». Elle démarche son réseau pour proposer des prestations sucrées : au menu, muffins, tartes aux pommes, poires ou fruits rouges de son verger et confitures. Pour assurer sa dernière livraison sur un gros stand du salon de l’Agriculture, elle avait débauché sa grand-mère et réquisitionné sa cuisine pendant plusieurs jours. Prochaine étape : trouver un local dédié et acheter un four professionnel. En attendant, elle continue de vendre ses œufs Bio au même prix que la grande distribution : 25cts d’Euros pièce.
Bientôt en ligne : La ferme bio de Céline

Aurélie Pascal ou l’intelligence agricole

Aurélie Pascal ou l’intelligence agricole

Née et élevée à côté des pêches et des tomates cultivées par son père, Aurélie, 34 ans, pense déjà en mode durable lorsqu’elle reprend l’exploitation familiale il y a 6 ans. A Saint-Féliu-d’Amont, en Languedoc-Roussillon, elle est à la tête de 28 hectares de pêchers – dont 2ha en Bio- et d’une serre d’1ha de tomates refaite à neuf. Elle gère 10 salariés permanents et 8 saisonniers, et trouve encore le temps de participer à des « clubs de progrès » pour comparer ses rendements avec d’autres agriculteurs. Pour cette dure à cuire, le « développement durable » n’est pas une norme ou un modèle à respecter, mais une dynamique pour produire mieux et plus.

Global G. A. P.
Ce n’est pas le label Bio qui la fait courir toute la journée pour soigner ses plantes et ses employés, mais une certification privée nommée Global G. A. P (« Good agricultural practice »). Cet organisme spécialiste de bonnes pratiques agricoles dans plus de 80 pays s’appuie sur les trois piliers du développement durable pour établir des référentiels : l’Economique, le Social et l’Environnemental. « C’est cette complémentarité que je recherche, si on n’a pas ces trois éléments, l’entreprise est bancale », explique Aurélie.
Pour l’environnement, l’agricultrice fait son beurre des différentes pratiques et connaissances accumulées à force de relevés et d’expériences sur ses fruits. Dans sa serre high-tech elle pratique l’irrigation et la fertilisation raisonnées en apportant le strict nécessaire selon les besoins de la plante, le type de sol et le climat. Pour éviter les insecticides, elle utilise la « lutte intégrée avec insectes auxiliaires » qui consiste à lâcher des bandes de bestioles pour en éliminer d’autres. Une technique à la pointe qui fait de son exploitation un fleuron de l’innovation agricole et responsable dans plusieurs domaines.
« J’aime croiser les approches et prendre du recul sur ce que je fais, confie Aurélie. Le label Bio, c’est bien, mais on n’a pas d’obligation de résultat. La réflexion durable c’est aussi avoir une vision économique pérenne ».

Business Model
Pour tenir, Aurélie s’auto-évalue en permanence, tient des registres sur tout, fait des relevés et des mesures pour calculer ses rendements, qu’elle échange avec les autres exploitants de la région. Membre de deux coopératives, elle réalise quelques économies grâce aux achats groupés. « Nous nous réunissons deux à trois fois par an pour débriefer sur nos résultats et trouver de meilleures solutions pour l’année suivante », raconte-t-elle. On n’est pas loin du business plan et des stratégies R&D…
La main d’œuvre agricole coûte cher, elle ne s’en cache pas, mais son bien-être et sa sécurité lui semblent une priorité : « Les ouvriers agricoles ne sont pas des idiots du village, ils ont des compétences très spécifiques et une grande marge de progression ». Elle les chouchoute et les forme en permanence, comme du temps de son père. « En fait il faisait déjà beaucoup de choses durables, c’était logique pour lui. Moi j’ai juste formalisé, pour m’adapter aux règles et aux possibilités d’aujourd’hui. »

Nolwen Fleury, « l’happycultrice »

Nolwen Fleury, « l’happycultrice »

Pour Nolwen, la vie en bottes, c’est aussi la vie en combinaison et masque grillagé pour bichonner ses millions d’ouvrières. Elle incarne fièrement la 4ème génération d’apiculteurs de sa famille, et pourtant ce n’est pas le chemin qu’elle s’était tracé.
Ambitieuse et douée, elle s’expatrie à 17 ans de sa Bretagne natale pour faire ses études à Sciences-Po puis à l’ESCP (Ecole supérieure de Commerce de Paris). Ensuite elle gravit les échelons à toute vitesse et à 28 ans, se retrouve directrice de la communication d’une grande enseigne automobile. Une restructuration remet alors tout en question, et ses racines reprennent le dessus. « Quand on est élevé avec certaines valeurs, je pense que c’est difficile d’être épanouie si on ne retrouve pas cette qualité de vie au quotidien », explique-t-elle.

Retour aux sources
C’est à Brest qu’elle a grandi, sans voisins, avec les 600 ruches de son père, et une mère qui décréta en 1975 que son potager serait Bio. Le poids de l’héritage. En 2008, elle et son mari plaquent le macadam parisien pour faire du miel dans la Sarthe (72). Ils achètent 50 ruches et une belle bâtisse à retaper : leur projet repose à la fois sur un engagement pour la préservation des abeilles et un concept marketing bien ficelé. « Nous voulions sensibiliser nos premiers clients et tous les amateurs de miel artisanal au sort des abeilles », raconte Nolwen. Le message est joliment délivré.
Le site « Mielimielo.fr » raconte l’histoire de Gisèle l’abeille, de sa formation dans la ruche à son travail d’ouvrière butineuse. Pionniers sur le parrainage de ruche, Nolwen et son mari proposent aux particuliers de subventionner la vie d’une colonie pendant un an : ils donnent une somme d’argent (100 Euros) et suivent en retour la vie de leurs abeilles dans des historiettes écrites par Nolwen. A la fin de l’année ils reçoivent une partie de la récolte. « Le but est de faire prendre conscience du travail accompli par les abeilles : un kilo de miel représente tout de même 40 000 voyages entre la fleur et la ruche », rappelle-t-elle.

Les ouvrières en danger
Mais derrière l’approche ludique de la marque, il y a surtout la préoccupation pour le sort général de ces insectes indispensables à notre survie. On ne le dira jamais assez : les abeilles assurent la fécondation de 85% de notre production végétale, soit les 3/4 des cultures qui nourrissent l’humanité. Lourde responsabilité. Or depuis qu’elle a changé de vie, Nolwen fait le douloureux constat de l’hécatombe des colonies d’abeilles : « A la fin de l’hiver 2009, nous avons eu des pertes que mes parents n’avaient jamais connues, sur 10 ruches, 2 seulement avaient fébrilement survécu. Nous n’avions pas d’explication. » Le « Syndrome d’effondrement des colonies » alarme les écologistes depuis des années. Ceux-ci mettent en cause tantôt les pesticides tantôt les ondes électromagnétiques. Pour lutter, Nolwen et son mari s’entendent avec des agriculteurs n’utilisant pas de produits chimiques pour occuper des parcelles de leur terrain, et s’interdisent même de soigner leurs abeilles aux antibiotiques en cas d’infection. A la place elle dispose d’un remède infaillible : badigeonner la ruche d’une mixture à base d’ail. Une recette de grand-mère 100% écolo !
Le site de Mielimielo

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7 commentaires

lanlan67 - 01/06/11 11:33
cela est bien de voir que des jeunes reprennent le flambeau des parents .
exhine - 04/06/11 11:14
Formidable et courageux , je ne le ferais pas .
country33 - 12/09/11 08:49
Il faut savoir se diversifier et continuer dans la lignée des bonne shabitudes.
sandrine6405 - 12/09/11 08:53
l'avenir est dans le développement durable et la culture bio, pensons à nos générations futures et offrons leur un monde plus sain
country33 - 28/11/11 15:40
C'est certain qu'il faudrait énormément de gens comme ça pour essayer de sensibiliser les autres et pour réussir à enfin sauver notre planète.
jeanne-flo - 27/02/12 06:35
Le retour au naturel se fait en force , les idées reviennent tout droit du passé et améliorées avec les besoins d'aujourd'hui ...
country33 - 25/07/12 08:45
Moi je dis que je fais tout pour attirer les abeilles et quand on sait qu'elles assurent la fécondation de 85% de notre production dans les jardins et les champs aussi, c'est tout de même les 3/4 des cultures qui nourrissent l’humanité.

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