Les féministes en veulent aussi à la grammaire

Les féministes en veulent aussi à la grammaire
Un groupe d'associations féministes lance avec la Ligue de l'enseignement une pétition pour abolir la règle de grammaire selon laquelle le masculin l'emporte sur le féminin. Une manifestation est organisée le 6 mars devant la Comédie Française pour abolir une règle datée du 17e siècle.


La grammaire est-elle sexiste ? Il semblerait bien. Les règles du français ont été fixées à une époque où les discours et les écrits des hommes étaient seuls valables, et où l’on pensait unanimement que le cerveau féminin était plus petit donc moins compétent que la matière grise du mâle. L’association féministe « L’égalité c’est pas sorcier », s’allie aujourd’hui à « Femmes solidaires » et à la Ligue de l’enseignement pour clouer au pilori un certain Nicolas Beauzée, grammairien coupable de la formule énoncée en 1767 : « Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle ». Un siècle plus tôt, la question était déjà pliée, Richelieu voulait fixer et unifier la langue de Molière : depuis, dans une phrase qui comporte plusieurs sujets masculins et féminins, le masculin l’emporte pour l’accord du participe passé et de l’adjectif. D’où la phrase : « mes cousins et mes cousines sont marseillais. »

La « règle de proximité »
Selon la pétition qui sera distribuée à partir du 6 mars, intitulée « Pour que les hommes et les femmes soient belles », une autre loi de la grammaire désuète pourrait s’appliquer dans le français courant : la « règle de proximité », qui veut qu’on accorde l’adjectif avec le nom le plus proche, qu’il soit féminin ou masculin. Ce qui donnerait : « Mes cousins et mes cousines sont marseillaises ». Une réforme révolutionnaire et surtout compliquée à mettre en place, mais essentielle, pour « libérer la langue française d’habitudes acquises qui soutiennent le sexisme », d’après le communiqué. La présidente de l’association « L’égalité c’est pas sorcier », Henriette Zoughebi, explique dans Le Parisien (édition de ce jour) que la règle du masculin qui l’emporte, « apprise encore aujourd’hui à l’école, inscrit la domination phallocratique dès l’enfance et conduit à l’invisibilité du féminin. »

Qu’en pense la « mdr » génération ?

La langue a-t-elle réellement le pouvoir de transmettre aux enfants « un monde de représentation où le masculin est considéré comme supérieur au féminin » ? L’égalité des sexes tiendrait-elle à un petit « e » muet ajouté au bout d’un groupe de syllabes ? À l’heure où les dictées restent le seul espace orthographiquement correct des écoliers face au nombre de SMS envoyés en code lol, nos enfants seront-ils moins sujets au sexisme ordinaire si on réhabilite la règle de proximité dès le CE1 ?

En attendant, les femmes gagnent 20% de moins que les hommes, elles sont les premières victimes du temps partiel, près de 30% des familles monoparentales vivent en dessous du seuil de pauvreté, et tous les trois jours un conjoint violent tue sa compagne. Le féminisme a encore de beaux jours devant lui, et des combats de fond à mener, en attendant que les femmes et les hommes soient égaux.

Crédit photo : iStockphoto

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