Débat Hollande/Sarkozy : retour sur une passe d'armes musclée

Débat Hollande/Sarkozy : retour sur une passe d'armes musclée
Le débat tant attendu de l'entre-deux tours s'est déroulé dans une ambiance tendue sur une base d'échanges très techniques et de petites phrases assassines entre les deux candidats. Alors que François Hollande tentait d'asseoir sa stature présidentielle, Nicolas Sarkozy a dû défendre son bilan.


Hier, dès 21heures, les deux candidats à la présidentielle entrent enfin sur le ring du débat de l’entre-deux tours en se lançant dans un duel vif et sans concessions aucunes. Pas de round d’observation pour les deux finalistes : ils commencent bille en tête, échangeant chiffres et données techniques dès les premières minutes de débat.
Comme l’a défini le tirage au sort effectué pour l’émission, c’est François Hollande qui ouvre le bal. Le candidat socialiste se pose en rassembleur, se présentant lors de son introduction comme le « président de la justice, du redressement et du rassemblement ». « Pendant trop d’années, les Français ont été opposés, divisés. Je veux les réunir, car c’est ainsi que reviendra la confiance », souligne le favori des sondages. Ce à quoi Nicolas Sarkozy répond en raillant le discours « classique » de son adversaire. « J’ai écouté M. Hollande, c’est assez classique ce qu’il a dit. Il a dit qu’il serait un président extraordinaire si les Français le choisissant », lance-t-il, avant de prévenir : « je veux que ce soit un moment de vérité, pas avec des formules creuses ».

Dette publique et Europe
S’ensuivent alors près de 3 heures de débat, un record, durant lesquelles seront successivement abordées les questions de la crise, de l’Europe, de l’éducation, de l’immigration ou encore du style de présidence. A quatre jours de l’échéance du 6 mai, les candidats se sont montrés pugnaces, François Hollande ne cessant de renvoyer son rival à son bilan et Nicolas Sarkozy répliquant en faisant valoir son réformisme malgré la crise au cours de son quinquennat.
Les deux hommes sont entrés dans le vif des questions économiques, premier thème imposé, François Hollande reprochant à M. Sarkozy de ne pas avoir tenu sa promesse de ramener le chômage à 5%. Puis, en abordant le déficit, le candidat socialiste souligne que « cette dette publique est née à la fois de vos largesses fiscales pour les plus favorisés et en même temps de cette incapacité qui a été la vôtre de maîtriser la dépense publique ». « Vous voulez moins de riches, moi je veux moins de pauvres », a contre-attaqué Nicolas Sarkozy, accusant son rival de « folie dépensière ». « Il y a à la fois plus de pauvres et les riches sont plus riches ! », tacle F. Hollande.
Vient la question de l’Europe, sur laquelle le candidat socialiste rappelle sa volonté de renégocier le nouveau traité européen. Nicolas Sarkozy attaque son adversaire sur son incompétence sur cette question : « M. Hollande connaît mal l'Europe », assène-t-il.

La viande halal s’invite dans le débat
Puis N. Sarkozy aborde le cœur de sa campagne : l’immigration. Viande halal, port de la burqa, horaires de piscines différenciées pour hommes et femmes : le président sortant agite le drapeau des pressions communautaristes pour appuyer sa politique en matière d’immigration et son refus d’accorder le droit de vote aux étrangers. Il aborde également le sujet des centres de rétentions, citant un courrier public envoyé par François Hollande à l’association France Terre d’Asile (FTA) où ce dernier exprime sa volonté de voir la rétention redevenir « l'exception et non un instrument banal de procédure ». Nicolas Sarkozy exulte, accusant son rival de vouloir supprimer ces centres et le mettant face à ses contradictions. Sur le droit de vote des étrangers, Hollande tient à rappeler que le candidat UMP y était « intellectuellement favorable ». Il précise cependant que cette réforme ne pourra se faire qu’à condition de réunir une majorité des 3/5e des parlementaires, et évoque même la possibilité d’un référendum : « ce sera au peuple de décider.»
Au chapitre de l’éducation, deux visions s’affrontent là encore. François Hollande plaidant pour la création de 60 000 postes d’enseignants sur les cinq prochaines années, s’appuyant sur la dégradation du système éducatif en France sous le mandat de Sarkozy. Pour ce dernier, le « problème de l’école n’est pas une question de quantité mais de qualité » : il réitère sa proposition aux enseignants de travailler 8 heures de plus par semaine, pour un salaire augmenté de 25%. « Vous demandez 50% de temps de présence en plus pour les enseignants, en les payant seulement 25% en plus. Si vous en trouvez à ce prix, dites-le nous », ironise le candidat socialiste.
Vient ensuite la question du nucléaire. Nicolas Sarkozy tacle François Hollande sur l’accord passé entre Les Verts et le PS, soulignant sa volonté de maintenir le parc nucléaire français tel quel. François Hollande assure sa volonté de fermer la centrale de Fessenheim et de réduire d’ici à 2025 la dépendance nucléaire française de 75% à 50%. « C'est une folie de fermer une centrale de 30 ans d'âge », rétorque le président sortant.

Attaques et mensonges
Ponctuant le débat, les attaques personnelles et accusations de mensonge et de calomnie ont fusé autour de la table à de nombreuses reprises. « Quand on m'a comparé à Franco, à Pétain, à Laval, et pourquoi pas Hitler, vous n'avez pas dit un mot (...) Quand Mme Aubry me traite de Madoff et que le leader de la famille ne dit rien, c'est qu'il cautionne », accuse Nicolas Sarkozy. « Monsieur Sarkozy, vous aurez du mal à passer pour une victime », lui rétorque le candidat socialiste avant de rappeler que, lui aussi, avait été victime d'attaques personnelles. « J'ai eu droit à tous les animaux du zoo, j'ai eu droit à toutes les comparaisons les moins flatteuses », souligne-t-il. Par la suite, Nicolas Sarkozy ne manquera pas de lancer des « vous mentez », allant jusqu’à traiter son adversaire de « petit calomniateur ». Ce à quoi François Hollande répond : « c'est décidément un leitmotiv qui devrait pour moi être insupportable, mais qui dans votre bouche finit par être une habitude ». Le président sortant a également tenté de jouer la carte Dominique Strauss-Kahn, en lançant à son rival : « je ne prendrai pas de leçon d’un parti politique qui a voulu se retrouver avec enthousiasme derrière DSK ». « Ce n'est pas moi qui ai nommé Dominique Strauss-Kahn au FMI », répond du tac au tac le candidat socialiste.

Conclusions des deux finalistes
Après près de 3 heures d’un débat âpre et parfois agressif, les candidats ont eu droit à quelques minutes de conclusion. Suite à une tirade où François Hollande scande une dizaine de fois : « Moi, président de la République…» en affirmant sa vision de la présidence, il conclut en se posant comme le candidat du rassemblement, du changement et du redressement. Nicolas Sarkozy s’adresse quant à lui directement aux électeurs de Marine Le Pen et de François Bayrou et à « ceux qui se sont abstenus ». « La question c’est vous les Français, quelle direction doit prendre la France, quel avenir pour nos enfants », conclut le président sortant. Fin d’une joute musclée pour les deux candidats.

Crédit photo : AFP

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