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Par   -  Publié le 1 novembre 2011
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Carrés musulmans : Vivre et mourir musulman en France

Le troisième colloque « Décolonisons les imaginaires » organisé par la Mairie de Paris se penche sur la possibilité d’être enterré en France selon la tradition musulmane. En cause, la création de carrés musulmans dans les cimetières laïcs, tolérée en principe mais laissée au bon vouloir des municipalités… Omar Samaoli, gérontologue spécialiste des questions d’immigration, pose les termes du débat, avant le rendez-vous du 3 novembre à la Mairie de Paris.
Carrés musulmans : Vivre et mourir musulman en France

 

Terrafemina : La mairie de Paris organise un colloque sur la question du droit à la sépulture pour les musulmans de France. Combien de personnes sont concernées en France ?

Omar Samaoli* : On estime qu’il y a en France 5 à 6 millions d’individus de culture musulmane, il ne s’agit pas de pratiquants, mais de personnes qui se réclament d’une identité musulmane. Cela comprend les générations d’immigrés implantés en France pour travailler dans les années 50, 60 et 70, qui sont restés sur notre territoire, et se sont enracinés ici avec leur famille. Ainsi leurs enfants, et petits-enfants, mais aussi tous les Français de culture musulmane, sont concernés par la demande d’une sépulture qui corresponde à leur culture.  

TF : A l’heure actuelle, quelles sont les options qui se présentent à ces personnes quant au choix de leur sépulture ?

O. S. : Quand une personne de culture musulmane décède, sa famille émet le souhait de respecter ses aspirations spirituelles. La famille se trouve souvent confrontée au manque de carré musulman. Il existe à peine une centaine de carrés musulmans en France, et la loi n’autorise pas la création de cimetières entièrement confessionnels (disposition dont bénéficient désormais les citoyens musulmans de Strasbourg vue les statuts concordataires spécifiques de l’Alsace-Moselle). Le choix se solde bien souvent par l’obligation d’être rapatrié vers les pays d’origine. Jusque dans les années 80, les populations issues de l’immigration faisaient souvent ce choix d’être enterrées dans leur pays d’origine, certains pays, comme le Maroc, prennent en charge les frais de rapatriement au besoin. Mais de plus en plus les immigrés se sont mis à penser leur sépulture sur le sol français, ils ont fait des enfants en France, et s’est posée la question pour eux de construire leur mémoire et de s’enraciner. C’est là qu’on a réalisé que la France n’avait rien prévu pour accorder à ces populations d’être enterrées ici, selon leurs convenances spirituelles.

TF : Précisément, la loi s’oppose-t-elle à la création de carrés musulmans dans les cimetières français ?

O. S. : Les lieux de sépulture français sont sous la tutelle des mairies, et les cimetières sont communaux, c’est-à-dire que conformément à la loi de 1905, ils ne sont pas censés être d’une confession religieuse ou d’une autre. Cette loi interdit également le regroupement par confession dans les cimetières, pour respecter la neutralité du lieu. Ainsi, depuis un siècle, la France n’a pas légiféré sur cette question, mais le ministère envoie des circulaires pour inviter les maires, selon leur bon vouloir, à octroyer le droit de créer un secteur pour les défunts de confession musulmane. Le fait de confier cette question à la charge des municipalités engendre évidemment des inégalités de traitement, et des récupérations politiques en tous genres. Ces réponses aléatoires négligent la souffrance spirituelle de Français qui veulent être enterrés auprès de leurs enfants et petits-enfants.

TF : La question des carrés musulmans exige de repréciser le concept de « laïcité », entre la liberté de culte pour chacun et la neutralité pour tous. Qu’en pensez-vous ?

O. S. : Je ne comprends pas pourquoi la France refuse de faire ce que tous les pays acceptent, à savoir la possibilité de créer des cimetières confessionnels. Ils existaient avant 1905, et on ne les a pas communalisés… Selon moi l’alibi de ne pas froisser la laïcité est un prétexte, cette laïcité doit s’entrouvrir pour faire de la place aussi aux musulmans. Bien plus, j’estime que cette revendication pour la création de carrés musulmans révèle un désir profond d’intégration : on ne veut plus être enterré de l’autre côté de la Méditerranée, mais ici, dans les cimetières communaux.

*Omar Samaoli est gérontologue, directeur de l'Observatoire Gérontologique des Migrations en France (OGMF), auteur de « Retraite et vieillesse des immigrés en France », L’Harmattan.

Troisième édition du colloque Décolonisons les imaginaires
Jeudi 3 novembre de 9h00 à 13h00
Dans la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville
(Entrée 3 rue Lobau, 75004 Paris, M° Hôtel de Ville)
Gratuit sur inscription à colloque.decolonisons@paris.fr

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8 commentaires

country33 - 01/11/11 09:31
Je comprends tout à fait que certaines personnes qui ont passé leur vie ici, qu'il veulent se faire enterrer dans les traditions de leur religion , c'est un peu normal.
sandrine6405 - 01/11/11 09:34
Je n'avais jamais entendu parler de ces carrés musulmans, je pensais que ces personnes pouvaient se faire enterrer en France sans problème puisqu'ils y vivent
exhine - 01/11/11 12:12
Je suis pour une saine égalité des droits , je ne vois pas pour quelle raison un musulman n'aurait pas le droit d'être enterré à une profondeur définie le corps incliné et tourné vers la mecque et sans obligation de pierre tombale occidentalisée . Par contre il n'y aucune raison valable d'octroyer une concession perpétuelle qui n'est pas accordée aux autres, les délais doivent être les mêmes pour tous. La réservation de zones déterminées séparant les musulmans des autres par des chemins ou des haies me laisse plus interrogé que répondant, sur le principe, je n'y vois aucun inconvénient liberticide, sur les motivations je suis plus réservé voire dérangé.
country33 - 01/11/11 13:01
Je ne connais pas bien ces problèmes de concession à vie, mais je sais que certaines communes ont transformé ce schoses là en concession de 30 ans maximum., là non plus c'est pas normal car ce n'était pas le même prix.
exhine - 01/11/11 13:25
Doc country, en principe l'islam interdit l'exhumation donc les tombes devraient être perpétuelles ce qui est impraticable dans nos contrées. Je suis pour l'égalité, les mêmes prix et délais pour tous sans exception .
aile02 - 02/11/11 09:41
EN1991 dans notre village c'etait 30 ans.
country33 - 02/11/11 09:49
Je suis bien d'accord avec toi Exhine , mes parents avaient acheté une concession à vie et ils avaient payé cher pour ça, mais celle ci s'est transformée en concession trentenaire. C'est juste ça dont je voulais vous faire part.
angel95 - 20/12/11 15:13
Il y a beaucoup de chose que j'ai appris dans cette article et je suis surprise que les place soit aussi convoité que cela !

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