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Par   -  Publié le 6 décembre 2011
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Prostitution : l'Assemblée favorable à la pénalisation du client ?

Une résolution pour « l'abolition de la prostitution » doit être votée par les députés aujourd'hui. Elle fait suite à un rapport qui préconise de pénaliser aussi les clients pour décourager les réseaux de traite des femmes. ZéroMacho, un collectif d’hommes engagé contre la prostitution, publie un manifeste en faveur d’une loi qui irait dans ce sens. Explications de Jean-Sébastien Mallet, membre et expert du collectif ZéroMacho.
Prostitution : l'Assemblée favorable à la pénalisation du client ?

 

Terrafemina : Comment est né le collectif ZéroMacho ?

J.-S. Mallet : Il s’agit au départ de l'initiative de Florence Montreynaud, afin de donner la parole à l'immense majorité — jusque là silencieuse — des hommes qui ne fréquentent pas de prostitué(e)s. Il est composé d'hommes de tous âges, en provenance de 17 pays (pour le moment), qui ont pour point commun de refuser les clichés et les idées reçues sur la prostitution, qu'ils considèrent comme l'une des manifestations de la domination masculine. Ils pensent qu'un corps n'est pas achetable, et que la réalité de la prostitution (proxénétisme, violences, trafics d'êtres humains) n'est pas tolérable par une démocratie moderne. En conséquence, le réseau ZéroMacho soutient la proposition de loi visant à responsabiliser, par une amende, ceux qui font usage de la prostitution.

TF : L'affaire DSK et les dernières révélations dans l’affaire du Carlton de Lille influent-elles sur votre combat ?

J.-S. M. : Indirectement, ces affaires mettent en lumière des questions cruciales, comme la place du désir et de la sexualité dans l'humanité, l’addiction, le besoin de limites quand le pouvoir et l'argent permettent de tout acheter. Ce que nous devons condamner ce sont les actes, et non les personnes, le proxénétisme est puni par la loi, le recours à une prostituée pas encore.

TF : Votre manifeste contre toute forme de prostitution et de proxénétisme cherche à s’inscrire dans le combat pour l’égalité hommes-femmes. Mais certaines branches féministes revendiquent le droit des femmes à disposer de leur corps, dont la première reconnaissance fut le droit à l’avortement. Que leur répondez-vous ?

J.-S. M. : Le principe du droit de disposer de son corps, reste valable. La question est « a-t-on le droit de disposer du corps d'un autre ? », et là nous disons clairement non.
Il faut revenir sur la non-patrimonialité du corps humain qui s'applique à ce sujet comme à d'autres. On ne tue pas, on ne viole pas, on ne torture pas, on n'établit pas de propriété sur le corps d'autrui, en toutes circonstances et indépendamment des choix des uns et des autres. C'est ainsi que depuis deux siècles se construisent les droits humains, droits à vocation universelle.
Il faut réfléchir sur ce qu'est le corps : beaucoup plus qu'un corps physique. Les anciennes personnes prostituées, les médecins, les philosophes, nous aident à mieux appréhender le champ de cette notion : corps psychique, corps symbolique, corps social, corps intime, corps désiré, corps mémoire, corps inconscient, corps regardé par l'autre, corps regardé par soi, estime ou honte. Il en ressort que le corps est indissociable de la personne. Ainsi on comprend mieux le sens de l'affirmation « je suis mon corps ».

TF : Une relation sexuelle tarifée est-elle toujours affaire de domination et de machisme ?

J.-S. M. : Dans la prostitution, la relation n'est pas égale. C'est une relation de domination par l'argent. Si le client ne payait pas, la personne prostituée n'aurait pas de relation sexuelle avec cet inconnu qu'elle ne désire pas et qu'elle n'aime pas. Si elle le désirait physiquement ou si elle l'aimait, il n'y aurait pas d'argent pour leur relation sexuelle. Si elles n'avaient pas besoin d'argent, une très grande majorité des personnes prostituées ne le feraient pas. Le machisme consiste à croire que les femmes seraient inférieures aux hommes et qu'elles doivent être cantonnées aux tâches subalternes. ZéroMacho réuni des hommes qui considèrent que les femmes sont avant tout des individus aux talents et aux droits égaux aux hommes. Premier constat, 90% des clients de prostituées sont des hommes. Le « marché » de la prostitution, y compris la majeure partie de la prostitution masculine, s'adresse avant tout à des hommes. Deuxièmement, il est étonnant de voir que plus les pays ont une culture inégalitaire entre les hommes et les femmes plus la prostitution et les violences sexuelles sont développés. Au contraire, plus les pays s'attachent à donner des droits sociaux égaux à tout individu, plus les violences sexuelles et la prostitution sont réduits.

TF : Comment intégrez-vous la prostitution masculine (phénomène d'« escort boys » ou « gigolos ») dans votre raisonnement ?

J.-S. M. : Le développement du tourisme sexuel avec des garçons mineurs ou jeunes adultes, pose les mêmes questions sur la prostitution. Plusieurs films ont été faits à ce sujet. (« Vers le Sud », « Cliente », « Sleeping beauty ») Une fois les fantasmes mis de côté, l'autre est nié en tant que personne, et traité comme objet. Maigre revanche pour certaines, en tout cas relation inhumaine inversée, sans grand avenir sauf finir par retrouver sa solitude existentielle.

Le site de ZéroMacho


ZéroMacho

Crédit photo : AFP

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Voir aussi :  loi    prostitution   
 

10 commentaires

angel95 - 06/12/11 09:54
C'est assez compliqué car je ne suis pas sur que si il pénalise les clients ils y aurait moins de prostitué ou de réseau, mais c'est bien d'essayer quand même.
Muvrella - 06/12/11 09:55
Tout est faux dès l'origine dans ce débat, à commencer par le choix du terme d’abolition qui est loin d'être neutre puisque les partisans de cette interdiction se sont, par là, auto-décerné le beau rôle... Il faut bien entendu lutter contre les proxénètes, mais toutes celles et ceux, travailleuses et travailleurs du sexe qui pratiquent cette activité de leur plein gré doivent évidemment pouvoir continuer à le faire : c'est un droit absolu de l'être humain de pouvoir librement disposer de son corps. Maintenant, du côté des clients, la litanie de celles et ceux qui ont un réel besoin de pouvoir accéder à ces services est longue : handicapés, personnes âgées qui ne peuvent plus séduire quiconque, personnes qui du fait de leur apparence peu amène n'ont jamais pu trouver de partenaire, personnes dont le couple ne fonctionne plus, ... Si une telle loi venait à passer, ce serait une atteinte de plus (et de taille) aux libertés fondamentales : l'enfer est pavé de "bonnes" intentions.
fidjikelyna - 06/12/11 10:03
en pénalisant les clients ils vont relancer la prostitution clandestine et c'est guère mieux
country33 - 06/12/11 10:12
Alors le jour ou ils arrêterons la prostitution ça m'étonnerait fortement, mais qu'ils veulent faire plus de fric sur le dos des prostituées qui sont toujours sans aucuns statuts et qui payent des impôts sur leurs "activités" toujours non reconnues. Tout ceci est de la fumisterie pure et simple. Ils veulent enraillé les prostituées dites "sauvages" qui fleurissent partoutr et font partis des réseaux. Souvent de l'Est. Avec des "maquereaux" qui s'enrichissent et lancent les femmes et jeunes filles sur le trottir comme un vulgaire morceau de viande. Il faut ramasser ces pauvres filles et femmes et empêcher à ces gars là de continuer, mais taper sur toutes les prostituées c'est juste les déplacer.
Muvrella - 06/12/11 10:45
Tout est faux dès l'origine dans ce débat, à commencer par le choix du terme d’abolition qui est loin d'être neutre puisque les partisans de cette interdiction se sont, par là, auto-décerné le beau rôle... Il faut bien entendu lutter contre les proxénètes, mais toutes celles et ceux, travailleuses et travailleurs du sexe qui pratiquent cette activité de leur plein gré doivent évidemment pouvoir continuer à le faire : c'est un droit absolu de l'être humain de pouvoir librement disposer de son corps. Maintenant, du côté des clients, la litanie de celles et ceux qui ont un réel besoin de pouvoir accéder à ces services est longue : handicapés, personnes âgées qui ne peuvent plus séduire quiconque, personnes qui du fait de leur apparence peu amène n'ont jamais pu trouver de partenaire, personnes dont le couple ne fonctionne plus, ... Si une telle loi venait à passer, ce serait une atteinte de plus (et de taille) aux libertés fondamentales : l'enfer est pavé de "bonnes" intentions.
ysabella - 06/12/11 11:04
Je suis absolument d'accord avec le commentaire de Muvrella. Dans l'article "faut-il abolir la prostitution j'ai écrit une réponse qui va dans le même sens. De quoi se mêlent toutes ces associations qui prennent la parole alors qu'on la refuse aux travailleuses(-eurs) du sexe directement concerné(e)s. La lutte doit être dirigée vers les réseaux de prostitution, les proxénètes et toutes les violences mais par contre les clients ou les prostitué(e)s. Il n'est pas normal qu'elles n'aient pas été consultées. Je ne comprends pas le paradoxe que met à jour cette phrase du pseudo expert du collectif "ZéroMacho" : "Le principe du droit de disposer de son corps, reste valable. La question est « a-t-on le droit de disposer du corps d'un autre ? », et là nous disons clairement non." Il existe une prostitution choisie, donc sans contrainte. Les explications (ou tentative d'explication) partent dans tous les sens! D'après le collectif, payer pour une relation sexuelle implique obligatoirement domination et machisme: je crois que nombre d'hommes devraient alors payer leurs conjointes!! J'écoute au même moment, sur France Inter, un reportage sur le sujet dans lequel des prostituées sont actuellement devant l'Assemblée Nationale pour défendre leur cause. Elles appellent à manifester cet après-midi à 15h et revendiquent leur situation qui est un choix; elles ne sont pas des esclaves et sont libres de disposer de leur corps comme tout être humain devrait l'être.
country33 - 06/12/11 11:16
Vous oubliez simplement quand même que pour la grande majorité elles soçnt obligée de subir et pas d'accord avec ce genre de choses. Ne confondons pas tout les genres.
xeres33 - 06/12/11 13:23
Je suis contre l'abolition de la prostitution. Il faut lutter contre les proxénètes, certes, mais la prostitution est nécessaire. De nombreux hommes frustrés utilisent la prostitution pour assouvir leurs désirs que de nombreuses femmes refusent d'assouvir. Des hommes aux pratiques sexuelles étranges voire déplacées et qui ne peuvent se soulager qu'ainsi. Abolissez la prostitution et ces hommes seront forcés de trouver du plaisir ailleurs, avec des jeunes femmes qui leur plaisent rencontrées au hasard et avec lesquelles ils devront faire usage de la violence pour parvenir à leurs fins. Il y a déjà bien assez de violeurs dans nos rues, n'en rajoutons pas ...
Roger - 06/12/11 19:13
Prostitution : le casse-tete Français ETUDE POUR PARTICIPER au DEBAT Soit sur une population heterogene occidentale actuelle un ensemble d·individus “libertins sexuels” des 2 sexes plus ou moins rebutés voir en rupture ou insatisfaits par la vie en couple traditionnelle : ces 2 criteres etants associes . Rien a redire si non sur un plan supose moral,religieux, ou philosophique qui releve d·une conception privee dans notre societe liberale : On peut avancer sans faire beaucoup d·erreurs que dans ces conditions le nombre d·hommes concernes sera bien plus important que celui des femmes qui par ailleurs peuvent trouver plus facilement un partenaire sexuel temporaire Alors que peut il se passer ? la demande masculine etant plus elevee que la disponibilite feminine / Dans ce creneau vont se presenter fatalement des auxiliaires qui mues par des necessites economiques vont offrir des services sexuels remuneres / Ici aussi on retombe dans le meme debat supose moral etc ;; ; mais plus aigu que precedemment car pouvant pretendre relever d”une conception publique de la societe ! (et pourquoi ? ) *** Bien sur il ne s·agit pas d·une explication exhaustive de ce phenomene complexe qui peut varier suivant les epoques historiques et les societes mais en tout cas lie a l·apparition de la monnaie dans l·histoire humaine pour ne pas remonter dans les societés primitives et le “basic instinct”Ceci pour la morale mais dans la pratique créer un nouveau délit pour le client seul ? est ce bien légal
franmic64 - 08/02/12 00:16
La prostitution clandestine se multipliera!

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