Hongrie : l'Union européenne durcit le ton

Alors que le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a été sommé mardi par la Commission européenne de modifier la nouvelle constitution du pays, c'est au tour du Parlement européen de réclamer des comptes. Le chef du gouvernement doit s’expliquer devant lui ce mercredi sur les dérives nationaliste et autocratique de ce texte très controversé.


Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, est attendu mercredi devant le Parlement européen de Strasbourg, où il devra s’expliquer sur les dérives autocratique et nationaliste contenues dans la nouvelle constitution du pays, entrée en vigueur le 1er janvier 2012. Le texte menace notamment l’indépendance du président de la Banque centrale, qui sera flanqué d’adjoints nommés par le gouvernement, ce qui inquiète la Commission européenne et le Fonds Monétaire International (FMI). Il constitue également un danger sérieux pour la liberté de la presse, tout en redéfinissant un ordre moral national basé sur des références à la religion, à la famille et au mariage. Des milliers de manifestants hongrois s’étaient mobilisés il y a quelques semaines pour dénoncer une situation politique inquiétante.

« Nous ne permettrons pas à la gauche internationale d'accuser la Hongrie sur la scène internationale, avec des mensonges et calomnies infondées », a affirmé à Budapest Peter Szijjarto, porte-parole de Viktor Orban. Le débat s’annonce mouvementé au Parlement, où eurodéputés libéraux, socialistes et verts unissent leur voix et menacent de mettre la Hongrie au ban de l’Europe. Ils envisagent ainsi une procédure conduisant à une suspension des droits de vote de la Hongrie, en cas de « violation grave » des valeurs de l’Union européenne (UE). Mais « la situation n’est pas mûre » pour enclencher une procédure aussi lourde, selon une source rapportée par l’AFP, et proche de la Commission européenne.

Cette dernière, gardienne des traités et de l’intérêt général de l’UE, a  élevé la voix mardi contre Viktor Orban, le sommant de modifier les réformes constitutionnelles qui remettent en question l’indépendance de la Banque centrale, celle des juges, et celle de l’Autorité hongroise de protection des données. Bruxelles a donné un mois au Premier ministre pour obtempérer, ou ce sera la Cour de justice européenne qui s’en chargera, moyennant des poursuites. Pour le moment, la Commission a seulement lancé la première étape de trois procédures d’infraction. C’est bien la menace d’un refus d’une aide financière par l’UE et le FMI qui pourrait fonctionner sur le conservateur âgé de 48 ans. L’Etat hongrois cherche à obtenir un crédit de 15 à 20 milliards d’euros pour éviter la faillite du pays.  Olli Rehn, le commissaire en charge des questions économiques, a souligné mardi que la « pleine indépendance de la Banque centrale » était une condition à l’octroi de ce crédit.

Déjà, le gouvernement hongrois envoie des signes d’apaisement, qui laissent présumer que l’ultimatum lancé par la Commission européenne a été entendu. Mardi, Zoltan Kovacs, le ministre chargé de la Communication gouvernementale, a assuré que son pays était prêt à « régler » tous les problèmes soulevés par la Commission, se réjouissant au passage que la discussion soit retombée au niveau « des détails techniques et des questions juridiques ». Bruxelles a annoncé un examen approfondi sur l’indépendance de la justice, qui pourrait lui aussi déboucher sur une quatrième procédure d'infraction. Une rencontre cruciale entre Viktor Orban et José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, est prévue le 24 janvier.

Elodie Vergelati

(Avec AFP)
Crédit photo : AFP : le Premier ministre hongrois Viktor Orban inaugure une exposition d'art à Budapest, le 2 janvier 2012.

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