Par
Marine Deffrennes
- Publié le 13 octobre 2010
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Etre une femme rom en Roumanie
Les femmes roms dans la société
Terrafemina : D’après le recensement national roumain, 580 000 Roms vivraient en Roumanie, soit 2,5% de la population totale. Quelle est la situation des femmes roms dans votre pays ?
Nicoleta Bitu : Tout d’abord il faut savoir que les Roms ont peur de dire leur appartenance ethnique, d’après nos estimations ils seraient entre 1,5 et 1,7 million en Roumanie, mais ce sont des approximations. Si nous parlons de droits humains, les femmes roms souffrent, comme les hommes de cette communauté, du racisme de la société en général. Hormis la peau plus foncée et l’accent différent pour certaines, les femmes Roms se différencient des Roumaines par leur tenue vestimentaire. Elles sont encore nombreuses à porter des jupes longues et une écharpe sur la tête.
TF : Ces femmes aspirent-elles à s’intégrer à la société ?
N. B. : Oui, et surtout elles n’ont pas le choix. Elles sont les premières victimes des discriminations, pourtant ce sont elles qui sont le plus en contact avec les autorités et l’administration parce qu’elles sont mères. Elles doivent se rendre dans les mairies, les écoles ou les hôpitaux.
TF : Les droits des femmes sont-ils respectés au sein de la communauté rom ?
N. B. : Les droits des femmes sont peu ancrés dans la communauté rom, mais ils ne le sont pas non plus dans la société roumaine. Il n’existe pas encore d’activisme sur ce débat dans notre pays, et le féminisme peine à se faire entendre dans le jeu politique. C’est grâce à la pression de la Commission européenne que les choses commencent à bouger. Selon les communautés roms, la situation des femmes varie, certaines ont gardé des traditions très machistes, excluant les femmes de leurs décisions.
Un apartheid de fait dans la santé et l’éducation
TF : Les femmes roms sont-elles actives ?
N. B. : Beaucoup voudraient trouver un emploi, mais la plupart travaillent au noir ou dans le business familial, dans la vente de fleurs par exemple. Certaines veulent étudier et s’en sortent mieux que les garçons d’ailleurs, une fois passé le cap du secondaire. Mais dans certaines communautés l’éducation est perçue comme un danger, les filles doivent rester vierges et on les empêche de s’émanciper. Cela s’est aggravé ces dernières années, à cause de la paupérisation croissante, la société est plus dangereuse. La prostitution, la drogue et le trafic des êtres humains encouragent ces communautés à se replier sur elles-mêmes.
TF : Sur votre site on peut lire ce sondage : « Seriez-vous d’accord pour que votre enfant partage le bureau d’un enfant rom à l’école ? », pouvez-vous nous expliquer ?
N. B. : Nous travaillons beaucoup sur le volet éducation au sein de Romani CRISS. Certaines affaires sont allées en justice, car des écoles pratiquent toujours la ségrégation. En 2007 nous avons obtenu du ministère un ordre de déségrégation. Depuis nous surveillons son application et identifions les établissements qui refusent des élèves roms ou qui créent des classes séparées pour eux. Les enfants roms doivent étudier au contact des autres pour faire partie de la société roumaine, mais beaucoup de parents et de professeurs font un blocage.
TF : Le rapport pour l’élimination de la discrimination raciale en Roumanie publié par Romani CRISS en juillet 2010 pointe des cas de « ségrégation ethnique dans les hôpitaux », comment cela se traduit-il ?
N. B. : Nous avons relevé de nombreux cas de ségrégation dans les maternités, des femmes roms qui sont décédées avec leur nouveau-né faute de soins appropriés. C’est une discrimination à la fois sociale et ethnique : une femme rom pauvre se retrouve dans une chambre à part avec les autres patientes de sa communauté, certains médecins leur parlent mal et les négligent. En revanche une femme rom qui a de l’argent pourra être bien traitée. Ces victimes n’osent pas porter plainte, elles ont peur de ne plus être soignées, nous devons les informer de leurs droits.
Vers une discrimination positive ?
TF : En 2001 la Roumanie a adopté un plan national pour améliorer le sort de la communauté rom. Quel est le bilan de cette politique ?
N. B. : Ces déclarations ont été suivies de peu d’effets, il nous faudrait un nouveau plan d’application. Des progrès se sont fait sentir au niveau de l’emploi dans la fonction publique. Des roms qualifiés ont été recrutés dans l’appareil d’état pour travailler en mairie, dans l’éducation, la santé, ils doivent faire en sorte d’améliorer la condition des Roms dans notre pays. Au sein des universités des places sont réservées aux Roms mais cela n’est pas très bien accueilli.
TF : Comment évolue la situation selon vous ?
N. B. : Depuis l’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne je trouve que les choses s’aggravent. J’ai rejoint l’organisation Romani CRISS en 1991, et j’ai l’impression que nous revenons à ces années-là. On observe la montée de mouvements d’extrême-droite très agressifs envers les Roms. Les politiques de Silvio Berlusconi et de Nicolas Sarkozy n’arrangent pas les choses. Les Roumains ne perçoivent toujours pas les Roms comme une communauté appartenant à la Roumanie. Mais c’est surtout la situation économique du pays – chômage, baisse des salaires- qui pousse les Roumains, les Roms comme les non Roms, à vouloir émigrer vers les autres pays européens.

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Rien n'est tellement facile dans tous ces pays de l'Est ...