Par
Marine Deffrennes
- Publié le 18 novembre 2010
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Journée de la Philosophie : pourquoi un réseau de femmes ?
Pourquoi un Réseau de Femmes Philosophes ?
« Un de plus », diront ceux que le féminisme et ses réseaux agacent. Mais ils auront tort. Si Barbara Cassin a été choisie par l’Unesco pour fédérer le Réseau des Femmes Philosophes, c’est précisément parce qu’elle n’était pas féministe. Directrice de recherche au CNRS, cette spécialiste de philosophie grecque part d’un mot pour expliquer la paralysie relative du discours philosophique : « phallogocentrisme », soit un langage et des standards académiques élaborés par et pour l’homme occidental. « Notre discipline est censée aborder l’universel, mais cet universel est fondé sur l’histoire grecque et masculine de la philosophie, tous les concepts dérivent de cet héritage, explique-t-elle, dès lors, les questions de genre et de diversité culturelle méritent d’être posées. »
Quel intérêt pour le discours philosophique ?
Etre femme philosophe aujourd’hui ne coule pas de source, même dans nos démocraties capitalistes : se sentant toujours en marge d’une doxa masculine, les femmes philosophes se demandent si elles doivent jouer le rôle du poil à gratter ou de l’empêcheuse de penser en rond. Penser au féminin reviendrait-il à inquiéter l’universel, remettre en question la norme, décloisonner marge et centre ? Pas si simple. Mais toutes s’accordent sur l’idée de nouvelles pistes à explorer : « Nous posons la question de savoir, par exemple, si oui ou non et comment une architecte, une banquière ou une historienne peuvent être des femmes-philosophes, nous pratiquons un décloisonnement des disciplines et des genres, y compris littéraires. » Françoise Balibar en est la parfaite illustration. Eminente physicienne engagée pendant dix années dans la traduction des écrits d’Albert Einstein, elle rejoint le réseau pour élucider des questions récurrentes : « En quoi ma façon de penser est-elle différente de celle des hommes ? Que puis-je faire pour que cette différence soit reconnue comme relevant de la pensée et non dévalorisée a priori comme féminine ? », « Au cours de ma carrière scientifique je me suis sentie particulièrement à l’aise dans un milieu d’hommes, raconte-t-elle, aujourd’hui je me demande si je n’ai pas renoncé à ma différence pour m’adapter, mais quelle est cette différence ? » Affranchies des combats féministes, les femmes du réseau n’imposent ni ne figent aucune idée, cherchant plutôt à accoucher d’une nouvelle façon de penser, une maïeutique qui supporterait l’épreuve de la diversité.
Etre femme et philosophe en Afrique, un double décalage
C’est en recevant les premières contributions à la lettre d’information du Réseau que les membres fondatrices ont pris conscience de l’intérêt et de la difficulté de leur entreprise. « Les articles reçus des quatre coins de la planète se sont avérés difficiles à publier tels quels : nous nous sommes aperçues que nos critères académiques nous empêchaient de les lire et de les comprendre» Pour la femme philosophe africaine ou iranienne, existerait non seulement un décalage de genre, mais aussi un décalage de culture, par rapport à une discipline née en occident. « Notre réseau international pose donc d’emblée la question de l’universalité du langage philosophique : que valent nos critères s’ils ne nous permettent pas de nous comprendre au-delà des frontières ? » s’interroge Barbara Cassin. Et pour cause, dans certains pays l’émergence de voix féminines dans le domaine de la pensée relève d’une nécessité politique. « L’appartenance au réseau constitue déjà une reconnaissance pour les femmes qui ne jouissent pas de la liberté de parole, elles doivent pouvoir être lues et entendues », déclare la fondatrice du Réseau.
Une centaine d’entre elles ont ainsi rendez-vous le 18 novembre à l’Unesco pour aborder la problématique du « politiquement correct », parce que « fonder un réseau de femmes philosophes, c’est une très belle idée, assène Barbara Cassin, mais nous voulons dépasser cet aspect bien-pensant pour faire émerger quelque chose de nouveau. »
La Journée Mondiale de la Philosophie à l’Unesco, le 18 novembre 2010
Table ronde « Femmes philosophes et le ‘politiquement correct’ », ouverte au public
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Article très intéressant: la philosophie ne devrait être l'apanage ni d'un sexe, ni d'un continent (ni d'ailleurs d'un âge ou d'une classe sociale), mais être pratiquée par tous, et d'abord à l'école. C'est une formidable école de pensée et de rélexion sur le sens même de la vie.