Par
Véronique Forge
- Publié le 23 novembre 2010
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Les femmes face à la crise en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis
En Grande-Bretagne : les femmes premières victimes de la crise
L’exemple de la Grande-Bretagne est à cet égard éloquent car si les coupes budgétaires annoncées par le gouvernement de David Cameron ont été jugées souvent pragmatiques à l’étranger, on nota peu de commentaires sur les conséquences économiques de ces ajustements pour les femmes. Pourtant, elles sont les premières victimes de cette politique. Selon un rapport de la Chambre des Communes, 72% des économies budgétaires toucheront d’une manière ou d’une autre les femmes. Elles sont aussi plus souvent touchées par le chômage, d’une part parce qu’elles sont plus nombreuses à travailler à temps partiel mais aussi parce que des discriminations persistent entre l’emploi des hommes et des femmes. Selon Bloomberg, aux Etats-Unis, les femmes qui travaillaient dans la Finance ont été cinq fois plus touchées que les hommes alors qu’elles sont en minorité dans ce secteur d’activité.
Aux Etats-Unis : une discrimination professionnelle toujours réelle
Autre constat, certains secteurs d’activités restent toujours très fermés aux femmes. C’est notamment le cas de la Finance aux Etats-Unis, selon le Wall Street Journal, depuis 10 ans, le nombre d’hommes travaillant dans ce secteur a augmenté de près de 10 % tandis que le nombre de femmes a baissé de près de 3% durant la même période. Dans la tranche d’âges 20-24 ans, elles sont 22% de moins qu’il y a 10 ans. Philomène Rémy est londonienne, elle a quitté la Finance il y a 2 ans, pour devenir journaliste, son rêve. Elle ne ressent donc aucune amertume même si elle note que "dans les banques d'investissement, il y a très peu de femmes. Les trading floor restent eux aussi très masculins, surtout le front office". Quant à leurs chances de progresser, elle remarque que "cela ne dépend pas uniquement des hommes qui font partie de cet univers mais de l'approche des femmes pour progresser. Il faut rester très professionnel même si bien sûr il y aura toujours quelques machos". Elle reste pourtant optimiste "je pense que tout doucement nous arriverons à une certaine égalité. "
La Finance n’est pas le seul secteur à subir ce "gender Gap", selon une étude menée par le cabinet d’études, Catalyst Research, aux Etats-Unis, d’autres secteurs économiques sont touchés. Chez les avocats, les femmes ne représentent que 32,4% de la profession alors qu’elles forment près de 50% des diplômées. A cette sous-représentation s’ajoute la question des promotions professionnelles qui sont moins fréquentes pour les femmes, comme le note Catalyst Research, en Europe, au coeur de la crise, 44% d’hommes contre 26 % de femmes sortant des meilleurs MBA ont eu une promotion.
Il existe selon Nancy Carter et Christine Silva, auteures de l’étude, "une illusion du progrès" chez les femmes cadres supérieurs. En effet, sur la période 1996-2008, les hauts potentiels sortant des meilleurs MBA étaient payés 4,600 dollars de moins que leurs confrères, avaient des postes moins élevés et étaient globalement moins satisfaites par leur carrière.
Continuer le combat
Ces "illusions perdues" ont encouragé certaines à utiliser la méthode forte en intentant des procès contre les grandes banques de Wall Street, Citibank, Goldman Sachs et autres sur le motif qu’elles avaient subi des discriminations professionnelles. Les employeurs ont évidemment nié en bloc avoir mené des politiques discriminatoires à l’égard de ces employées femmes.
En Grande-Bretagne, les femmes ont tenté de faire valoir leurs droits en recourant aux pouvoirs publics. Tout commença, il y a 40 ans, lorsque des ouvrières de Dagenham* marchèrent jusqu’à Downing Street pour réclamer l’égalité salariale, une première victoire qu’elles obtinrent après des semaines de grève. Aujourd’hui, cette égalité salariale professionnelle n’a pourtant toujours pas été réalisée mais d’autres ont repris le relai comme La Fawcett Society* qui lutte pour l’égalité salariale entre hommes et femmes en menant des campagnes de sensibilisation en faveur de “l’Equal Pay”. En 2010, "les femmes gagnent 16,4% de moins que les hommes, ce qui est un scandale” note la directrice de la campagne pour l’Equal Pay, Preethi Sundaram. Elle souhaite que le gouvernement prenne ses responsabilités et fasse appliquer la loi sur l’Equality Act passée en 2009, qui stipule notamment que les entreprises de plus de 250 employés doivent publier et mesurer l’écart salarial entre hommes et femmes. Elle milite également pour la flexibilité du travail et une réforme du congé parental afin de faciliter le retour des femmes à la vie professionnelle. Pourtant, la crise économique actuelle n’est certainement pas propice à ces réformes catégorielles. La route est encore longue vers l’égalité professionnelle.
Les réalités anglaises et américaines ne sont donc pas si différentes qu’en France. Pourtant, au delà de l’action publique, ces femmes ont aussi développé des réseaux et des systèmes de mentoring qui permettent de contrer certaines des inégalités professionnelles dont elles font encore l’objet. Un exemple à suivre pour les Françaises.
Véronique Forge-Karibian
ALLER PLUS LOIN
Un film vient de sortir sur cet événement : "Made in Dagenham" de Nigel Cole.
The Fawcett Society

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