Par
Marine Deffrennes
- Publié le 2 mars 2011
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Côte d’Ivoire : « Les femmes sont les victimes oubliées du conflit »
A Abidjan, violée devant ses enfants par six hommes cagoulés
Extrait du rapport de mission d’Amnesty International sur la Côte d’Ivoire (22 février 2011). Amnesty International a enquêté sur plusieurs cas de viols commis, à Abidjan, par les forces de sécurité loyales à Laurent Gbagbo. Une des victimes de viol a dit à Amnesty International :
« Le 19 décembre, ils sont venus chez moi à Abobo. Ils sont venus au milieu de la nuit ; je dormais avec mon mari et les enfants. Ils ont frappé à la porte. La porte donne sur la rue. On n’a pas ouvert. Ils ont cassé la porte ; la porte était en bois. Ils sont rentrés ; ils étaient huit ; quatre en civil et quatre habillés, en treillis foncé et cagoulés. Deux ont emmené mon mari dehors et six sont venus vers moi. Ils m’ont demandé de me déshabiller et lorsque je ne l’ai pas fait et ils se sont jetés sur moi. Ils m’ont tous violée à tour de rôle. Ils ont jeté les enfants par terre. Les enfants pleuraient. Moi je criais. Je ne sais pas ce qu’ils ont fait à mon mari. Après j’ai entendu deux coups de feu. Puis ils sont partis et j’ai trouvé mon mari couché dehors sur le ventre. Il était mort. Les gens qui m’ont violée m’ont dit que si je voulais me plaindre, je n’avais qu’à aller voir ADO [Alassane Dramane Ouattara]. »
Interview de Gaëtan Mootoo
Gaëtan Mootoo est l’auteur du rapport sur la Côte d’Ivoire et chercheur sur l'Afrique de l'Ouest pour Amnesty International.
Terrafemina : Vous rentrez tout juste de Côte d’Ivoire, secouée depuis novembre 2010 par des affrontements entre partisans du président déchu Laurent Gbagbo et défenseurs d’Alassane Ouattara, vainqueur de l’élection présidentielle. Peut-on parler de guerre civile ?
Gaëtan Mootoo : Pour l’instant il faut être prudent sur la façon de désigner ce qu’il se passe. Deux camps s’opposent : les forces de défense fidèles à M. Laurent Gbagbo, et les partisans de M. Ouattara comprenant notamment des « Forces Nouvelles ». Nous savons aussi que dans le quartier d’Abobo à Abidjan, la capitale économique, des hommes armés mènent régulièrement des commandos contre les forces de sécurité de Laurent Gbagbo. La population craintive est amenée à quitter ces quartiers, à cause des échanges de tirs. La population est majoritairement victime de ces affrontements, et le nombre sans cesse croissant de personnes déplacées et de réfugiés fait craindre une crise humanitaire de grande ampleur.
TF : Vous avez enquêté pour Amnesty International sur les violations des droits humains. Qu’avez-vous découvert ?
G. M. : Ce qu’on peut dire c’est que les deux camps (Forces de sécurité et Forces nouvelles) se livrent à des exactions contre les civils. Du côté des forces de Gbagbo, on a constaté des exécutions sommaires, des disparitions et des violences sexuelles. Dans la partie Nord et Ouest du pays contrôlée par les Forces Nouvelles, un commandant de zone, connu et identifié, se livre à des exactions sur des femmes et des jeunes filles.
TF : Les femmes sont-elles particulièrement visées par cette violence ?
G. M. : Les femmes sont les victimes oubliées de ce conflit. Nous avons appris que dans une zone située à l’ouest du pays le nombre de femmes victimes de viol ne cesse de s’accroître. Avec la crise politique la violence a pris une autre dimension. Et les chiffres connus sont certainement très loin de la réalité, étant donné que ces femmes ne portent jamais plainte.
TF : Quels sont leurs recours en cas de viol ?
G. M. : Elles n’ont pas confiance en la justice, et encore moins en la Police. Depuis le début de la crise en 2002, les auteurs ne sont quasiment jamais sanctionnés. Les femmes désignent souvent leurs agresseurs comme « les corps habillés » ; tout ce qui porte un uniforme en somme. Très souvent on connaît les auteurs des viols, une brève enquête suffirait à les identifier. Il faudrait des sanctions et un message clair à destination des Forces de défense et de sécurité ainsi que des FN.
TF : Comment voyez-vous les prochains mois ? Doit-on s’attendre à un exode massif de la population ivoirienne, et donc une aggravation de la situation ?
G. M. : Au cours du dernier week-end (26 et 27 février) et les jours suivants, des affrontements ont opposé des commandos armés et des membres des forces de sécurité loyales à Laurent Gbagbo dans la capitale économique provoquant de nombreux morts. Amnesty International lance un signal d’alerte face à une crise humanitaire qui menace la Côte d’Ivoire après que des milliers de personnes aient été contraintes de fuir des échanges de tirs nourris.
© Amnesty International
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Malheureusement le scénario est toujours le même ;o( La convoitise des hommes ne cessera jamais. Il faudrait une force de sécurité internationale pour les femmes et les enfants qui interviendrai en cas de conflit quelconque principalement auprès des femmes et des enfants !
Les femmes ne sont jamais épargnée et ce sont elles qui trinquent lors de sconflits.