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Par   -  Publié le 18 mars 2011
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Japon : L’appel à l’aide d’une habitante de Tokyo

Kaori Ito est danseuse et chorégraphe au Japon, Terrafemina l’avait rencontrée lors d’un passage à Paris. Une semaine après le séisme et le tsunami qui ont ravagé toute une partie de son pays, elle raconte comment elle a vécu ces évènements des premières heures à la peur du nucléaire, et lance un appel à l’aide.

Le 11 mars 2011 à Yokohama

Le 11 mars 2011 à Yokohama

Kaori Ito est danseuse et chorégraphe de renommée internationale, elle travaille à Tokyo. Terrafemina l’a rencontrée en 2010 lors d’un passage à Paris pour des représentations. Lire son portrait.


« Dans l’après-midi du 11 mars, j’étais dans un bâtiment qu’on appelle le « Kaat Theater » à Yokohama – ville portuaire à 30km de Tokyo, deuxième mégalopole du Japon, ndlr-, quand il y a eu le premier gros tremblement de terre. J’étais en train de parler avec quelqu’un et j’ai remarqué que la plante qui était dans la pièce bougeait. Tout le monde a d’abord pensé que c’était une secousse vu qu’au Japon il y a un petit tremblement de terre presqu'une fois par mois. Mais celui-là a duré beaucoup plus longtemps et ça secouait vraiment, je n’avais jamais ressenti ça.
Tout de suite après, des agents de sécurité sont venus pour bloquer les portes automatiques et permettre aux gens de sortir. Au même moment, la télé et la radio ont commencé à parler de tsunami. Je suis sortie quand même pour aller à un rendez-vous sur la côte de Yokohama. Sur la route, des voitures avec des haut-parleurs alertaient la population : « Eloignez-vous de la mer et des bords du fleuve ». Je n’ai pas vraiment compris où nous étions censés nous réfugier, et toutes les lignes de métro étaient arrêtées, alors je suis allée voir quelqu’un que je connaissais au « BankArt », grande galerie d’art de Yokohama. Ce bâtiment faisait face à la mer, et la distance entre la porte et la mer était d’à peu près deux mètres. Les portables et les lignes fixes ne fonctionnaient pas et personne ne pouvait appeler sa famille pour prendre des nouvelles. »

La baie de Tokyo choquée et paralysée

La baie de Tokyo choquée et paralysée

« Les gens qui travaillaient là avaient Internet et la télévision : nous regardions le niveau de la mer dehors tout en regardant l’écran. Nous avons passé trois heures ainsi, et le niveau de la mer commençait à être vraiment élevé, il n’y avait plus que 30cm avant la porte. Cette porte était en verre et ne se fermait pas complètement, donc nous avons commencé à surélever tout le matériel à un endroit plus élevé et nous sommes préparé à rejoindre le 3ème étage. Alors le niveau de l’eau est redescendu et nous avons été soulagés.
Tous les trains à Tokyo et dans les autres villes du Japon ont été stoppés toute la nuit. Cela n’était jamais arrivé. Tout le monde attendait depuis longtemps de pouvoir repartir sur la capitale, du coup certains ont dû marcher pendant 4heures30 pour rejoindre leur maison ou prendre un bus.
Le lendemain, je suis allée travailler : sur la route du retour pour Tokyo, une femme pleurait dans le train, et une autre personne était complètement choquée et n’arrivait plus à marcher. »

Le sang-froid, une qualité nippone ?

Le sang-froid, une qualité nippone ?

« Le samedi j’ai appris qu’il y avait un danger d’irradiation à cause des réacteurs nucléaires de Fukushima. Dimanche, la situation a empiré. Les gens commençaient à vider les rayons des supermarchés, il n’y avait plus d’eau, de pain ni de papier toilette.  Il n’y avait plus d’essence pour les voitures. A cause du degré élevé de radioactivité, je couvrais ma peau et je portais un masque, et une fois rentrée chez moi, je mettais mes vêtements dans un sac et me lavais, mais j’ai vu beaucoup de gens qui ne se couvraient pas assez pour se protéger.
Malgré tout je n’ai vu aucune scène de panique. Même quand la ville grouillait de gens qui ne pouvaient pas rentrer chez eux, tout le monde marchait calmement, sans dépasser les files d’attente pour accéder aux bus bondés. Cette mentalité fait partie de notre culture. Pendant le tsunami, les gens secourus disaient « excusez-moi » au lieu de « merci ». Nous sommes éduqués comme ça « surtout ne pas importuner les autres ». Je pense que cela a permis à la situation en ville de ne pas empirer. A présent les gens à Tokyo sont presque obligés de travailler malgré tout ça. Beaucoup n’oseraient pas partir : fuir pourrait être vu comme un acte « impoli » aux yeux de tous. »

Rester ou partir ?

Rester ou partir ?

« Je trouvais que c’était ridicule de rester à Tokyo au milieu du danger. Le mardi 15 mars j’ai appelé mon travail et leur ai expliqué la situation. Nous nous sommes concertés avec toute ma famille, et mon frère nous a dit qu’il ne pouvait pas partir avec nous parce qu’il venait de commencer un nouveau travail et que c’était très délicat de s’en aller. Mon père, ma mère et moi nous sommes mis en route pour Aichi, à 250km au sud de Tokyo. Au moment d’entrer sur l’autoroute, il y eu un gros tremblement de terre et elle a été fermée. Nous avons attendu dans un café pendant deux heures en regardant les informations. Finalement nous sommes arrivés à Aichi à 5h du matin.
J’ai réservé un vol Osaka-Paris pour dimanche (le 20 mars). C’est difficile pour moi de partir, je suis très inquiète pour mon pays, je ne peux pas m’empêcher de me dire que c’est un rêve, que ce n’est pas la réalité. J’appelle mon frère toutes les 30 minutes pour lui dire ce que nous entendons. Je me demande si l’on peut faire confiance aux informations du gouvernement japonais.
Ils disent que le taux de radiation n’est pas assez élevé pour affecter le corps humain mais c’est le taux pour une heure, et ils ne disent pas les conséquences lorsqu’on est exposés pendant deux semaines. »

SOS pour le Japon
Voici différentes adresses pour aider le Japon :
The Nippon Foundation/CANPAN
Peace Winds
Japan platform

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6 commentaires

margot08 - 18/03/11 18:46
le délai d'exposition aggrave bien sur
country33 - 21/03/11 00:22
Quand je vois la mobilisation des Japonais pour aider leurs sibnistrés , je suis tout de même stupéfaite de voir les actions qui sont menées, les étudiants aussi s'investissent.
nanonerie - 22/03/11 19:07
Je me sens toute petite devant cette catastrophe. Je suis de tout coeur avec ce pays et sa population. Malgré l'horreur il faut garder espoir et avancer. Bon courage!
jeant - 13/09/11 16:23
Pas facile de s'en sortir...
country33 - 05/03/12 07:31
J'ai encore vu un reportage sur la vie des gens maintenant de ceux qui sont retournés vivre dans leur maison même malgré le danger que ça représente , ils n('ont pas d'autres choix que ça , ils sont sans argent ni travail.
milk4491 - Il y a 1 mois
Inquiétant témoignage, certe les nippons n'ont pas céder a la panique, mais comme d'hab il y a des consignes gouvernementale pour ne pas divulguer des informations capitales pour le bien etre des population

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