Par
Marine Deffrennes
- Publié le 15 avril 2010
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Le témoignage de Sarah, architecte française à Lima.
Oublier ses vieux réflexes pour l'aventure du bénévolat
© D.R.
Partie de France à la recherche d'une vie plus trépidante, Sarah, jeune architecte, rêvait de grands espaces et de solidarité : « Un ami nous a parlé de l’association Mi Otro Mundo, qui construisait une école pour les enfants d’un bidonville. En plaisantant, je lui ai dit de me faire signe s’ils cherchaient une architecte. Il m’a prise au mot. »
Quelques mois d’économies, démission de Jonathan qui lâche son poste chez un constructeur automobile, le départ est annoncé : ils s’installent au Pérou et commenceront comme bénévoles pour l’association Mi Otro Mundo.
Sur place ils découvrent une organisation née de la volonté de deux femmes, efficace mais au fonctionnement artisanal : Jonathan prend en main sa logistique et tâche de la rendre plus équilibrée financièrement, tandis que Sarah s'occupe de superviser la construction des salles de classe : « J’ai découvert la frustration de devoir travailler sur un chantier que je n’avais pas dessiné. »
Fraîchement diplômée elle apprend les techniques de construction spécifiques à la région : « Toutes les constructions doivent être anti-sismiques. Nous travaillons aussi sur plein de petites choses comme la confection des uniformes de nos 105 élèves. Après l’école, j'anime des ateliers de danse ou de français, pour que les enfants ne se retrouvent pas sans rien faire. » Les élèves bénéficient d’une scolarité à moindre prix et d'ateliers gratuits, alternative à des journées oisives dans le bidonville. Car pour ces enfants-là, les écoles du centre de Lima sont inabordables.
Un pays de paradoxes et de contrastes
© D.R.
C’est dans le centre ville que vivent Sarah et Jonathan, dans le quartier chic de Miraflores : « entre autres, j'apprends ici la patience, parce que je fais chaque jour 4 heures de bus pour rejoindre et quitter Zapallal. Je me refuse à y aller en taxi, parce que je considère que si je veux aider les gens d'ici, il faut que je comprenne leur vie, ne serait-ce que 4h par jour. »
Depuis qu’elle a terminé de construire les salles de classe de Zapallal, Sarah exerce son métier auprès des populations aisées de Lima : « Des céramiques à 13 soles -environ 3 Euros (NDLR)- je suis passée à 83 dollars le mètre carré. C’est étonnant de voir à quel point certains n’ont pas conscience de la misère des familles à 40 kilomètres de là. »
Après 20 ans d’une guerre civile menée par le Sentier Lumineux, le Pérou, avide de reconstruction, fait partie des trois pays d’Amérique Latine ayant le plus fort taux de croissance annuel (avec le Brésil et le Chili). « Le périph de Lima n’a rien à envier aux embouteillages de Paris, mais pas plus tard qu’hier, une vieille dame est venue me vendre une crème à deux soles -0,50 ct d'euros- pour payer son opération à l’hôpital. »
Les inégalités ne choquent personne, on observe même un certain racisme social des riches envers les pauvres : « C’est peut-être le plus difficile : sortir de notre vie de bon capitaliste pour aider les autres, et atterrir dans un pays ultralibéral qui voudrait faire mieux que les Etats-Unis ! »
Inca Cola versus Coca Cola
Culturellement, Sarah a réalisé que la France avait beaucoup à apprendre de la société péruvienne, qui incarne, mieux que tous les grands débats, la diversité et parfois la difficulté de vivre ensemble. Le métissage des origines, entre indiens natifs et colons de toutes origines, des cultures –Inca ou pré Colombienne-, des croyances… Du côté de la table, « le nationalisme Inca côtoie le rêve américain sur les étiquettes d’Inca Cola et de Coca Cola, et la cuisine, appelée « créole » est une fusion de culture chinoise, allemande, africaine et latino-américaine. »
Partir ou rester ?
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Dans ce pays instable aux institutions souvent corrompues, difficile d’envisager le futur. Le couple partait pour faire sa vie ailleurs, mais tout doucement c’est le projet du retour en France qui s’impose : « J’éprouve un véritable manque de certaines institutions françaises, et de la solidarité de notre système, ici c’est chacun pour soi. »
Financièrement, la vie d’un occidental au Pérou n’est pas donnée. Aller au restaurant, voyager ou vivre dans un beau quartier nécessite un certain revenu que les économies des deux bénévoles ne peuvent pas couvrir. « Avec un taux de croissance de 16% dans le bâtiment, ce pays m’ouvre de belles opportunités professionnelles, mais je ne suis pas sûre de vouloir élever mes enfants dans les quartiers chics de Lima. Le clivage riche-pauvre est trop puissant ici, je serais obligée de choisir un camp… »
Peu à peu le bilan d’une année péruvienne se dessine, pleine de contrastes et d’allers retours entre le confort et la réalité d’un pays « qui a tout ce qu’il faut pour avancer » mais qui peine à grandir faute d’une politique harmonieuse.
24 h avec Sarah
© D.R.
Réveil : 06h00, ça va paraître ridicule mais tous les jours avant que mon réveil sonne, à l'exacte même heure chaque matin, il y a une nuée d'oiseau qui passe au dessus de chez nous.
Mon premier geste est d'allumer le ballon d'eau chaude, car il faut au moins 30 min avant que l'eau chauffe.
Petit-déj : J'avoue que là, je ne suis pas très typique, mais c'est un plaisir de manger mes petites tartines de Nutella. Eh oui ! On en trouve. Bien sûr à un prix astronomique, mais c’est le repas le plus important de la journée !
Mon job : A 7h30 je suis sur le chantier (samedi compris...). On passe en revue tout ce qui a été fait la veille, puis je pars à mes rendez-vous clients. Je passe aussi pas mal de temps dans les magasins d'usines pour choisir les matériaux, à la municipalité, car les administrations ici sont encore plus gourmandes en paperasses que chez nous. Je partage aussi mon temps avec plusieurs heures par jour de dessin et de conception puisque nous sommes aussi en train de concevoir un immeuble de trois étages, qui prend pas mal de temps
Déjeuner : A mon grand désespoir, ce n'est jamais avant 15h ici. Souvent c’est avec les clients ou avec mon « associé » entrepreneur, dans des restaurants typiques ou chic, selon le client.
Ma Soirée : Je rentre en général vers 20h00 en ayant perdu pas mal de temps dans les transports. Lima est un cauchemar pour les automobilistes. Ensuite, je n'ai pas d'habitude particulière, j'attends que mon amoureux fasse le repas...
Avant de m’endormir : Impossible sans un bouquin, je suis inscrite à l'alliance française, qui a une super bibliothèque.
Site internet : Google maps pour me retrouver dans Lima.
Plat favori : Le ceviche, poisson cru, cuit avec du citron, du gingembre et de la coriandre.
Mon adresse fétiche : Chez Juanito, un bar qui baigne dans son jus, vieillot juste ce qu'il faut, dans le quartier de pêcheurs de Baranco.
Mon conseil à quelqu’un qui souhaite s’expatrier : Impossible à résumer en trois phrases, appelez-moi !
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Bravo Sarah pour ce choix de vie que je trouve remarquable. donner de sa personne pour des pays moins développés que le nôtre, je tire un grand coup de chapeau à cette initiative
bonjour! Tout d'abord, bravo. Je m'appelle aussi Sarah, je suis (presque) architecte (encore en étude) et je suis à Lima!! J'ai fondé la délégation toulousaine d'architecyes sans frontières à toulouse.Je ne pouvais que vous écrire et aimerais vraiment vous parler. Comment est ce possible??
bravo, c'est super d'aider d'autres pays dans leur réalisation
C'est super et même si ça ne doit pas être drôle tous les jours , c'est génial
Dans ce cas, je pense qu'il s'agit d'une vocation à la cause humanitaire à la base!