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Par   -  Publié le 16 juillet 2010
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Djougal Traoré, au nom des femmes Burkinabés

Elle n’avait jamais quitté son pays mais a accepté de venir en France pour évoquer la mortalité maternelle au Burkina Faso. Djougal Traoré se bat pour que les femmes burkinabés ne meurent plus en couche. Animatrice en ONG, elle est aussi une mère attachée aux traditions qui rêve de grandes carrières pour ses filles. Entretien dans les bureaux d'Amnesty International.

2000 femmes meurent en couche chaque année

2000 femmes meurent en couche chaque année © A. Chatelard/Amnesty

Animatrice au sein de l’ONG Family Care International, Djougal Traoré s’investit depuis de nombreuses années au sein des populations sahéliennes. Engagée dans la lutte contre les infections sexuellement transmissibles et les mutilations génitales féminines, elle se bat pour l’amélioration de la condition sanitaire, nutritionnelle, l’appui d’associations locales et le développement des ménages du Sahel. Rencontre dans les bureaux d'Amnesty International à Paris.

Terrafemina : Comment en êtes-vous arrivée à œuvrer pour la sécurité des femmes du Sahel – bande de territoires qui sépare le Nord aride du contient africain des forêts tropicales du Sud- ?

Djougal Traoré : Je suis née en 1964 au Burkina Faso. Après mes études secondaires à Ouagadougou, je suis entrée dans le projet de Family Care International. J’étais auprès des populations et travaillais pour l’amélioration de la santé maternelle.
J’ai vu ma sœur frôler la mort à cause d’un accouchement très difficile, elle vivait dans un village éloigné. Elle perdait beaucoup de sang et le temps qu’on la transporte à l’hôpital son état s’est aggravé. Elle s’en est sortie mais ce n’est pas le cas de toutes : 2000 femmes meurent chaque année à cause de complications lors de l’accouchement.


TF : Le Burkina Faso est-il particulièrement touché par la mortalité maternelle ?

D.T. : Le taux de mortalité maternelle a diminué entre 1993 et 2008, de 566 pour 100 000 naissances à 307 (en France le taux atteint 9,6 pour 100 000 en 2009, ndlr). Cela grâce aux efforts de l’Etat pour améliorer la santé des femmes. Mais il reste beaucoup à faire car dans les provinces le problème de l’éloignement est responsable de nombreux drames : beaucoup de femmes meurent parce qu’elles ne peuvent pas bénéficier d’une transfusion sanguine ou parce qu’elles arrivent trop tard dans le centre de santé capable de les traiter. 


TF : Quelle est votre mission au sein de l'ONG Family Care International ?

D.T. : Notre principale préoccupation concerne les mariages précoces. Avec d’autres associations, des responsables politiques et des chefs religieux, nous faisons des animations dans les villages : nous essayons de sensibiliser  ces populations pour que les jeunes filles n’aient pas de rapports sexuels trop jeunes. Nous voulons faire reculer l’âge du premier mariage et donc du premier rapport à 17 ans (ce qui est inscrit dans la Loi, ndlr). A 11,12 ou 13 ans, les organes ne sont pas matures pour recevoir un enfant. L’accouchement est compliqué et dangereux, et lorsqu’elles survivent ces jeunes femmes souffrent souvent de fistules obstétricales, une anomalie qui touche la vessie et le vagin et se traduit par un écoulement anormal de l’urine. Ces femmes ne peuvent plus se retenir, elles sont souvent rejetées de leurs familles ou de leurs maris, et se retrouvent isolées ; certaines en viennent au suicide.

Le Planning familial, une solution encore précaire

Le Planning familial, une solution encore précaire © A. Chatelard/Amnesty

 TF : Les femmes ont-elles accès à la contraception ?

D.T. : L’Etat a renforcé les aides mais l’information reste encore insuffisante et les populations très pauvres n’ont pas les moyens de payer. Les jeunes filles n’osent pas prendre de contraception. Elles sont gênées et ne trouvent pas ça normal. De plus, la plupart ne savent pas à quoi elles ont droit, et ne comprennent pas bien l’intérêt de la planification des naissances.  La pilule est connue mais dans nos séances nous conseillons surtout les préservatifs car ils ont l’avantage d’éviter aussi les maladies sexuellement transmissibles comme le Sida. Il y a toute une éducation à faire, si les femmes comprennent l’avantage de la contraception, nous parviendrons à réduire les décès maternels.

TF : L’avortement n’est autorisé qu’en cas d’inceste, de viol ou de danger pour la mère ou le fœtus, mais le Rapport d’Amnesty International de 2010 pointe le nombre croissant d’avortements clandestins. Faut-il selon vous légaliser l’interruption volontaire de grossesse au Burkina ?

D.T. : (Silence) Ce que je peux dire c’est que les avortements ne sont pas tolérés ici comme dans les autres pays. Les femmes n’ont pas l’idée de faire cela, ce n’est pas dans notre mentalité. Les femmes ne veulent pas avorter. Je ne représente pas toutes les femmes, peut-être la moitié. Mais je pense que c’est une chose à éviter car l’avortement peut provoquer une hémorragie et entraîner le décès. Certaines femmes au Burkina aimeraient le légaliser, mais dans la situation actuelle du pays ce serait dangereux.


 

Un ministère de la Promotion de la femme

Un ministère de la Promotion de la femme © A. Chatelard/Amnesty

TF : Quelle est la mentalité des hommes vis-à-vis des femmes et de leur santé dans votre pays ?

D.T. : Au Burkina, les hommes donnent des droits aux femmes, mais ce sont les femmes qui n’arrivent pas à les faire respecter. Cela est dû à leur ignorance, elles ne sont pas scolarisées et n’ont même pas l’idée de revendiquer leurs droits, notamment sur leur santé et le contrôle de la reproduction.


TF : L’éducation est-elle la seule arme dont vous disposez pour aider les femmes ?

D.T : Le problème c’est que même celles qui étudient jusqu’à un certain niveau arrêtent parfois l’école pour aller se marier. Une loi prévoit maintenant d’aider les parents et de suivre les filles pour qu’elles poursuivent leurs études.


TF : Que désirez-vous pour vos filles ?

D.T : Je conseille à mes deux filles de faire de grandes études et de se marier après. Je leur dis de ne pas avoir d’enfants hors mariage.
Je remarque qu’elles ont plus d’envies que moi : elles rêvent de devenir cadres. Aujourd’hui il y en a de plus en plus au Burkina, dans le ministère de la Promotion de la femme par exemple. Il y a des femmes leaders qui dirigent des projets et qui font de grandes choses.

TF : Que fait le ministère de la Promotion de la femme ?

D.T : Cette année elles ont beaucoup œuvré pour la scolarisation et l’alphabétisation des filles. Des prix ont été créés dans les lycées et les écoles primaires, cela encourage les parents à laisser leurs filles à l’école. Le pays veut plus de femmes cadres mais on leur apprend aussi à gérer leur famille, car même si elle travaille une femme doit garder du temps pour éduquer ses enfants. Le ministère aide aussi les femmes qui veulent créer leur entreprise ou monter un petit commerce.
Le recensement a montré qu’il y avait plus de femmes que d’hommes au Burkina Faso. Elles peuvent changer le pays, et on voit déjà que la mentalité a changé. La nouvelle génération a plus d’idées et plus d’idéaux.

Entretien réalisé le 4 mai 2010 dans les bureaux d'Amnesty International à Paris.

 

ALLER PLUS LOIN :

Combattre la mortalité maternelle au Burkina Faso, le rapport qui accable
 

L'agence de presse africaine Syfia

Disparitions en Tchétchénie, Zalina témoigne

Voir aussi :  sante    monde    afrique    ong   
 

6 commentaires

perfectsakura - 26/07/10 15:01
C'est vrai qu'il y a encore trop de femmes qui meurent en couche, notamment dans les pays pauvres. Je trouve cela horrible de mourir en donnant la vie, de ne pas avoir eu le temps de connaître son enfant. De plus dans ces pays les familles doivent ressentir cela comme un poids, c'est dommage, du fait de leur pauvreté ils voient d'abord ce premier aspect, à côté de la peine que cela engendre.
pussy01360 - 27/08/10 09:30
C'est sur, dans les pays comme ça où il n'y a pas une si bonne médecine que chez nous et pas les moyens techniques pour que les accouchements se passent bien, il y a plus de mortalité maternelle et c'est affreux. Donner naissance et perdre la vie c'est trop dur.
sequoia - 27/08/10 12:07
En l'an 2000, la communauté internationale s'était engagée à réduire de moitié la pauvreté dans le monde, en se fixant pour 2015 huit objectifs (les OMD), dont deux concernaient l'amélioration de la santé maternelle et infantile. Ces objectifs ne seront pas atteints, faute de réelle volonté poltique. En septembre 2010, l'ensemble des gouvernements se réuniront à New York pour évaluer les progrès accomplis. Une campagne soutenue par diverses ONG est en cours pour inciter les états à renforcer les systèmes de santé, en particulier en direction des mères et des enfants: www.santepourtoutes.org
country33 - 28/02/11 13:36
La pauvreté dans le monde c'est de plus en plus et je constate que pas grand chose ne change malgré tout , c'et déplorable de voir ça .
Do_madhyra - 07/03/11 12:50
TF : L’éducation est-elle la seule arme dont vous disposez pour aider les femmes ? L'éducation est une arme redoutable qu'il ne faut pas dévaloriser au contraire ! Pour moi, avec l'information des populations, c'est l'une des deux solutions à long terme.
jeanne-flo - 13/02/12 07:06
Le Burkina Faso , qui est un pays si jeune et plein d'énergie a tant de mal a sortir de cette condition difficile , les politiques mondiales n'ont elles pas l'impression d'être totalement incompétente face à toute la misère que le monde porte ?

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