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Par   -  Publié le 6 octobre 2010
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« Maison close » : la série rouvre le débat

« Maison close », la nouvelle série en costumes et corsets de Canal + pourrait bien remettre le vieux débat sur la réouverture de ces maisons sur le devant de la scène. Mesure de protection pour les uns, régression pour les autres, la récurrente controverse promet une fois de plus d’être un bien beau « bordel ».

Le fantasme des maisons closes

Le fantasme des maisons closes © iStockphoto / getty images

Closes il y a plus de soixante ans en application de la loi Marthe Richard, leur réouverture agite le monde associatif et politique depuis quelques années déjà. Les maisons closes, ou « lupanars », font aujourd’hui l’objet d’une série « historique » signée Mabrouk el Mechri et  diffusée sur la chaîne cryptée. Un scénario au goût de « revenez-y » ? « Les hommes rêvent d’y entrer, elles se battent pour s’en sortir ». A première vue, le slogan entame quelque peu le vieux fantasme d’un lieu de débauche festive qui tourne autour du luxe, du glamour et de la soie. Et pour cause, après guerre, Marthe Richard les avait faites fermer pour cause d’insécurité et de violence. Aujourd’hui la réflexion semble se porter avant tout sur une prostitution « de trottoir » qui en France concerne entre 20 000 et 30 000 hommes et femmes, dont 80 % d’étrangers, auxquels s’ajoutent 60 000 personnes de manière occasionnelle. Si la prostitution en soi n’est pas illégale, les moyens sont réprimés. Depuis la loi Sarkozy sur la sécurité intérieure (LSI) de 2003 instaurant le délit de racolage passif, les conditions de travail des prostitué(e)s se sont dangereusement dégradées. Reléguées dans les périphéries - des zones de non-droits - elles encourent jusqu’à deux mois de prison et 3750 euros d’amende. Les clients, eux, ne sont pas poursuivis.

Des maisons closes aux maisons ouvertes

Chantal Brunel, députée UMP et rappporteure de la commission à l’Observatoire général de la Parité lance, au début de l’année, un pavé dans la mare en plaidant à l’Assemblée Nationale pour la réouverture des maisons closes. C’est d’ailleurs un concept de « maison ouverte » qu’elle défend dans son ouvrage « Pour en finir avec les violences faites aux femmes ». Son idée : « sortir les prostituées de la rue et de la clandestinité » en créant « des endroits minutieusement contrôlés où l’achat de services sexuels soit possible dans des conditions de protections médicale, judiciaire, financière et juridique ». Elle s’appuie alors sur la situation de certains de nos voisions européens, comme l’Allemagne, les Pays-Bas, ou encore la Catalogne, qui ont légalisé ce type d’établissements. Pour apporter de l’eau à son moulin, un sondage CSA pour Le Parisien organisé en mars 2010 révèle que 59% des Français sont favorables à cette mesure, tandis que 10% seulement y sont hostiles. Avant elle, Michèle Barzach, Ministre de la Santé (1990), Françoise de Panafieu, vice-présidente de l’UMP à l’Assemblée (2002), puis Christine Boutin, présidente du parti chrétien-démocrate (2009) s’étaient déclarées favorables à une mesure du même ordre. Si aujourd’hui Chantal Brunel ne communique plus sur le sujet, c’est parce qu’elle estime « avoir atteint le but qu’elle recherchait : élever le débat au niveau des pouvoirs publics ».

Un débat désuet et hors-propos sur un lieu d’exploitation

Un débat désuet et hors-propos sur un lieu d’exploitation © iStockphoto / getty images

Cette remise au goût du jour ne trouve pourtant pas d’écho auprès des associations et dans la profession. Maîtresse Gilda, porte-parole du Syndicat du Travail Sexuel juge la réouverture du débat sur les maisons closes « totalement anachronique et insultante pour tous les travailleurs du sexe et toutes celles qui se sont battues pour s’en sortir ». « C’est la question qui sert à noyer le poisson pour qu’on ne parle jamais des droits des travailleurs du sexe », explique-t-elle. « Il suffit que l’on sorte de cette zone de non-droits pour imposer nous-mêmes nos conditions d’hygiène et de sécurité ». Aux maisons closes qu’elle présente comme un univers carcéral dont les filles, sous la coupe d’une « mère maquerelle » ou d’un patron, ne pouvaient pas sortir et où elles ne choisissaient ni leurs clients ni leurs conditions de travail, elle propose entre autre, un modèle d’autogestion, coopératif et solidaire que ce soit dans un établissement ou n’importe quel autre mode de fonctionnement.

« Cachez ce sein que je ne saurais voir ! »

« Cachez ce sein que je ne saurais voir ! » © iStockphoto / getty images

Si le Strass lutte pour la reconnaissance du statut de travailleur du sexe, Yves Charpenel, président de la fondation Scelles refuse quant à lui toute forme de règlementation de la prostitution et s’engage dans la lutte contre le proxénétisme et la traite humaine. Selon lui, la question des « maisons closes » pourrait paraître surannée, alors qu'elle met en lumière une réalité prégnante dans l'ensemble des pays européens: une extrême violence qui se déploie indifféremment, dans la rue , dans des établissements clandestins ou dans des institutions réglementées. « J’observe que les victimes de la traite que reçoit mon association  (les Equipes d'action contre le proxénétisme) sont souvent des jeunes femmes qui ont « travaillé » dans des établissements légalisés dans des pays voisins avant de s'en enfuir pour trouver une situation finalement guère différente et tout autant violente dans les formes de prostitutions visibles ou cachées pratiquées en France », explique Yves Charpenel avant de poursuivre. « Les arguments sécuritaires et hygiénistes des défenseurs d’une réouverture des maisons closes sont au mieux une mystification. Il s’agit d’un faux débat qui masque le lobbying du marché du sexe. Ce qui m'intéresse, c'est de lutter contre l'exploitation sexuelle qui abuse de la vulnérabilité des personnes ».

Une position que corrobore Danielle Bousquet, députée PS et présidente de la mission contre les violences faites aux femmes ouverte fin 2008 puis de la mission de lutte contre la traite et la prostitution depuis juillet 2010. Selon elle, les maisons closes sont des « lieux d’abattage » où les prostituées seraient à la merci des réseaux mafieux. « Il est ahurissant de parler aujourd’hui de travailleurs du sexe et de reconnaître la prostitution comme un métier à part entière ; envisager un modèle d’autogestion l’est tout autant ; c’est de la poudre aux yeux ! Le trafic du corps des femmes rapporte autant que celui des armes ». Et la présidente de la mission d’information sur la traite et la prostitution cloue la LSI au pilori. « Cachez ce sein que je ne saurais voir ! S’il y a de la prostitution c’est qu’il y a de la demande. Il ne faut plus considérer les prostituées comme responsables mais comme des victimes ;  il ne faut pas croire que la prostitution relève d’un choix. On parlait de « filles de joie », la réalité est beaucoup moins rose, parfois même infâme ». Eduquer au respect et à l’égalité, responsabiliser puis pénaliser les clients en les assimilant de co-organisateurs, et enfin aider à la réinsertion des prostituées, c’est ce que défend la députée PS Danielle Bousquet. « Regardez aux Pays-Bas, ils font machine arrière en fermant des maisons. La réouverture d’un tel débat me surprend vraiment », conclut-elle.

POUR ALLER PLUS LOIN :

Le mouvement du Nid combat la prostitution

Sexe et argent

Voir aussi :  sexo    prostitution    serie tv   
 

10 commentaires

omaha - 06/10/10 08:02
je suis pour la réouverture des maisons closes. Cela évitera à toutes ses femmes de dépendre d'un souteneur et de lui donner la majeure partie de ses gains. Et au niveau maladie, cela sera sans doute plus controlé
promenadex - 06/10/10 12:39
votre article est très complet, et si je peux me permettre un commentaire, je connais duex personnes qui se sont retrouvées dans le circuit de la prostitution, elles ont voulu s'en sortir et cela leur a couté très cher. l'une y a laissé sa santé et l'autre a disparu sans laisser de traces.....alors ce sujet est un sujet très important
sequoia - 06/10/10 14:21
Les associations de défense des prostituées ne veulent surtout pas de retour aux maisons closes, véritables maisons d'esclaves, d'où les filles pouvaient difficilement sortir. Elles évoquent plutôt des "maisons ouvertes", sans souteneur, accueillant des prostituées volontaires et régies coopérativement.
omaha - 12/10/10 22:29
à lire le roman des maisons closes, qui rapportent leur histoire jusqu'à leur date de fermeture en 1946
omaha - 12/10/10 22:29
60% des francais souhaiteraient leur réouverture
lorenzo070604 - 12/10/10 22:33
moi je suis a coter de la frontiere espagnole ben je paut vous dire que la bas il y en a tout les 2 km c'est pas génial pour le tourisme familial !! quand je passer la bas mon fils me dis "maman c'est quoi cet endroit ? c'est bizarre ici " je lui repond que c'est une boite nuit mais bientot il sauras lire et les noms de ses endroits sont assez explixite !!!
votreop - 05/06/11 03:03
De toute façon, même l'ONU considère les prostituées comme des esclaves!!!
angel95 - 26/10/11 13:33
alors oui ok mais que cela soit discret pas de jeu de lumière comme en Espagne par exemple.
ladymam - 04/12/11 19:57
je pense que si les maisons closes étaient réouvertes , la vie de ces filles serait moins difficiles et plus saine avec un suivie médical , de toute façon il y en aura toujours dans les rues !
linelu7 - 17/01/12 09:13
une prostituée juge la réouverture du débat sur les maisons closes insultante, et ce qu'elle fait alors? qu'est ce q'il faut pas entendre...

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