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Par   -  Publié le 20 avril 2010
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Quand les expats investissent les capitales

La « Frog Valley », Big Apple et le « Paris de la Chine » attirent de plus en plus de Français. Plus jeune, moins privilégiée et plus indépendante, la nouvelle génération d’expatriés fait son trou autrement. Enquête sur les métamorphoses de l’expatriation à la française.

Quand les expats investissent les capitales économiques

Quand les expats investissent les capitales économiques ©  iStockphoto/Getty images

Les deux millions de Français expatriés se répartissent à 90% sur l’Europe occidentale, l’Asie et l’Amérique du Nord. Trois régions du monde, trois capitales économiques–Londres, Shangaï, New York- pour incarner une nouvelle génération d’actifs hors de France. A l’heure où le package doré de l’expatrié se fait rare dans les entreprises françaises, les Français cultivent l’art de s’intégrer et de se fondre dans la masse, tout en entretenant leur réseau franchouillard.


Londres, sixième ville française ?


Première destination des Français qui s’expatrient avec une communauté qu’on estime à plus de 200 000 résidents, la capitale britannique attire toujours plus de jeunes diplômés et cadres. Et ce n’est pas la crise financière qui videra la City de ses challengers, selon Olivier Cadic, conseiller élu à l’Assemblée des Français de l’Etranger pour le Royaume-Uni : « Depuis mon arrivée en 1997, la population française enregistrée au Consulat n’a cessé de croître. La moyenne d’âge est de 29 ans. Il y a désormais plus de Français inscrits âgés de moins de 5 ans que de plus de 50 ans. C’est une population très dynamique. »

« South Ken’ », et la « Frog Valley »


En se promenant sur Cromwell Road, on tombe sur le Consulat français, puis le Lycée Français Charles-de-Gaulle ; l’enseigne de « La Brasserie », sur Brompton Road, a toute sa place ici. A deux rues de là : la librairie française –French Bookshop- sur Bute Street. Et si on prolonge vers l’Est on peut s’arrêter à la boulangerie Paul de Thurloe Square. Aucun doute, nous sommes en plein quartier français, baptisé « Frog Valley » par les Britanniques.

Si South Kensington a toujours attiré les Français, le quartier ne correspond plus vraiment à la réalité de niveau de vie de la plupart des émigrés. Olivier Bertin est conseiller à l’Assemblée des Français de l’Etranger -AFE- pour le Royaume-Uni : « Aujourd’hui la présence française dans South Ken’ se limite à une minorité aisée, qui peut se permettre de mettre 2000 Livres par semaine dans un loyer. »

Pour les familles, mieux vaut aller voir ailleurs : « le Lycée Français Charles-de-Gaulle affiche complet,  une nouvelle école française doit ouvrir très bientôt dans Kentish Town – borough de Camden, un peu plus au Nord, NDLR- et fera sans doute de ce quartier le nouveau QG des Frenchies » remarque Olivier Bertin. Pour Carolle Lucas, responsable de la Maison des Français de l’Etranger, le mythe du quartier français est à relativiser, « Cette idée de ghettos de luxe pour les Français est un peu dépassée et relève selon moi de la colonisation au XIX e siècle, de plus en plus de Français partent à l’étranger par curiosité et veulent s’ouvrir et s’intégrer à la vie locale, sans compter sur un package VIP offert par une entreprise française. »


Des Français de plus en plus intégrés


En effet, à Londres, les contrats d’expatriés en or avec loyer compris et avantages financiers ne sont plus légion. De plus en plus nombreux, les Français bilingues se font recruter localement et se logent eux-mêmes. Si les familles choisissent de préférence les quartiers proches des écoles françaises, les célibataires s’orientent sur l’Est de la ville –Lewisham, Southwark- secteur branché et proche de la City.

Une tendance à l’éparpillement qui traduit bien le degré d’intégration de la population francophone, comme l’explique Olivier Bertin, conseiller AFE à Londres : « Il y a 20 ans, les Français étaient souvent de passage : expatriés d’entreprises françaises, séjours linguistiques de fin d’études, etc. Maintenant ils sont nombreux à être installés à Londres pour une longue durée et s’intègrent davantage dans la vie britannique. Un signe : de plus en plus font des emprunts immobiliers sur 25 ans. »


Si les enseignes et les jeunes traders français plébisciteront toujours la ville de Big Ben, les entrepreneurs à la recherche de charges légères et d’une réglementation souple tentent leur chance chez l’Oncle Sam.

New-York, l’ère des trentenaires

New-York, l’ère des trentenaires ©  iStockphoto/Getty images

Dans l’Upper East Side, au Nord-Est de Manhattan, subsiste une petite communauté de 300 familles françaises. Une broutille en comparaison du nombre de Français vivant à New York – 80000 selon les estimations.
L’ancien lieu de résidence favori des expats à cause du Lycée Français, avec ses loyers élevés et ses boutiques de luxe se voit doublé par Brooklyn ou la proche banlieue plus accessible financièrement.

Les expatriés d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier, comme l’explique Jean Lachaud, conseiller à l’Assemblée des Français de l’Etranger à New York de 1997 à 2009 : « En dix ans, la population française a doublé et rajeuni. Le profil traditionnel de l’expatrié sous contrat avec une banque ou une marque de luxe française a cédé la place aux entrepreneurs indépendants, aux jeunes diplômés, ou aux artistes qui arrivent parfois avec un Visa touristique. »

 

Moins de VIP, plus d’entrepreneurs

Pour Marie, 34 ans, qui a quitté la France en 2007, le niveau de vie de la plupart des expatriés reste assez élevé, mais les contrats d’expatriés en or se raréfient : « il n’y a pas eu un retour massif vers la France au plus fort de la crise, mais en juin 2010, beaucoup de contrats ne seront pas renouvelés. »

Ceux qui prennent aujourd’hui un aller simple Paris-New York ont d’autres ressources : « ils ont la trentaine et viennent créer leur boîte ; très souvent leur projet de business entretient un lien avec la France », explique Marie. Pour cette journaliste mariée à un Américain, les clichés ne mentent pas : il y a une fascination pour ce qui est français à New York. Parfumerie, gastronomie, vins, mode : « On admire l’art de vivre à la française et les New Yorkaises raffolent de tout ce qui rappelle ce raffinement, cela peut aller d’une enseigne de coiffeur qu’on traduit en français à l’emballement pour des marques comme Petit bateau ou Jacadi. »

« Preschools » et écoles publiques bilingues

Les francophiles ne s’arrêtent pas aux enseignes parisiennes, ils convoitent aussi une culture et une éducation très appréciées dans les classes moyennes et supérieures. Au point de plébisciter les « Dual language program » proposés par un nombre exponentiel d’écoles publiques. Le principe : une classe composée pour la moitié d’élèves francophones, et l’autre moitié d’anglophones. Emmanuel Saint-Martin, fondateur du site French Morning.com a inscrit ses enfants dans une des écoles publiques franco-américaines installées à Brooklyn : « Depuis trois ans, ces initiatives de parents français remportent un réel succès. Elles représentent une alternative intéressante au Lycée Français, où la scolarité coûte très cher – 23 000 dollars par an- et où les places sont limitées. »

Et dans un pays où l’école débute à l’âge de quatre ans, les « Preschools » poussent comme des champignons. Bilingues, elles combinent le principe de la maternelle française et l’aspect expressif et actif des méthodes américaines. Américaines ou Françaises, les mamans New Yorkaises de la classe moyenne en raffolent, même si elles commencent à s’intéresser aux cours de Chinois…

Shangaï, les Français tissent leur toile

Shangaï, les Français tissent leur toile ©  iStockphoto/Getty images

Eugénie et Pauline avaient 24 ans lorsqu’elles ont quitté la France pour Shangaï. Ce qui les attendait était loin du standing de l’expatrié confortable : un contrat local payé entre 800 et 1000 Euros par mois. « On appelait cette ville « le Paris de l’Asie », festive, vivante, jeune, je savais qu’en Chine je ne pourrai vivre que dans cette ville »  explique Eugénie.

Pour Pauline, jeune styliste, l’occasion était trop belle de monter en grade deux fois plus vite qu’en France, dans le pays qui assure la moitié de la production vestimentaire mondiale. «De plus en plus de femme partent seules, elles prennent de plus en plus de risques sans contrat et sans mariage » constate Sabine David, directrice associée d’Expat-Communication, société gérante du site femmexpat.com.

 

La plus européenne des Chinoises

La région Asie/Océanie est la deuxième destination choisie après l’Europe occidentale, 28% des expatriés français y résident. « Le développement économique de la Chine a profité à toute l’Asie du Sud-Est, et depuis 2005, la fréquentation française a explosé », explique Carolle Lucas, responsable de la Maison des Français à l’Etranger –MFE. 

En tête avec plus de 12 000 Français installés - ils n’étaient que 2500 en 2003 -, Shangaï incarne à elle seule le renouveau de l’expatriation à la française. Stephanie Hericher, conseillère à l’Assemblée des Français de l’Etranger à Shangaï, est arrivée il y a douze ans : « Shangaï incarne l’eldorado du moment pour beaucoup de jeunes. L’entreprenariat est facilité par la faible réglementation, et la ville est très éloignée du gouvernement communiste chinois. »

C’est en effet la plus européenne des villes chinoises, occupée jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale par les Anglo-saxons et les Français, elle redevient depuis les années 1990 le poumon économique de la Chine. l’Exposition Universelle - ouverture le 1er mai prochain- devrait confirmer cette vocation internationale.

Paul, Auchan, Carrefour, suivez la French Touch

Le quartier français ? Facile, c’est le seul coin art-déco et sans buildings de la ville. « French Concession », comme son nom l’indique, correspond à la Concession française en place de 1849 à 1946. Branché, et recherché pour sa verdure et son calme, le quartier gonfle ses prix avec des loyers qui grimpent jusqu’à 1400 Euros alors que le prix moyen d’un appartement individuel en centre-ville ne dépasse pas les 400 Euros. « Historiquement c’est le quartier français, mais il attire autant les Chinois que les Européens. Les restaurants, les boutiques de mode et les bars sont très courus », explique Pauline.

Il ne paraît pas très difficile de vivre sa vie de Français à Shangaï : pour les courses, il y a Carrefour et Auchan, même si le choix dans les rayons est plus limité qu’en France. Embauchées dans des entreprises françaises, Pauline et Eugénie ont à peine eu besoin des nombreux clubs et réseaux d’expatriés français : « C’est quasi automatique : on entend parler français partout, on se retrouve aux mêmes endroits. Nous avons des vies très différentes de celles des Chinois, quand nous sortons en boîte ou allons au restaurant, les Chinoises vont au karaoké ou se reposent, et ne sortent pas beaucoup avec les garçons. »

Pas facile de mélanger les cultures au Pays du Soleil Levant. Contrairement aux Françaises de Londres et de New-York, les expatriées de Shangaï ne pensent pas y trouver le Prince Charmant. « Mariage » et « bébé » sonnent alors comme les mots du retour au pays…

 

 

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Voir aussi :  etats-unis    chine    angleterre    expatriation   
Et vous, envisagez-vous de partir travailler à l’étranger ?
           
 

6 commentaires

leslie2613 - 21/04/10 21:51
même à l'étranger on est en france, trop fort!!!
joelasaucisse - 01/05/10 17:23
vivre dans une capitale, ce n'est pas dans mes plans. trop de monde, bruyant, pollué... beaucoup de désavantages.
omaha - 06/09/10 09:27
on a des amis qui sont partis vivre en Afrique du sud. Tous les 4 ans, ils changent. Ils ont connu aussi le Japon Moi, personnellement je trouve que c'est une belle experience à vivre mais trop difficile à gerer avec trois enfants (les ecoles francaises sont très onereuses)
franmic64 - 22/01/12 22:23
Certains quartiers de Paris sont envahis par les asiatiques et les commerces poussent comme des champignons là bas!
jeanne-flo - 22/01/12 22:26
Mais les Français qui s'expatrient en général sont des bâtisseurs , des créateurs , c'est souvent de très belles réussites professionnelles qui représentent la France d'une façon formidable .
rosemary - 22/01/12 22:53
moi, j'adore le quartier chinois à Paris et ils sont très commerçant généralement...

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