Par
Alix Foriel
- Publié le 31 mai 2010
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Parité en Suède : mythes et réalité
Travailler ou être mère ? Les Suédoises n’ont pas à choisir.
Quand on entre dans l’immense bureau de la Ministre suédoise des Affaires européennes, on se sent bien. Un intérieur très clair, des fleurs aux 4 coins de la pièce, des coussins colorés, du thé vert et des chocolats sur la table. Birgitta Ohlsson s’y est installée il y a à peine 5 mois. Et, si tout se passe bien, elle donnera naissance à son premier bébé cet été. Sa grossesse et sa nomination ont fait débat à travers le pays. « Un triste débat à vrai dire : d’autres hommes au sein du gouvernement s’apprêtent eux aussi à devenir pères, et personne ne les remet en question, » soupire la Ministre.
Birgitta Ohlsson a donc aménagé une chambre attenante à son bureau, pour y installer mari et enfant à la rentrée, pendant que la campagne électorale battra son plein. La majorité des Suédoises ne peuvent évidemment pas s’offrir ce luxe, mais il est révélateur de cette volonté criante de concilier carrière et vie familiale. « De nombreuses femmes se sentent touchées à travers moi : elles savent ce que c’est de tomber enceinte et de craindre pour son emploi, » constate la Ministre.
72 % des femmes travaillent en Suède, un chiffre exemplaire en Europe, tout comme le taux de natalité (1,9 enfant par femme). L’existence d’un long congé parental (16 mois) fractionnable entre le père et la mère y est certainement pour beaucoup, d’autant que deux mois sont réservés au père et deux mois à la mère. Et si papa et maman sont au travail, l’enfant lui est à la crèche. Tous les bambins y ont une place, et la crèche est très abordable : 120 euros par mois pour 80 à 90% de la population, 84 euros en cas de deuxième enfant, et 42 pour le troisième…
Le taux d’activité féminin élevé est une victoire pour les politiques qui ont inscrit leur lutte pour la parité dans leur agenda depuis des décennies. Un nouveau Ministère pour l’égalité des sexes a même été créé en 2007, avec des moyens inédits : 40 millions d’euros par an dédiés à l’égalité des sexes, soit dix fois plus que par le passé.
Photo : Birgitta Ohlsson, Ministre des Affaires européennes en Suède
Une égalité imparfaite
Certes, les mentalités changent en Suède, mais certaines restent bien ancrées. « La question du partage des taches à la maison est cruciale, » affirme Karolina Vrethem, cadre au Ministère de l’Intégration et l’Egalité des Sexes, « nous pouvons tout tenter, mais au bout du compte il faut des changements à la maison et cela relève de la sphère privée. » Dans un pays où femme de ménage et baby-sitter restent des gros mots (malgré des réductions d’impôts), et où les hommes ne prennent que 20% du congé parental, comment les femmes peuvent-elles mener de front carrière professionnelle et rôle de femme d’intérieur ?
Même des horaires aménagés (de nombreuses mères quittent le bureau vers 16 heures et emportent du travail avec elles) et des plannings adaptés (pas de réunions tardives) ne changent pas la donne. Les Suédoises gagnent environ 20% de moins que les Suédois, et se retrouvent très souvent à temps partiel (un tiers d’entre elles, contre 10% pour les hommes). « Si l’un des partenaires dans le couple doit rester à la maison, ce sera la femme, » concède Karolina Vrethem.
Du côté des créations d’entreprises, déjà peu nombreuses en Suède, les inégalités sont encore plus criantes. Seules 6% de femmes actives sont des entrepreneurs, contre 14% des hommes. Mais leur part augmente, notamment grâce aux politiques mises en place. Le gouvernement actuel mise ainsi sur l’exemplarité. « Nous voulons rendre les femmes entrepreneurs plus visibles, afin que dans l’imaginaire collectif, un créateur d’entreprise ne soit pas naturellement un homme, » explique Gunilla Thortensson, directrice de programme à l’Agence Suédoise pour la Croissance économique et régionale.
Et si l’on regarde au sommet des entreprises, le mythe suédois s’effondre. Quatre femmes seulement dirigent des entreprises, sur les 254 cotées à la Bourse de Stockholm. Et à peine plus de 20% de femmes dans les conseils d’administration des 500 plus grosses entreprises. Un plafond de glace que ce pays nordique ne parvient pas à percer. Alors, comment imposer des femmes au sommet des hiérarchies ? Des quotas dans les conseils d’administration sont-ils la clé ? Alors que la Norvège a franchi le pas (avec des résultats convaincants), que la France s’apprête à le faire, la Suède, elle, hésite.
Le débat : travailler ou diriger ?
En Suède, l’actuel gouvernement l’a clairement fait savoir : il est contre les quotas de femmes dans les conseils d’administration, lesquels relèvent uniquement des décisions privées. « Ce gouvernement préfère fonctionner avec des carottes qu’avec un bâton, » estime Karolina Vrethem, «il concentre donc ses efforts sur les carrières des femmes, sur les créations d’entreprises, et l’ouverture de certains secteurs d’activités aux femmes. »
Les forces politiques en présence mettent donc l’accent sur l’accès des femmes au marché de l’emploi, en les encourageant à travailler à temps plein. D’où cette proposition de « réduction d’impôts pendant le travail » autrement dit, plus on travaille, plus on obtient des aides fiscales. Autre idée, pour les mères travaillant en horaires décalés, une aide à la maison pour les enfants, coordonnée par les services de la crèche, et aux mêmes prix que pendant les horaires d’ouverture.
L’opposition, elle, veut imposer des quotas de femmes dans les conseils d’administration des grosses entreprises. « Cela concerne 500 femmes, certes, mais ce n’est pas un problème de riches : c’est une question de discrimination, » estime Claes Borgström, ancien Médiateur pour l’Egalité, et actuel porte-parole pour le Parti Social-Démocrate. Cet avocat, fervent défenseur de la parité, n’en démord pas : « si les femmes deviennent plus influentes, cela améliorera l’ensemble de notre société. »
Photo : Claes Borgström, porte-parole du Parti Social-Démocrate, fervent défenseur de la parité
En attendant, elles sont prêtes
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Elles sont 200 femmes, et elles n’attendent qu’une chose : faire partie d’un conseil d’administration ! Le projet gouvernemental « Styrelsekraft » est un programme national visant à former et rendre visibles des administratrices potentielles. Pour ce faire, un large casting a été organisé entre mars et juillet 2009. 1400 femmes se sont portées candidates.
Seules 200 ont été retenues par un jury professionnel. Celles-ci bénéficient d’un mentor qui les suit et les forme pendant un an. En juillet prochain, un annuaire les présentant sera publié, et les entreprises n’auront plus qu’à faire leur marché.
ALLER PLUS LOIN :
Parité: l'exemple de la Suède.

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Very interesting! Good to learn about how other European countries are legislating for the work/life balance, although unfortunately I can't see this model being adopted in the UK any time soon!
eh bien je suis rassurée tout n'est pas parfait en suède finalement. Masi j'aodre l'idée du casting de 200 femmes prêtes à se faire nommer dans les CA; idée à copier !
Je suis surprise d'apprendre que les crèches sont faciles d'accès et financièrement abordables en Suède. Une jeune mère Française vivant en Suède avec un Suédois m'avait expliqué que justement en raison des congés parentaux généreux, les structures de garde pour les petits enfants étaient quasiment inexistantes.
Bonjour Atalanta, en fait les enfants vont à la crèche plus tard, du fait des congés parentaux très longs. Les structures d'acceuil pour tout petits sont donc rares, et les nounous inabordables (et surtout cela ne se fait pas du tout de ne pas s'occuper de son enfant pendant sa première année).
Rassurant.
Les lois et les choses ne sont pas pareilles qu'en France il ne faut pas tout confondre et essayer de rivaliser, c'est un peu impossible car on a pas la même conception de l'éducation des enfants que là bas.
Je constate que l'égalité n'est pas encore une réalité au niveau des emplois!
Un mélange de mithe et de réalité, plutot, en fait, ça peut étre la définition de la vie, lol.