Insultes et noms d'oiseaux : retour sur une campagne haute en couleurs

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Publié le 26 avril 2012

Insultes et noms d'oiseaux : retour sur une campagne haute en couleurs

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Invectives, injures, grossièretés, moqueries : les insultes ont pavé la course à la présidentielle, les candidats n'hésitant pas à faire appel à la violence verbale pour tacler leurs adversaires. Retour en mots durs et formules chocs sur une campagne du premier tour au vocabulaire fleuri.


Cour de récré, caniveau, nauséabond : les adjectifs pour qualifier le niveau de la campagne n’ont pas manqué aux Français ces dernières semaines. Il faut dire que les petites phrases assassines et autres insultes manquant quelque peu d’élégance ont fleuri tout au long de la campagne sortant en mitraille de la bouche des candidats et de leurs représentants. Du  « fraise des bois » lâché par Laurent Fabius pour qualifier François Hollande et repris avec gourmandise par Nicolas Sarkozy, au « semi-démente » craché par Jean-Luc Mélenchon à l’encontre de Marine Le Pen, les politiques s’en sont donné à cœur joie durant les mois précédant le 22 avril. On était en effet par moments bien loin du vocabulaire policé et choisi que l’on peut attendre de la part de responsables et élus.

« Si je vous traite de sale con, ça va vous plaire ? »
Le 25 février, Henri Guaino, conseiller spécial du président Nicolas Sarkozy, laisse ainsi échapper un « sale con » à l’intention du socialiste Jérôme Guedj avec qui il débat. S’emportant en direct lors d'un débat télévisé, il tape sur la table et lui lance : « taisez-vous, c'est insupportable à la fin ! », avant de lâcher : « si je vous traite de sale con, ça va vous plaire ? »  la forme interrogative atténuant légèrement son propos. Un adjectif qui semble avoir par ailleurs son petit succès. François Bayrou, s’inspirant de Michel Audiard, s’exclame  ainsi  le 28 février « le déconomètre fonctionne à plein tube ! » à propos d’une réforme fiscale proposée par François Hollande. Dans le même registre, Dominique de Villepin, alors encore candidat à la présidentielle, se plaît à traiter Nicolas Sarkozy et François Hollande d'« attrape-couillons » avant d’ajouter : « ils vont à la pêche aux voix et prennent les Français pour des couillons ».

Dans la cour de récréation
Quelques jours plus tard, c’est du côté de l’extrême gauche que le vocabulaire se corse : lors d’un point presse, Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de Gauche, qualifie Marine Le Pen de « semi-démente ». Ce à quoi la candidate du Front National rétorquera le lendemain en assurant que Jean-Luc Mélenchon était hors caméra un homme « charmant », « presque un petit garçon », façon de montrer que tourner en dérision son adversaire est également une arme politique efficace. Cette image du petit garçon fut d’ailleurs récurrente durant la campagne. François Hollande commente ainsi les hésitations du président sortant lorsqu’il doit justifier son erreur du Fouquet’s en 2007 par un « il y a un côté petit garçon qui vient de dire qu’il ne retournerait plus la fois prochaine ». Un domaine infantilisant que l’on retrouve dans l’expression « cours de récréation » utilisée par le candidat socialiste pour qualifier le terrain sur lequel son rival de l’UMP voulait l’entraîner, mais également dans le « Babar » lancé par Luc Chatel à l’encontre de M. Hollande. « Il y a un personnage de bande dessinée qu'on connaît bien, qui s'appelle Babar. Babar, il est sympathique, c'est le roi des éléphants. C'est l'histoire qu'on raconte aux enfants pour les endormir le soir. Il y a Babar d'un côté. Moi je préfère Astérix, voyez. Astérix, c'est celui qui est courageux, celui qui est déterminé, celui qui est protecteur, celui qui sait prendre des décisions. Et puis Sarkozy, il gagne toujours en plus », racontait ainsi le ministre de l’Education nationale.

« Je ne sais pas à combien d’animaux j’ai été comparé ! »
Autre registre particulièrement apprécié des politiques : celui du vocabulaire animal. « Je savais en m’engageant dans cette campagne que je rencontrerai de la violence verbale. Je n’ai pas été surpris, mais la droite a été loin. Je ne sais pas à combien d’animaux j’ai été comparé ! » a ainsi déclaré François Hollande lors d’une interview accordée aux Inrocks. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il détient la palme de l’animal le plus composite, avec sa description de Mme Le Pen : « cette Madame Le Pen, qui n'a aucune espèce d'imagination, passe son temps à faire des emprunts forcés pour dire : je parle comme Mélenchon. "Voyez mes ailes, je suis un oiseau". Et de temps à autres, je suis xénophobe, "voyez mes pattes, je suis un rat". Cela nous fait une chauve-souris. »
Si la plupart des comparaisons peu flatteuses ou des insultes proférées le sont souvent dans un objectif de déstabilisation de l’adversaire, on flaire parfois l’énervement non-maîtrisé pointer sous certaines saillies. Il en est ainsi du fameux « je l’emmerde » lancé par Eva Joly à Corinne Lepage par caméras interposées. Alors qu’il reste quelques jours de campagne encore pour les deux derniers candidats en lice, il va sans dire que leurs mots seront scrutés à la loupe, et que les noms d’oiseaux prendront alors une signification toute particulière.

Crédit photo : AFP

 

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15 commentaires

ladymam - 26/04/12 13:06
et après on nous demande d 'apprendre la politesse et le respec a nos enfnats, bravo !!!
Laii - 26/04/12 15:01
Et ils veulent nous représenter..
country33 - 26/04/12 15:08
Je trouve déplorable et cette campagne a battu tous le srecords de manque d"e respect entre les candidats eux même.
mamaille - 26/04/12 16:55
C'est d'une imbécilité redoutable, ils ne se mettent pas à hauter de leur pays, on doit bien rire chez nos voisins
linelu7 - 26/04/12 20:36
que serait une élection sans gamineries? lol. il est vrai que la politique ressemble trop souvent à une cour de récréation . . . . . .
a.breau - 27/04/12 10:58
J'ai hâte d'assister au débat du 2 mai ! Je pense que sarkozy va être très agressif et Hollande zen, en vainqueur (comme Sarko vs. Royal au dernier débat)...
milk4491 - 27/04/12 11:22
bien drole... ils veulent jouer dans "la cour des grands" mais ne valent guère mieux que des enfants. Le pire dans l'histoire c'est qu'on est sensé leur faire confiance en ce qui concerne la gestion de toute un pays, et ne savent même pas se gérer eux même... pitoyable les politiques... ils ne se "chamaille" pas pour un avenir serein pour le peuple, mais à qui toucheras le pactole ... minable..
mamaille - 27/04/12 11:34
Bien vu Milk4491
exhine - 27/04/12 15:21
Heureusement que les spots télé dénigrant les adversaires sont interdits, ce serait encore plus ordurier sinon.
jeant - 27/04/12 15:44
Le candidat le plus grossier a été Mélenchon. Et même les femmes s'y sont mises: Eva Joly et son je t'emmerde...
milk4491 - 27/04/12 22:25
C'est "marketing d'insulter'' comme ça ils montrent leur coté monsieur et madame tout le monde, ils peuvent s'énerver.. et en vue du niveau d'éducation des gens.. ça doit plaire a une bonne majorité ( j'imagine bien la phrase '' bah lui/elle, au moins ne va pas par quatre chemins, elle/ il dit ce qu'il a dire, il/elle est franc(he) .. moi je trouve cela d'un ridicule ! et c'est déplorable..
miloue - 28/04/12 16:43
Ca résume bien l'esprit de cette campagne, les candidats n'ont fait que s'insulter
country33 - 30/04/12 13:42
Moi aussi je me demande comment les deux candidats vont se comporter pour ce face à face télévisuel, le débat promet d'être assez chaud. Je vais certaineme,nt regarder ça avec intérêt.
linelu7 - 30/04/12 22:37
ils vont être égaux à eux même à mon avis, pas de suspens. les tabloïds anglais se régalent à se moquer de nous, comme toujours . . . . .. . .
omaha - 01/05/12 11:56
je suis d'accord avec toi adèle, je suis persuadée que sarkozy va essayer de bouffer tout cru "le gentil hollande"
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