Femmes en politique : la conquête par les réseaux

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Publié le 2 mai 2011

Femmes en politique : la conquête par les réseaux

Femmes en politique : la conquête par les réseaux

6 juin 2000, Lydia Guirous a 15 ans, et en regardant le journal de 20 heures ce jour-là, elle imagine déjà la petite révolution qui va secouer l’Assemblée Nationale. C’est Claire Chazal qui présente, -tout un symbole- annonçant que désormais les partis politiques devront présenter autant de femmes que d’hommes aux élections municipales (dans les communes de plus de 3500 habitants), régionales, sénatoriales et européennes, et seront sanctionnés financièrement s’ils ne présentent pas 50% de femmes aux élections législatives.
Dix ans plus tard, elle regarde les costumes-cravates prendre place dans l’hémicycle : on compte moins de 20% de femmes parmi les députés, seulement 12,3% de conseillères générales, et plus de 90% des maires de communes de plus de 3500 habitants sont des hommes. Du haut de ses 25 ans, déjà endurcie et politiquement concernée, Lydia crée Future au féminin, un club politique non partisan, pour faire émerger des propositions en faveur de la promotion des femmes. Une forme de lobbying en vogue.
Photo : Lydia Guirous

Res Femina, la stratégie du vivier

Res Femina, la stratégie du vivier

Loin des combats de chiennes de garde, Sylvette Dionisi ne court pas après les quotas. Elue parisienne et cadre au sein du ministère de l’Economie, elle déplore le manque de vocations féminines en politique, et a décidé de s’attaquer au vivier. « L’engagement et l’intérêt pour la politique diminuent chez les jeunes filles, constate-t-elle. Nous avons quelques outils avec les lois sur la parité, mais s’il n’y a pas de génération en gestation, ils sont inutiles. » Elle relève que les femmes représentent seulement un tiers de l’effectif des partis, «étonnant, alors qu’elles ont un niveau d’éducation égal voire supérieur aux hommes. » C’est donc pour inciter les étudiantes à se lancer qu’elle a créé Res Femina en 2009. Un réseau de très jeunes femmes –dès 18 ans-, coachées, formées à la prise de parole et au débat politique pour la modique somme de 15 euros par an : « le but est de leur donner envie de s’engager et de les mettre en confiance car elles doutent beaucoup d’elles-mêmes », explique Sylvette Dionisi. Nulle exigence partisane dans la démarche, au contraire, les nouvelles adhérentes ne doivent pas être encartées, elles sont là pour prendre un premier élan : « après elles sont libres de choisir tel ou tel chemin et je les aiderai à passer les étapes ». La première promotion de Res Femina n’a pas manqué de faire émerger de jeunes talents, et certaines se voient déjà briguer une place sur une liste des municipales de 2014.
Photo : Sylvette Dionisi

Exister dans les partis

Exister dans les partis

Attablées dans un café en face de l’Assemblée Nationale, trois amies du groupe Femmes au Centre bavardent. Elles rient et se désolent en même temps de se sentir encore considérées comme des quotas au sein de leur parti. « Nous devons toujours fournir plus de travail que les hommes pour prouver que nous sommes légitimes », lance Sophie Auconie, députée européenne et présidente de Femmes au Centre. Ce courant féminin est né en 2009 au sein du Nouveau Centre, le parti d’Hervé Morin. « Inconsciemment, les hommes nous laissaient moins de place, nous étions cantonnées à des rôles accessoires », dit-elle, « mais depuis la création de ce réseau, nous avons su nous faire entendre et Hervé Morin s’est engagé sur les questions de parité. »
Le constat est général : dans les cercles politiques, la testostérone fait encore la loi, les hommes parlent plus que les femmes, et sont davantage consultés pour les questions de politique générale, « les femmes sont enfermées dans leur spécialisation et osent moins s’imposer », observe Catherine Morin-Desailly, sénatrice centriste de Seine-Maritime et vice-présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat.
Photo : Sophie Auconie

Héritières du courant G

Héritières du courant G

Au sein du parti radical, le groupe Vivent les femmes s’est créé en 1992, et l’Assemblée des femmes d’Yvette Roudy a vu le jour la même année. Face à des réseaux masculins solidement ancrés depuis plusieurs générations, issus des Grandes Ecoles ou de loges maçonniques, il a fallu créer des lieux et des moments pour que les femmes, elles aussi, se rencontrent. « C’est à la fin des années 70 que des femmes ont compris qu’elles devaient se regrouper en courants pour exister dans les partis », explique Réjane Sénac-Slawinski, politologue chargée de recherche au CNRS. « Elles devaient être en mesure de créer un rapport de force dans des partis structurés par les hommes pour les hommes et faire face à des codes sexistes. » Françoise Gaspard et Yvette Roudy ont ainsi été à l’origine du « Courant G », le premier « courant Femmes » du Parti Socialiste en 1978.
Si, depuis, la plupart des partis possèdent une « Commission femmes » au niveau national, ces questions restent difficiles à porter, et l’étiquette « féministe » inquiète toujours. Selon  Gaëlle Lenfant, la secrétaire nationale adjointe aux droits des femmes du PS, parti qui a adopté le féminisme dans sa déclaration de principe en 2007, « c’est surtout au niveau local et sur le terrain que les réseaux peuvent se ramifier pour devenir une force de soutien et de solidarité entre les femmes qui s’engagent en politique. »
Photo : Yvette Roudy

Féminisme « post-moderne »

Féminisme « post-moderne »

De « féminisme », il n’est plus question dans la plupart des réseaux politiques hors partis qui se créent depuis le début des années 2000. La présidente de Res Femina affirme que le « combat féministe » ne parle plus aux jeunes, et préfère se réclamer de la « couleur féminine » ou d’un « post-féminisme ». Pour Lydia Guirous, la fondatrice de Future au féminin, ce n’est pas parce qu’on s’attaque au sexisme et à la misogynie qu’on doit se poser en victimes : « beaucoup d’hommes nous soutiennent et je pense qu’aujourd’hui le féminisme doit se faire avec eux et sans agressivité. » Même diagnostic au sein du cercle Femmes, débat et société, qui fédère des femmes issues du Centre et de la Droite. Pour sa fondatrice, Sylviane Villaudière, il s’agit de proposer une vision féminine de la politique, parce que « les femmes ont des priorités et des méthodes différentes. Elles n’ont pas le même mode de vie que les hommes, leur rapport au temps, au pouvoir et à la vie quotidienne sont différents. » Un féminisme modéré donc, ambigu par certains aspects, mais qui a le mérite de ne pas marginaliser les femmes dans l’arène politique. Peut-être une stratégie gagnante pour se faire entendre avant  l’échéance cruciale de 2012.
Photo : Sylviane Villaudière

Forces de proposition pour 2012

Forces de proposition pour 2012

« Quel est le féminin de « candidat » ?
Réponse : – suppléante. »
Une blague parmi d’autres qui circule dans les couloirs de l’Assemblée. Pour inverser cette réalité, les clubs féminins militent à l’unanimité pour le respect de la loi électorale par les partis en 2012. Tous promettent cette fois-ci de présenter autant de femmes que d’hommes aux élections législatives qui auront lieu juste après la présidentielle. Au PS, on ambitionne même 50% d’élues.
Mais pour les formations qui choisiraient de payer une fois de plus les pénalités, les Femmes au Centre proposeront, dans leur manifeste pour 2012, de reverser cet argent à des associations de défense des femmes et de créer un fonds de financement pour la construction de crèches. Les modes de garde seront aussi abordés par le premier think tank féminin lancé il y a quelques jours par Lydia Guirous : « nous ne voulons pas rester à côté des débats pour ces élections, au-delà du constat, il faut faire des propositions. » Baptisé « Des femmes au service de l’Homme», le groupe de réflexion soumettra son « livre blanc » à tous les candidats.
Photo : Future au féminin

Le mode de scrutin en ligne de mire

Le mode de scrutin en ligne de mire

Dans leurs programmes respectifs, les courants et cercles féminins s’attaqueront presque de concert au cumul des mandats, et au scrutin uninominal. En vigueur pour les élections législatives, ce mode de scrutin constitue en effet un sérieux frein à l’investiture des femmes. Contrairement au scrutin de liste, il favorise les élus en place, ceux qui ont déjà une renommée, -donc une majorité d’hommes- et barre le passage à de nouvelles recrues. La réforme des collectivités territoriale n’a rien arrangé. Cette loi qui s’appliquera à partir de 2014 prévoit de regrouper l’élection des conseilleurs généraux et régionaux en un seul scrutin uninominal, entraînant la suppression de 6000 sièges éligibles.
Pour conquérir les postes très convoités de conseillers territoriaux, les femmes ont plus que jamais intérêt à tisser leur toile.
Photo : Future au féminin

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11 commentaires

votreop - 02/05/11 19:59
Eh oui... L'avenir, politique ou pas, passe maintenant par les réseaux sociaux, et c'est pas prêt de s'arréter!
dakota76 - 03/05/11 13:23
Les réseaux sociaux grandissent de plus en plus et facilitent les échanges dans tous les domaines.
omaha - 03/05/11 13:27
en effet les réseaux sociaux permettent à la politique de s'exterioriser un peu plus
country33 - 09/05/11 00:13
J'ai du mal à comprendre et à suivre certaines choses.
angelabeille - 04/07/11 15:48
oups j'avoue que j'ai déjà du mal a comprendre le monde politique alors si il pointe le bout de son nez sur les reseaux sociaux.. vive la manipulation
franmic64 - 13/01/12 23:01
Les politiques utilisent les réseaux sociaux sous des pseudos pour prendre la température suite à une réforme ou pour lire les déclaration des partis adverses!
country33 - 30/01/12 19:01
Il y en a de plus en plus qui veulent vraiment se retrouver aux premères loges et elels se battent comme des tigresses , enfin Mme Royale avait loupé sa première mais d'autres arrivent.
omaha - 31/01/12 15:30
je ne pense pas qu'utiliser les réseaux sociaux soient une fin en soi surtout pour les femmes qui se sont fait un nom en politique
country33 - 21/05/12 20:50
Il faut dire que c'est assez pratique pour créez des Buzz ou faire parler de soi mais attention à certains retours de batons.
country33 - 28/07/12 20:42
Quand on voit aintenant que certains partis se parlent et se répondent via les réseaux c'est franchement nul.
linelu7 - 05/08/12 21:29
un clic et hop ,, la politique est lancée , en meme temps les reseaux sociaux sont aussi fait pour communiquer
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