L'association Les Compagnons de la Nuit – La Moquette

L'association Les Compagnons de la Nuit – La Moquette
L'association Les Compagnons de la Nuit – La Moquette

Les compagnons de la nuit - La moquette, tout se passe dans une salle, la nuit. Un lieu d'échange, de lien social, pour tous les "gens un peu paumés" qui veulent partager un moment sympa.

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La nuit, tous les chats sont gris…


« La nuit, qu’est-ce qu’il y a d’ouvert pour les gens paumés ? », s’interroge Frédéric Signoret. « Les urgences, le commissariat, et quoi d’autre ? ». Pour le responsable des « Compagnons de la Nuit », le jour est réservé aux problèmes, on y règle ce qui va mal, on cherche un emploi, de la nourriture ou des soins. Le jour, c’est pour être performant et efficace, on n’a pas le temps pour parler de futilités.
La nuit, ce n’est pas mieux, mais c’est différent. On fait ce qu’on ne peut pas faire le jour : on lit, on dort, on parle, on se confie et on rêve. « Une bonne blague, vous ne la dites pas au bureau à 9h du matin, vous attendez d’être le soir, et vous la sortez à vos amis. »


A La Moquette, ça marche comme ça. C’est une salle où on se réunit le soir et le nuit, « pour rien ». On discute, on perd du temps. « On peut, c’est la nuit », dit Frédéric Signoret.
Et au fil des discussions, le lien social est là. Ateliers d’écriture, conférences-débats, rencontres avec des philosophes, des journalistes ou des sociologues, soirées littéraires, « la programmation de soirées, c’est un prétexte pour que les gens puissent exister dans un collectif ».

Beaucoup de personnes, de tous horizons, viennent aux soirées. Ça marche par le bouche à oreille. « Un lieu ouvert entre 21h et minuit, et où on ne vous demande rien, où vous n’avez pas à vous justifier, il n’y en a pas des masses », souligne Frédéric Signoret.


« La culture, c’est pas pour moi. »


Un soir, Patrick Declerck, philosophe et anthropologue, était invité. Il venait parler de son livre « Socrate dans la nuit », une réflexion sur la mort. Un monsieur a refusé d’assister à la conférence, car il pensait que la culture, ça n’était pas pour lui. Quelques minutes après le début de la rencontre, il a entendu des rires dans la salle.

Alors il y est allé. Il est intervenu quatre fois dans le débat, et a adoré. Il s’est rendu compte que la culture, ça le concernait aussi. Cette anecdote, Frédéric Signoret en est fier : « Là, on a gagné. On a changé l’image que ce monsieur avait de lui-même. » Un autre soir, les Compagnons de la Nuit ont organisé une soirée de dégustation, avec une œnologue, « car on peut traiter la question de l’alcool de façon valorisante. »


A La Moquette, on ne donne pas de nourriture, ni de médicaments. Les Compagnons travaillent en partenariat avec des associations, mais cherchent à combler un autre aspect des besoins humains : « exister comme étant un de plus, et pas par ses manques ». Grâce à la complicité qui se crée lors des échanges, les gens se rendent compte que SDF ou pas, on est bien dans le même monde.



Frédéric Signoret, responsable de l'association


Frédéric Signoret a repris le flambeau de Pedro Meca, le créateur des Compagnons de la Nuit. Pedro Meca a connu la misère, et a entrepris il y a bien longtemps, de rendre les relations sociales plus humaines. Le Cloître ouvre en 1975, rue Saint Jacques, bar quelque peu insolite. Il est financé par l’Etat, par la prévention spécialisée.

C’est un bar qui accueille tout le monde, des touristes aux étudiants errants, des SDF aux gens du quartier. C’est un bar comme les autres, sauf que les serveuses sont des assistantes sociales, le barman un travailleur social. Les relations se nouent entre les clients, peu importe leur condition sociale.


Le Cloître ferme en 1984. Le propriétaire du bar a changé, et n’a pas renouvelé le bail à l’association. En 1992, La Moquette nait. « Il était hors de question de désigner cet espace par un sigle, ou un mot qui ne veut rien dire, comme « la clairière », « le nid »… la moquette est synonyme d’intérieur mais évoque une station debout.

 On ne dort pas sur de la moquette », explique Frédéric Signoret. Les Compagnons de la Nuit poursuivent donc leur projet à La Moquette. C’est une salle au 15 rue Gay Lussac, dans le 5e arrondissement. « On ne voulait pas de nouveau un bar, Le Cloître avait montré ses limites ». C’est un lieu qu’on fréquente sans avoir à se justifier, à dire notre adresse, notre métier, notre salaire, etc.


Frédéric Signoret est contre le concept d’exclusion sociale : « ils sont peut être physiquement en dehors, mais même au plus profond de la détresse, quelqu’un reste quelqu’un. Il existe une représentation collective du « sous-quelqu’un » ou des « futurs quelqu’un » puisqu’on veut les réinsérer. » On parle des SDF avec de gros préjugés, « la preuve, on en parle au pluriel », dit-il. « Quand on vous met au pluriel, ce n’est pas pour vous arranger le portrait : les femmes, les juifs, les noirs… ».


Ainsi, les Compagnons de la Nuit parlent d’ADF (Avec Domicile Fixe). C’est aussi absurde que « SDF », qui est une désignation qui ne veut rien dire. « On identifie ces personnes par des manques, comme si c’était un ensemble informe, sans sexe, sans culture », précise Frédéric Signoret. « Avec La Moquette, on veut changer cette vision. »


 

Comment soutenir les Compagnons de la Nuit ?



« Bien sûr, on a besoin d’argent. Toutes les associations vous diront ça, on en a besoin pour boucler nos fins de mois. Mais ce qui nous tient le plus à cœur, c’est que les gens viennent passer une soirée à La Moquette », dit Frédéric Signoret.


Pour le responsable de l’association, « la solidarité peut se faire autrement. » Il propose que tous les citoyens portent plainte contre le maire de leur commune s’il ne respecte pas la loi SRU, qui impose la construction de 20% de logements sociaux.

« La ville paie une amende si le maire refuse de construire les logements sociaux, et bien sûr c’est avec l’argent du contribuable. Dans cette situation, il faut envoyer une lettre au maire, et lui dire de payer l’amende avec son argent, pas le nôtre. » En effet, le droit au logement opposable existe – la loi a été promulguée le 5 mars 2007, mais il n’y a pas de logements disponibles.


Enfin, Frédéric Signoret propose à tous ceux qui ne connaissent pas leur voisin de palier, et qui sont séparés de celui-ci par 5 cm de plâtre, de les inviter à boire l’apéritif. « Comme ça, ce sera plus facile pour parler à la personne qui dort dans la rue. »

La Moquette

15, Rue Gay Lussac
75005 Paris
Tél : 01 43 54 72 07
E-mail : lamoquette@compagnonsdelanuit.com

RER B : Luxembourg
Bus : 21, 27, 38, 82, 84, 89


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