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Repousser les limites du vieillissement

Par Adèle Bréau   -  Publié le 21 septembre 2009
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Aujourd’hui, les centenaires sont de plus en plus nombreuses et, surmotivées par des Sharon Stone à la cuisse ferme, les femmes quinquagénaires ont souvent l’air plus fraîches que leurs propres filles. A ce train-là, jusqu’où irons-nous ? La longévité a-t-elle des limites ? Enquête.

Objectif : vieillir mieux


Les hommes vivent en moyenne jusqu’à 78 ans. Quant aux femmes, elles atteignent le plus souvent sans encombre les 84 printemps. Les centenaires sont de plus en plus nombreuses et, surmotivées par des Sharon Stones à la cuisse ferme, les femmes de cinquante ans ont souvent l’air plus fraîches que leurs propres filles. Exit Mamie Nova préparant docilement des tartes dans ses casseroles en fonte. Les grand-mères d’aujourd’hui pètent le feu et déjeunent avec leurs propres mères entre deux séances de Pilates.

Le but n’est plus de retenir le temps pour ressembler à une vieille jeune fille. Non, notre objectif, c’est de bien vieillir. On l’aura compris, à part Demi Moore qui nie en bloc cette évidence, on vieillit, fatalement, depuis le jour de notre naissance. Et puis, comme le disait Simone de Beauvoir, avant-gardiste de la première heure, qui s’était déjà penchée sur la question à une époque où l’on brûlait sa jeunesse par les deux bouts : « Vieillir, c’est vivre, rien de plus ». On n’est plus dans l’utopie à  la Jane Fonda. En 2009, ce qu’on veut, c’est un vieillissement réussi !

Bougez, mangez… ?


Nous nous nourrissons mieux, c’est un fait. Mais dans quelle mesure les sacro-saints « 5 fruits et légumes par jour » imposés et l’adieu à la bavette-frites eighties influent-ils vraiment sur notre espérance de vie ? Les statistiques parlent d’elles-mêmes : les Crétois et les Japonais sont les peuples qui ont le plus de centenaires - dans l’île d’Okinawa, il y a 3 fois plus de centenaires qu’en France et… 80% de maladies cardio-vasculaires et de diabète en moins. Leur point commun ? Un régime alimentaire donné en exemple dans le monde entier. Poisson, légumes et huile d’olive pour les uns ; poisson, légumes et riz pour les autres. Itadakimasu* ! (*Bon appétit !)

Quid de l’exercice physique ? Nos grand-mères n’allaient pas à la salle de sport, elles ne se déhanchaient pas non plus devant les dvds de Cindy Crawford… S’en portaient-elles forcément plus mal ? Oui et non... Nous avons interrogé Olivier de Ladoucette, psychologue-gérontologue , spécialiste de la longévité : le sport joue-t-il vraiment un rôle dans notre longévité ou Churchill avait-il raison, lorsqu’il s’imposait comme seule hygiène de vie le célèbre « no sport » (notons qu’il vécut jusqu’à 90 ans…) ? Sa réponse est sans appel : « Le meilleur médicament, la meilleure stratégie anti-âge sur le marché, c’est l’exercice physique ! Le corps, si on ne s’en sert pas, il s’use. La sédentarité est un des premiers facteurs du risque du mauvais vieillissement. »
Pas de panique, il n’est pas forcément utile de vous précipiter chez Décathlon acheter haltères, bodys fluos et autres matériels de torture. La prescription idéale ? Une pratique régulière de la marche ou du footing, selon votre âge (une demi-heure par jour).

Le moral des méninges


En revanche, s’il y a bien un sport à la mode en ce moment, comme l’ont été l’aérobic, puis le step, puis les « zabdofessiers », puis le yoga, puis les pilates… en leurs temps, c’est bien le sport cérébral ! Siii ! Vous voyez, cette pub avec Nicole Kidman, la peau tendue comme un ballon, qui joue à la DS comme vos fils, alanguie sur son canapé, en calculant son âge mental.
Elle est l’illustration du nouveau dada des publicitaires et autres marketeurs : nous vendre des logiciels pour rajeunir notre esprit, muscler nos méninges, nous redonner une mémoire de bachelier. Sudokus, mots croisés, jeux de console… doivent-ils vraiment faire partie de notre cure de jouvence ? Il y a moins cher… Réponse de l’expert : « Il est indéniable que rester jeune a peu à voir avec le vieillissement physique mais plutôt avec l’importance de la vie mentale, et la stimulation des neurones – qui, contrairement à l’idée reçue, ne meurent pas fatalement depuis nos 25 ans jusqu’à plus soif. Il ne s’agit pas tant de faire des mots fléchés toute la journée que de garder une activité intellectuelle tournée vers l’extérieur, les autres : lire les journaux, regarder la télévision, aller au cinéma, lire des livres, écrire… ». Eh oui, on n’a pas forcément l’âge de ses artères !

Une femme entourée qui dort et qui travaille…


O. de Ladoucette est catégorique : « Les femmes vivent plus longtemps que les hommes ! » Ah bon ? Parce qu’on « travaille moins », c’est ça ? En tous cas, c’est ce qu’on nous a longtemps dit, pour justifier cette vérité scientifique. « C’est ridicule ! », nous rassure-t-il. En fait, c’est parce que nous sommes de bien meilleures élèves de la longévité. Historiquement, nous avons développé un meilleur système immunitaire car il nous a fallu lutter contre la barbarie qu’a longtemps été la grossesse. Survivre aux couches, c’était autre chose que d’aller pêcher avec ses copains ! Du coup, lorsque la mortalité a baissé, suite aux progrès de la médecine, nous avons conservé ce capital génétique immunitaire et cardio-vasculaire. Mais ça n’est pas tout. ..

La femme adopte également un comportement beaucoup plus adapté au bien-vieillir ; notamment en terme de sociabilité. Les femmes parlent plus, et créent des réseaux sociaux. Terrafemina serait-elle donc une cure de jouvence ? En quelque sorte. L’expert nous le confirme : « Lorsqu’un homme prend sa retraite, il perd les ¾ de ses copains, qu’il voyait souvent au bureau. Il n’est pas doué pour se faire des relations et se retrouve alors isolé. La femme, quant à elle, tisse des liens tout au long de sa vie. Et c’est un atout considérable, car on sait qu’en terme de longévité, l’isolement est un facteur majeur de mortalité et de morbidité ! »

Les femmes sont également beaucoup plus dans la prévention. Elles ne rechignent pas à aller chez le médecin, ne serait-ce que parce qu’elles prennent l’habitude d’aller chez le gynécologue tout au long de leur vie. Leurs homologues masculins attendent souvent le dernier moment pour consulter, « parce qu’un homme, ça ne pleure pas ». La pression sociale joue aussi un rôle, qui nous fait la morale depuis 20 ans dans les magazines féminins en nous ordonnant de rester sublimes alors que nos maris bedonnants tombent les minettes de l’âge de nos filles. Ha ha, nos efforts finiraient-ils par payer ? Indéniablement.

Miroir…


Oui mais quand même, pensez-vous… Si vieillir mieux, c’est avoir des amis, bien se nourrir, regarder « Secret Story » pour se tenir au courant et voir son médecin ponctuellement, quid de notre apparence ? Parce que, faire tout ça avec la tête de Sharon Stone, c’est quand même beaucoup plus motivant que parcheminée comme Jeanne Calment – paix à son âme.

Crèmes, chirurgie, peelings, DHEA, sevrage tabagique… Est-ce bien la peine de faire tous ces efforts ?
« Le tabac, c’est tabou, on en viendra tous à bout », rigolaient Les Inconnus. L’expert est d’accord : « La tolérance zéro est à appliquer au tabac, qui est un véritable poison ! Si vous voulez vivre vieux, ne fumez pas. 1 fumeur sur 2 meurt avant 65 ans ! » Ca fait froid dans le dos. Et quand on regarde les résultats des enquêtes menées par les laboratoires cosmétiques sur des jumelles (l’une fumant, l’autre pas) quant à leurs différences de peaux au bout de 20 ans, on jette immédiatement sa cigarette !

« La vague DHEA, elle est complètement retombée ! Quant à la chirurgie et autres crèmes, pourquoi pas, si cela permet de se sentir mieux dans sa peau. Après, il ne faut pas en abuser et, surtout, ne pas en attendre des miracles. ». Eh oui, la vérité est ailleurs… Un journal scientifique a relevé « 100 secrets de centenaires », parmi lesquels on trouve, en vrac, que l’on vit plus vieux si l’on vit en couple, si on a un chat, si on a plusieurs enfants, si on fait souvent l’amour…

Conclusion


On en revient toujours à la vieille question de l’inné et de l’acquis. Quelle est la part génétique et la part comportementale dans notre capacité à bien vieillir ? Quand on sait que 30 % seulement de la longévité est liée aux gènes et que le reste, ce sont les choix de vie qui en sont les garants, ça donne à réfléchir. Vous êtes trop jeune pour y penser ? Que nenni ! La vieillesse, c’est comme les vacances, plus c’est préparé tôt, mieux ça se passe !

Et puis, les progrès de la science nous font gagner chaque année 3 mois d’espérance de vie… Encore plus long que les vacances scolaires ! Alors, on s’y met tout de suite ! Aujourd’hui, sauf accident de parcours, on devrait vivre bien jusqu’à 90-95 ans. Les prothèses vont se multiplier (hanche, cœur…) et le temps de « survie », voire d’agonie, diminuer. Bref, on devrait vivre vieux, heureux et en bonne santé plus longtemps.

Alors, convaincue ?


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