« Facebook et vos enfants » : comment gérer leur identité virtuelle ?

« Facebook et vos enfants » : comment gérer leur identité virtuelle ?
Peut-on encore interdire Facebook à nos enfants ? Les trois quarts des ados possèdent un compte et y passent près d’une heure par jour. Le journaliste Jacques Henno publie le guide « Facebook et vos enfants : les 45 questions à se poser absolument » (éditions Télémaque), une bible bien utile pour les parents déconnectés de la génération LOL et mdr.

Terrafemina : En France, 75% des 13-17 ans ont un compte Facebook. Pourquoi un tel engouement ?

Jacques Henno : Facebook est un petit Internet à lui tout seul, qui rassemble tout : partage de photos, blog, conversations instantanées, vidéo-conférence, etc. Il remplace Picasa, Flickr, Msn Messenger et YouTube. C’est aussi une mode, les plus jeunes vont sur Facebook pour faire comme leurs grands frères, leurs grandes sœurs et leurs copains. Ils y vont donc au début pour imiter les autres et de fil en aiguille se retrouvent à raconter leur vie. Les adolescents ont envie de rencontrer d’autres personnes, de s’ouvrir pour sortir du cadre familial, mais à cet âge-là ils ont aussi des réticences à se montrer. Facebook leur permet de participer au mouvement sans s’impliquer physiquement. A tous ces critères s’ajoute la multiplication de téléphones mobiles connectés.

TF : Selon vous, Facebook a-t-il changé nos enfants ?

J. H. : Facebook n’a pas fondamentalement modifié leur perception du monde et des autres, mais cela a rajouté un niveau d’échange supplémentaire. Il y a peu de relations purement virtuelles, ils continuent de se voir dans la vraie vie et se côtoient même tous les jours. Ils se servent de Facebook pour dire les choses qu’on ne dit pas en face, et cela devient le lieu des règlements de compte écrits, des crêpages de chignon entre filles… Il est intéressant de constater que le pic de connexion se trouve entre 17 et 18h, lorsqu’ados et préados rentrent de l’école, ils vont sur Facebook pour rester en contact avec leurs amis, car ils sont bien souvent seuls à la maison pour faire leurs devoirs.

TF : Quelles sont les activités favorites des enfants sur Facebook ?

J. H. : Les jeunes adorent publier des photos, les sociologues les appellent « photos conversationnelles », car elles appellent à un retour de commentaires des copains. Ce commentaire tend néanmoins à se limiter à un clic sur le bouton « j’aime ». Ils aiment aussi créer des groupes de discussion invisibles où il n’y a aucune censure, c’est une des récentes innovations de Facebook.

TF : Les parents s’inquiètent-ils à tort ? Les jeunes ont-ils réellement des comportements dangereux ?

J. H. : Le danger serait qu’ils y passent trop de temps. La statistique connue est 48 minutes par jour pour un utilisateur actif. Personnellement je pense que pour les enfants c’est beaucoup plus. L’autre risque est qu’ils donnent trop d’’informations sur eux-mêmes, sans se rendre compte qu’ils offrent ces éléments aux autres et à Facebook. J’anime régulièrement des conférences dans les écoles, et je constate que les enfants n’ont pas conscience de l’outil marketing que représente Facebook, ils ne se rendent pas compte qu’ils sont les moteurs et récepteurs de publicités ciblées. Le troisième danger réside dans l’absence de distinction entre le domaine privé et le domaine public, les phénomènes de harcèlement qu’on voit dans les cours de récréation se poursuivent hors de l’école et à la vue de tous.

TF : Les parents doivent-ils s’inquiéter ou laisser faire ?

J. H. : Les parents sont un peu déphasés dans cette histoire, soit parce qu’ils ne connaissent pas Facebook, soit parce qu’ils l’utilisent eux-mêmes de façon raisonnée. Ils n’ont pas forcément conscience de la créativité des enfants sur les réseaux sociaux. Faut-il les laisser ouvrir un compte avant 13 ans ? Comment les en empêcher ? Pour ma part je pense que commencer avant 13 ans, c’est prendre de mauvaises habitudes sur le partage de sa vie privée. Néanmoins on ne peut pas nier que Facebook est un espace beaucoup plus sécurisé que les forums, et les pédophiles ou autres prédateurs y sont fliqués de façon efficace.

TF : Quels conseils majeurs donneriez-vous aux parents quant à l’utilisation de Facebook par leurs enfants ?

J. H. : Je préconise un « discours de prévention », qui reconnaît que Facebook représente un outil formidable de communication, mais qu’il est avant tout une entreprise commerciale qui cherche à utiliser nos données et donc à nous en faire dire toujours plus sur nous-mêmes. Et cela afin de vendre de la publicité toujours plus ciblée. Ensuite je conseille aux parents de « Googliser » régulièrement leur enfant, pour voir si des informations ou des photos ont filtré. Normalement le profil d’un mineur n’est pas accessible par Google. S’il l’est c’est qu’il faut revérifier les paramètres de confidentialité du compte. Cela peut sembler compliqué – et ça l’est de plus en plus-, tant Facebook a compliqué les choses depuis deux ans. La preuve : d’une brochure explicative je suis passé à un livre ! Enfin je leur dirais de se méfier des applications car elles absorbent des tas d’informations sur nous et nos amis.

Jacques Henno, « Facebook et vos enfants : les 45 questions à se poser absolument », éditions Télémaque, 13,50 €.

Crédit photo : iStockphoto

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