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La rédaction
- Publié le 19 janvier 2011
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ERS : Deux professionnels de l’éducation donnent leur avis
Pour ou contre les établissements de réinsertion scolaire ?
Bien qu’ils soient implantés dans des collèges dits calmes, les établissements de réinsertion scolaire sont, eux, destinés à des élèves perturbateurs. Scolarisés de la 5ème à la 3ème (13 à 16 ans), ces derniers ont souvent fait l’objet d’exclusions, sans pour autant relever ni de l’enseignement spécialisé ni d’un placement en milieu pénal.
C’est le président Nicolas Sarkozy qui a souhaité la création de ces structures, en mai 2010, alors que les violences dans les collèges et lycées se multipliaient. Dès la rentrée scolaire suivante, les premiers ERS ouvraient donc leurs portes.
Une mise en place jugée précipitée par les opposants à cette mesure, d’autant que très vite, des violences ont éclaté dans les établissements de Mayenne, de la Manche et de la banlieue niçoise. « Ne jetons pas ce formidable projet par rapport aux difficultés qu’on connaît depuis quelques jours », avait alors réagi le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel.
Et vous, êtes-vous pour ou contre les ERS ? Karim Aboudou, professeur technique à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et Thierry Cadart, secrétaire général du Sgen (Syndicats généraux de l'Education nationale)-CFDT, nous ont donné leur avis.
Pour… mais : Karim Aboudou, professeur technique à la PJJ
« Chacun a droit à l’éducation et surtout à une seconde chance. »
« Etant donnée ma profession, je ne peux que soutenir le principe des établissements de réinsertion scolaire, notamment pour l’opportunité qu’ils constituent pour les jeunes. J’estime en effet que chacun a droit à l’éducation et surtout, à une seconde chance. Peu importe les circonstances qui ont conduit un élève à décrocher du système éducatif, peu importe son passé, il doit avoir la possibilité de retrouver le chemin de l’école et de se réinsérer.
C’est une démarche qui peut vraiment être efficace et porter ses fruits si la problématique éducative de l’élève est sérieusement prise en compte. Bien sûr, il faut au préalable s’intéresser à son environnement familial, son lieu de vie, ses fréquentations, etc. En effet, on ne devient pas délinquant du jour au lendemain. Aussi, avant d’essayer de remettre un élève perturbateur dans le droit chemin en lui proposant un séjour de rupture, il est important de comprendre l’origine de son indiscipline. Sans faire de généralité, celle-ci commence bien souvent dans le cercle familial. Je m’en aperçois chaque jour avec les jeunes dont j’ai la responsabilité.
A l’opposé, les établissements de réinsertion ne doivent pas devenir une solution de facilité. Il ne s’agit pas de regrouper et d’exiler systématiquement tous les élèves difficiles, sans aucun travail préalable : cela n’aurait aucun intérêt ! Par ailleurs, il faut se méfier du risque de catégorisation. Il est parfois difficile, pour les bons élèves, de trouver une orientation lorsqu’ils sont issus de collèges ou lycées classés ZEP. Qu’en sera-t-il pour les jeunes d’ERS, quand bien même leur réinsertion serait un succès ? »
Contre : Thierry Cadart, secrétaire général du Sgen-CFDT
« Nous allons droit dans le mur ! »
« Nous sommes opposés à la manière dont la mesure concernant les établissements de réinsertion a été annoncée et instaurée. Les ERS ont été mis en place dans l’urgence avec peu de moyens, des équipes enseignantes mal préparées et en l’absence de tout projet pédagogique solide. D’ailleurs, les conséquences ne se sont pas fait attendre. Malheureusement, elles étaient prévisibles.
En effet, aux problèmes des quartiers sensibles, de l’échec scolaire ou encore de la difficulté croissante des enseignants à exercer leur métier, le gouvernement se contente d’une réponse de communication, qui n’est pas à la hauteur des enjeux, qui plus est. Aussi, s’il s’agit de son unique solution pour résoudre le problème du décrochage scolaire, nous allons droit dans le mur !
Et pour cause, ces établissements ne sont, ni plus ni moins qu’une campagne marketing. Exiler de jeunes délinquants à la campagne parce que leur environnement leur est néfaste ou parce qu’ils représentent une menace pour leurs proches n’a rien d’insolite. Ce sont des alternatives que la Protection de la jeunesse applique depuis de longues années, mais au cas par cas. Résoudre un problème en éliminant quelques fauteurs de troubles est un fantasme auquel notre gouvernement croit dur comme fer. A tort ! De même, croire que le comportement d’un individu peut se métamorphoser en un claquement de doigts, grâce à un simple changement d’environnement, relève de l’utopie. Cela demande un long travail en amont et en aval. Les miracles n’existent pas. »
Marie-Laure Makouke
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Le professeur est "pour..mais" ; son discours est positif, il parle avant tout des jeunes et met l'accent sur "l’opportunité que (cela) constituent pour les jeunes" ! Le syndicaliste est "contre" ; son discours est négatif, il parle avant tout des enseignants et met l'accent sur "la difficulté croissante des enseignants à exercer leur métier" !! Ces deux professionnels de l'éducation n'avaient certainement pas la même vocation en entrant dans l'éducation ;o(
Contrairement à Do, je ne vois pas d'opposition fondamentale entre les 2 opinions: Karim Aboudou souligne que "sans aucun travail préalable: cela (la création des ERS) n'aurait aucun intérêt" alors que Thierry Cadart constate que "les ERS ont été mis en place dans l'urgence avec peu de moyens". Connaissant bien la dégrédation de la situation dans l'Education Nationale en général et dans l'enseignement spécialisé en particulier, je ne peux qu'abonder dans le point de vue de Thierry Cadart.
Je suis assez d'accord avec Do madhyra. Le premier ne parle que des élèves, de ce que le dispositif peut leur apporter même s'il souligne qu'il ne doit pas être mis en place à l'aveuglette. Alors que le second ne parle quasiment que de politique, du gouvernement, etc... Je me reconnais davantage dans le discours de Mr Aboudou!
Intéressant, merci de cette article !