Cours de sexe : si on s'y mettait ?

Cours de sexe : si on s'y mettait ?
Ils sont monnaie courante aux États-Unis, inexistants en France, d’après notre experte sexo Sophie Bramly… Sommes-nous trop prudes pour importer les cours, stages et autres soirées spécial sexe dans nos contrées ?


Si l'on sait que les regards français et américains sur la sexualité divergent, on sait aussi à quel point les Américains influencent notre culture et comme, sur certains points, nous acceptons de nous laisser envahir par leurs habitudes.
Nous avons attendu que la série « Sex and the city » parle de vibromasseurs pour rendre visible ce marché jusque-là bien caché. Nous avons attendu « 50 nuances de Grey » pour parler de littérature érotique féminine, alors que la nôtre est pourtant si abondante et riche.

Il se pourrait bien que la prochaine tendance soit l'importation des cours de sexualité et la gestion des fantasmes féminins. Si ces derniers ont fait l'objet d'une série TV en France où il n'y avait rien à apprendre mais beaucoup pour rire (« Hard », sur Canal+ en 2008), aux États-Unis, comme au Canada, il existe de plus en plus de cours où la sexualité est enseignée aux femmes qui le désirent.

Qu'il s'agisse de cours de masturbation, de fellation, de bondage, de sodomie, de sexualité tantrique, etc., et que ce soit des stages, cours privés ou en groupe (Mama Gena, Deborah Sundahl, Babeland, Coco de Mer, New York Open Center ...), des formations en ligne (vixely.com), ou des clubs où les femmes se lâchent (Cake), toutes les nuances de rose sont incluses, des plus pâles et timides aux plus franchement émancipées. Quelle que soit la nuance, l'intention générale est à peu près toujours basée sur trois principes :

- faire que les femmes connaissent leur corps et reconnaissent leur jouissance,
- faire que les femmes prennent confiance en elles,
- et enfin, que leur sexualité épanouie leur permette de désirer plutôt que de vouloir être désirée
pour appliquer ensuite le principe dans toutes les sphères : privée, familiale et professionnelle.

Cette alliance du féminin et du féminisme qui permet à toutes ce fameux « empowerment » auquel les Américaines tiennent tant et que la langue française traduit si mal par les infantilisants « responsabilisation », ou « autonomisation ». Alors qu'en anglais le mot sous-entend presque que le pouvoir s'avale, s'ingurgite, et dynamise aussi facilement qu'une boisson énergétique ou un breuvage magique, en français, on est hélas loin du compte. Il faut imaginer la scène : admettons qu'il y ait, en France, des soirées comme celles de Cake, où les femmes visionnent des films porno, se racontent leurs fantasmes, se réjouissent de voir des hommes danser nus pour elles, où qu'il soit possible d'apprendre à se masturber, quelques femmes réunies autour d'un professeur, pour trouver par exemple son point G. Ce serait avant tout le résultat d'une véritable libération où le corps cesse d'être pensé et disséqué par les mots (nous, Français, avons des approches de la sexualité très cérébrales) pour être vécu d'une façon presque naturaliste, pour prendre chair, si je puis dire...

Attendons alors qu'un livre ou un film américain fasse un succès autour d'un de ces lieux, pour que cet « empowerment », s'il ne peut être dit avec force et vigueur dans notre langue, puisse au moins se vivre avec efficacité !

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