Sexualité conventionnelle ou hors normes : faut-il brider son désir ?

Sexualité conventionnelle ou hors normes : faut-il brider son désir ?
Les pratiques sexuelles dites hors normes sont souvent pointées du doigt, jugées immorales, déviantes, perverses. Mais qui fixe la norme ? Où sont les limites ? Faut-il faire taire ou écouter ses pulsions ? N’y a-t-il pas un risque à brider son désir ? Le point de vue de notre experte Sophie Bramly.


Il existe une forme de suspicion sur les pratiques sexuelles hors normes, comme des signes ostensibles de déviances potentiellement dangereuses. Pourtant, lorsque par exemple nous nous effrayons des pratiques du bondage, qui consistent à ficeler une personne comme un joli rôti, nous trouvons légitime, sur le plan affectif, de nous « attacher », de nous « lier » à une personne. Ce qui tendrait à prouver que nous serions tous concernés par l'ensemble des différents types de sexualité et que lorsque nous nous méfions d'une pratique nous compensons dans le langage ce que nous ne vivons pas dans les actes. Cela peut-il dire que des pratiques hors normes sont de fait aussi « naturelles » que celles qui sont normées par nos sociétés ?
On porte aisément un jugement moral négatif sur des sexualités hors normes au nom de la morale. Pourtant, lorsque cette dernière devient trop répressive elle peut entraîner ipso facto un besoin de transgression. Le désir bridé, ce qui n'a pas pu être vécu sexuellement peut revenir, sous une forme ou sous une autre, dans le champ social et peut, dans certains cas, se révéler explosif.
Certains exemples récents de l'histoire le prouvent. Le banquier Edouard Stern, se détendait en pratiquant le SM en dehors du mariage. Guillaume de Villiers, fils de Philippe, est soupçonné d’avoir forcé son frère Laurent à des actes de pénétrations sexuelles, de fellations, de sodomies. Le Vatican prône le célibat des prêtres, le vœu de chasteté, mais le déni de réalité s'accompagne de budgets conséquents pour gérer grossesses importunes et de nombreux cas de pédophilie, tandis que l'ancien pasteur méthodiste devenu président du Zimbabwé, Canaan Banana, sodomisait ses anciens collaborateurs ; tout comme l’ancien vice-Premier ministre de Malaisie, Anwar Ibrahim.  André Le Troquer,  Patrick Balkany, Dominique Ambiel, l'affaire Markovic qui touchait Alain Delon et Claude Pompidou... La liste est longue des paradoxes entre les idées que l'on défend publiquement, le comportement social affiché et des pulsions plus ou moins bien contrôlées.
On semble assister à des transferts comme dans un principe de vases communicants. En cherchant à contraindre l'Éros (le sien, celui des autres), en cherchant à gommer notre pulsion animale, on convertit une énergie positive en des séquences de frustration qui font ré-apparaître la pulsion sous d'autres formes, ailleurs, jusque dans des rapports de domination et soumission au bureau, quelques fois inversées dans le cadre familial, besoin de disciplines, etc.  
Comme si, au final, les pratiques dites extrêmes se révélaient être aussi normales que les normées, faisant ainsi que le hors norme n'est plus aussi hors norme qu'il en a l'air.
Les charges répressives ont été le moteur des conquêtes, de l’art, du développement de nos civilisations. L’historien Robert Muchembled parle lui de « l’autocontrôle individuel des pulsions, au prix de souffrances et de terreurs, mais pour le plus grand bénéfice de la collectivité ». Mais à trop vouloir contraindre, on risque aussi d’entraîner un débordement sur l'éradication et à trop vouloir ignorer l'incertitude on finit par l'augmenter, ce qui est profondément anxiogène.
Trouver le juste équilibre ? Pas facile. Mais s’autoriser à lâcher un peu la bride sur ce qu’il est convenable ou non de faire peut signifier un troc salvateur entre tensions et extases.
A méditer.

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