Le business de la libido

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Publié le 10 mai 2010

Les femmes à l’ère du sexe ludique

Les femmes à l’ère du sexe ludique

C’était il y a une dizaine d’années. Le Rabbit devenait le sex-toy le plus populaire grâce à la série Sex and the City, et le canard de Sonia Rykiel s’installait dans les vitrines des concept-stores les plus chics. Depuis, les grandes enseignes ont suivi, surfant sur la vague de la reconquête par les femmes de leur plaisir. « Par le design des objets et la création d’espaces softs et glamours on a su toucher les femmes qui avaient envie elles aussi de s’exprimer et d’explorer le sexe de façon ludique », commente Christian Foch, cofondateur de Chambre 69.com, boutique en ligne ouverte en 2004. Aujourd’hui on trouve des anneaux vibrants en grandes surfaces, des corners coquins au Printemps ou chez Sephora, et le télé-achat érotique a fait ses débuts sur M6 Boutique. Chambre 69.com a doublé son chiffre d’affaires en 2009, avec un panier moyen de 65 Euros, et une clientèle composée de 55% de femmes.

L’érotisme vintage


Love Shop, c’est une boutique où vous ne trouverez pas de DVD porno ni de poupée gonflable, pas de rideau rouge pour barrer l’entrée, pas de godemichets couleur chair : c’est le commerce du sexe à visage féminin. Quand on entre chez Yoba, rue du marché Saint-Honoré à Paris, l’un des pionniers du secteur, on se croirait dans une boutique de lingerie fine et vintage, agrémentée d’accessoires qui rappellent les cabarets des années 20, de nuisettes, nippies – bijoux pour les seins-, fouets et menottes en fourrure qui évoquent les grandes effeuilleuses et la « pole dance » - danse sensuelle autour d’une barre en fer - remis au goût du jour par Dita Von Teese. La marque Yoba est plus que lancée avec un chiffre d’affaires qui a bondi de 30% entre 2008 et 2009, « mais l’activité qui booste la croissance depuis 2 ans c’est la vente à domicile qui va représenter 75 % de notre chiffre d’affaires dans les deux prochaines  années », remarque Serge Victoria, directeur de la marque. 

« Le sex-toy est devenu un prétexte »


Christian Foch, de Chambre 69 confirme : « On est loin du Royaume-Uni par exemple, où il y a déjà 250 love shops ayant pignon sur rue ; à Paris on les compte sur les doigts d’une main. » C’est en banlieue parisienne et en province que tout se passe : les ventes « Tupper-sexe » cartonnent. Ces petites réunions privées où une animatrice vient proposer des huiles de massage, des cartes à jouer coquines et des godemichets de toutes tailles ne désemplissent pas, mais changent peu à peu de visage. «La moyenne d’âge a évolué des 20-35 aux 30-60 ans, explique Ava Oiknin, formatrice et responsable du réseau de 350 démonstratrices à domicile Yoba, « ce sont des femmes sûres de leur féminité, qui s’amusent dans ces soirées au point d’en organiser trois en moyenne par an chez elles, et n’hésitent pas à dépenser 80 Euros pour pimenter leur vie sexuelle. » Ava note aussi  que le sex-toy, chouchou de ces réunions il y a 5 ans, n’est plus qu’un produit d’appel : « C’est devenu un prétexte, les femmes achètent davantage de lingerie et de cosmétiques érotiques : les huiles de massage, les gels et les bougies à étaler sur le corps sont des produits rassurants et doux. Elles veulent des objets qui les mettent en contexte sans brusquer leur partenaire. » En effet  les Français, comparés aux Anglais et aux Scandinaves, sont assez peu amateurs de sex-toys ; selon une enquête TNS Sofres réalisée en Avril 2009*, 78% d’entre eux n’ont jamais utilisé d’accessoires ou de gadgets sexuels, et seulement 14% des Françaises ont déjà essayé.

Plus farouches ou plus pudiques ? Les Françaises cherchent surtout à améliorer la vie sexuelle de leur couple en apprenant à se connaître, quitte à se cultiver par les livres et entamer un vrai travail sur elles-mêmes.

* Enquête TNS Sofres pour le Nouvel Observateur et RTL. « La sexualité des Français ». Avril 2009.

L’âge d’or de la sexologie

L’âge d’or de la sexologie

Paré de toutes les vertusdéstressant, apaisant, euphorisant…-, le sexe s’est invité sur le terrain médical. La sexologie, littéralement la science qui étudie la sexualité et ses troubles, est née avec la contraception. Une discipline très jeune donc, résultat de la reconnaissance du sexe comme un élément de la santé physique. « Avant les années 80, on pensait que tout était dans la tête, explique le professeur André Corman, président du Syndicat national des sexologues. Désormais on sait par exemple que le diabète chez une femme entrave sa sexualité, et qu’on peut traiter ce problème médicalement. » La parole, les thérapies comportementales et cognitives, mais aussi les patchs de testostérone et les traitements hormonaux, entrent dans les prescriptions de ces médecins du sexe.

Les gynécos, premiers confidents de ces dames

On compte à peu près 900 sexologues diplômés en France, environ 70% ont fait médecine et ont choisi de compléter leur formation avec ce nouveau domaine. Car bien souvent, ce sont les gynécologues, voire les généralistes qui s’y collent. « Quand j’ai fait mon internat, dans les années 80, j’étais l’une des seules à passer le diplôme de sexologie, raconte le Dr Christine Vahdat, gynécologue à Paris. La demande des patientes est devenue telle que les inscriptions au diplôme augmentent considérablement. » Médecin de l’intimité de la femme, le gynécologue écoute et peut prescrire des médicaments pour améliorer le désir sexuel, « Sur une journée de consultation, une patiente sur trois vient pour un problème lié à sa sexualité. La plupart du temps je fais le diagnostic et la réoriente vers un psychologue ou un médecin spécialisé. De toutes les façons pour les femmes il n’y a presque pas de médicament, à part la sexothérapie. »

Le sexe, ça s’apprend

Quand on n’en parle pas sur un divan ou dans un cabinet médical, on peut toujours se jeter sur la multitude de livres offrant de remédier aux troubles du désir ou les petits guides pour raviver la « flamme ». Selon André Corman, rien de plus normal que de chercher à s’éduquer un peu, sur un sujet si mal connu : « Contrairement à ce qu’on croit, la nature ne nous donne que les outils. L’érotisme est un phénomène culturel, qui dépend du passé, des expériences de chacun, et de l’environnement dans lequel on baigne. Nous sommes tous conditionnés émotionnellement, et beaucoup de femmes n’ont pas été assez informées pour se construire une vie sexuelle épanouie. » C’est ainsi que dans les rayons développement personnel et psychologie on trouve de plus en plus de titres tels que Pourquoi je ne veux plus faire l’amour avec l’homme que j’aime ? ou  Jouir et vieillir sans rougir (éditions Bérangel).
C’est bien la notion de « santé sexuelle » qui gagne du terrain, une quête du bien-être par l’épanouissement au lit. Alors comme pour maigrir, bronzer ou rajeunir, on cherche la pilule miracle.

La quête du Viagra féminin

La quête du Viagra féminin

C’est le succès pharmaceutique du début du siècle. En dix ans, le Viagra a aidé 35 millions d’hommes, et rapporté près de deux milliards de dollars. Le Sildénafil -du nom de sa molécule-, a relancé l’intérêt des chercheurs pour la sexualité. Jacques Buvat, endocrinologue et vice-président de la société de médecine sexuelle, s’intéresse de près aux avancées dans ce domaine : « Quand le Viagra est sorti c’était une vraie révolution, car les médecins n’avaient pas vraiment de traitements efficaces. Les laboratoires, toujours en quête de marchés, se sont mis à financer des recherches pour aider les femmes aussi. » On teste même le Viagra sur les femmes, « puisque les problèmes de congestion des vaisseaux sont communs aux deux sexes, » explique Jacques Buvat. Mais les scientifiques constatent rapidement que le processus très psychologique du désir féminin est autrement plus complexe que la mécanique érectile de l’homme.

La flibansérine, philtre de désir ?

L’espoir pointe son nez en 2009, grâce au groupe pharmaceutique Boeringer-Ingelheim, qui planche sur un produit auparavant utilisé pour soigner la dépression. Se révélant peu efficace pour cette pathologie, la molécule appelée Flibansérine agirait au niveau du cerveau, sur les récepteurs de sérotonine, un neurotransmetteur très actif dans les comportements sexuels. Selon Jacques Buvat, endocrinologue, cette molécule représente « une vraie nouveauté pour les femmes non ménopausées souffrant de dysfonction sexuelle – affectées par un manque de désir. Les résultats sont encourageants et le médicament est en phase finale d’examen par les autorités médicales. »

Mais de nombreux médecins restent sceptiques. On craint le zèle des laboratoires pour toucher un marché juteux, et la banalisation d’un discours qui met la pression sur les femmes, plus qu’il ne les rassure. « Selon moi il faut veiller à ne pas tomber dans le mercantilisme, remarque le Dr Vahdat. Chez les femmes les starters du plaisir sont multiples, une seule pilule ne saurait les accorder. Le plus important demeure la capacité à fantasmer. »

On peut toujours se reporter sans danger sur les pilules à bases de plantes aphrodisiaques. Seul l’effet Placebo a été reconnu pour ces bonbons magiques ; mais c’est un bon début…

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12 commentaires

Erica35 - 10/05/10 10:20
je pense que tout devient commercialisable, on ne prend pas nos avis en compte, on propose et ensuite on nous demande notre avis. Tout cela n'aurait pas été créé, il n'y aurait que peu de demandes, mais comme nous vivons un monde de consommation ...
singierlulu - 10/05/10 10:35
chacun son truc mais ce n'est pas pour moi en tout cas. je ne suis pas interessé par ce type de choses mais ce devient chose courante pour les jeunes apparemment !!!!
Pascalcomédia - 10/05/10 11:14
Oui pour pimenter ponctuellement le plaisir à deux, mais c'est vrai que tout est trop facilement prétexte à commerce. Quand aux médicaments, n'oublions pas qu'un médicament ne doit être pris quand cas de problème sérieux et non pour un oui ou un nom. Le dialogue et l'évasion est le meilleur remède pour la libido.
SUCRE - 10/05/10 13:04
Je pense que lorsque l'on trouve le bon partenaire, on se découvre sous un autre jour et l'on peut atteindre le nirvana avec ou sans artifices.
ysabella - 10/05/10 23:14
Les troubles du désir sont avant tout psychologiques; les causes sont multiples et il parait nécessaire de soigner son esprit afin que le corps aille mieux...Lorsque l'harmonie corps-esprit a repris sa place, il est aisé de retrouver ou (trouver) une sexualité épanouie sans tabou, sans crainte et surtout en communiquant avec un partenaire attentif , ceci afin d'offrir et recevoir le ou plutôt les plaisirs de l'amour, tout naturellement
cécel79 - 12/05/10 15:24
Je doute que le sex toy règle un souci de libido! Les sex toys sont bien pour pimenté une vie de couple qui peut nous paraître un trop rangée mais si'il y a un souci de libido come celà a déjà été dit mieux vaut savoir ce qui se passe dans l'esprit car on le sait nous les filles on est quand même compliquées ;-)
dakota76 - 11/06/11 08:38
C'est certain que c'est un domaine en pleine expansion et évolution, moins de tabous donc le marché est plus porteur, et puis ça pimente un peu plus la vie de couple.
jordane6 - 10/10/11 17:07
Mieux que les sex toys je trouve : "Mars et Vénus sous la couette" est un livre extra pour que le désir dans le couple ne s'éteigne jamais...
paulhan2night - 07/01/12 03:37
C'est un domaine très à la mode en ce moment, les ventes à domicile prolifèrent
linelu7 - 31/01/12 20:11
le viagra féminin ? drôle d'idée . je n'en ai pas besoin et n'y aurai sans doute jamais recours. . . .. .. . . . . . . .
rosemary - 21/04/13 23:32
Bizard cela, enfin pour moi, ce n'est pas les gadgets qui font que ça va mieux le faire, je pense même que c'est le contraire, alors avec moi ils feraient faillite. hi hi hi
country33 - 28/10/13 22:09
Je en comprendrais jamlais le sfemmes qui s eplaignent d eleur mari et qui ne font rien pour que celui ci les regardent , elels sont mariées et ça leur suffit.

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