Infobésité : le nouveau syndrome des salariés connectés

Infobésité : le nouveau syndrome des salariés connectés
Infobésité : le nouveau syndrome des salariés connectés
Un nouveau syndrome 2.0 a fait son apparition sur la Toile : l'infobésité. Un néologisme contraction d'une pathologie, l'obésité, et d'un objet pourtant non quantifiable, l'information. En somme, à force de trop en consommer, nous risquerions l'overdose. Explications.
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L'infobésité pourrait être la nouvelle maladie des salariés connectés. L'idée ? La surcharge pondérale dans ce cas, n'est faite que d'informations. Un flux continu reçu par les salariés – le plus souvent par mail - et qui conduit à un sentiment de frustration et/ou d'impuissance. En France, 75% des cadres l'ont un jour ressenti : face à 20 ou à 300 mails, peu importe, cette overdose a perturbé leur activité. Une pathologie qui n'est donc pas selon l'auteure de ce mot-valise, Caroline Sauvajol-Rialland, maître de conférences à Sciences Po Paris, sans conséquence pour les salariés : « C'est un facteur de stress important. Avant l'existence du mail, personne ne pouvait vous reprocher de ne pas être au courant d'une information diffusée pendant que vous n'étiez pas au bureau. Aujourd'hui, si, et ce n'est pas non plus sans conséquence sur la vie privée. Au bout du stress, il y a le burn out et ses fameux risques psychosociaux, un terme qui, d'ailleurs, n'existait pas il y a encore cinq ans. » Pire, une nouvelle pathologie de l'intelligence serait même apparue : le déficit d'attention, qui jusque-là ne concernait que les enfants. « Aux Etats-Unis, où un médecin traitant peut délivrer le médicament qui traite ce problème, les prescriptions ont explosé de 250% en dix ans ».

« Nous ne faisons plus la différence entre l'urgent et l'important »

Et si les conséquences sont dramatiques pour les salariés, elles le sont aussi pour les entreprises, qui deviennent alors moins productives : « Non seulement parce que nos boîtes mails sont chronophages, résume Caroline Sauvajol-Rialland, mais aussi parce que le temps de travail effectif est doublé lorsque nous sommes interrompus régulièrement. » Mais ce n'est pas tout. Comment prendre une décision quand de nouvelles informations arrivent en permanence ? Et surtout comment réfléchir, innover sans « temps de cerveau disponible » ? « On cherche à répondre à tout, tout le temps parce que nous ne faisons plus la différence entre l'urgent et l'important. Les entreprises sont dans un management réactif, voire "panique". »

Mais alors comment lutter contre cette pandémie ? Pour l'universitaire, il existe plusieurs solutions. D'une part, celles d'ordre technologique : « des filtres intelligents pour que chaque métier reçoive uniquement les informations qui le concerne, mais aussi les formations aux outils web pour que les différentes générations de salariés ne soient pas en décalage dans leur gestion des mails au quotidien ». Et d'autre part, celles d'ordre organisationnel : « Au lieu de faire une newsletter et un magazine d'entreprise, d'utiliser le mail et Skype, les entreprises ne devraient proposer qu'un seul de ces moyens de communication ou préciser à ses employés à quel moment l'un ou l'autre peut être utile. Enfin, la direction doit imposer des horaires et des jours pendant lesquels il n'est pas possible d'envoyer un mail à ses collègues. Car si cette règle ne vient pas de la hiérarchie, il y a très peu de chances pour qu'elle soit respectée. »

Petit manuel de survie à l'usage du salarié souffrant d'infobésité

Faites du tri : Repérez les interlocuteurs importants et faites-les apparaître dans une couleur, afin de définir des priorités.
Travaillez en mode déconnecté : choisissez trois moments de la journée pour consulter vos mails.
Faites des dossiers : les mails où nous sommes en copie n'attendent pas de réponse, ils ne sont là que pour information. Faites-les donc arriver dans une boîte que vous ouvrirez, si vous avez le temps, le soir avant de partir.
Travaillez sur l'objet de votre mail : n'y mettez que le message essentiel et le niveau de priorité, en espérant que vos collègues fassent de même.

A lire : « Infobésité : état des lieux et solutions » de Caroline Sauvajol-Rialland (à paraître en janvier 2013 aux éditions Vuibert)

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