Santé Service : un tétraplégique dénonce des conditions de vie inhumaines

Santé Service : un tétraplégique dénonce des conditions de vie inhumaines
Santé Service : un tétraplégique dénonce des conditions de vie inhumaines
Dans cette photo : Eric Besson
C’est un récit bouleversant que nous livre Louis van Proosdij Duport. Cet homme d’affaires, qui a créé son entreprise à l’âge de 20 ans, est tétraplégique depuis l’âge de 16 ans. Mais alors qu’il vivait jusque-là une vie « normale », qui le satisfaisait, le programme « Santé Service » a changé son mode de fonctionnement, un mode de fonctionnement inhumain que Louis nous explique sur son blog.
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Dans son long billet, Louis Van Proosdij nous raconte son quotidien depuis deux semaines, depuis que l’organisme « Santé Service », qui accompagne les handicapés, a modifié le protocole de soins prodigués aux patients.

Avant cette période, Louis possédait une certaine autonomie de ses mouvements, qui lui assurait une dignité. « Mon handicap n’existe que 2h par jour. 30 minutes le soir où j’ai besoin de l’aide d’un tiers pour me coucher, 1h ou 1h30 le matin pour qu’on me lève, douche, habille, et assoie au fauteuil (…) J’ai une voiture aménagée que je conduis et qui m’offre une totale autonomie dans mes déplacements quotidiens », déclare-t-il.

Seulement voilà, sa vie a radicalement changé il y a deux semaines. Un protocole de soins bien particulier a été décidé par « Santé Service », que le jeune homme nous livre : une seule douche par semaine, une toilette au lit avec cuvette et gant de toilette, un lit médicalisé, une tablette roulante d’hôpital, une heure de coucher à 21h et un lever à 10h.

Un changement radical pour cet homme d’ordinaire actif et dynamique. Sa plus grande douleur est sans doute la règle la plus aberrante imposée par Santé Service : l’obligation de n’avoir qu’une seule douche par semaine. « À l’heure à laquelle j’écris ces lignes, le 13 juin 2011, ma dernière douche date du mercredi 8 juin, je suis au 5e jour sans douche, et la prochaine est programmée vendredi 17 juin. J’ai les cheveux et le cuir chevelu dans un état indécent, collés, gras, et malodorants. Mon corps sent un désagréable mélange de savon et de sueur, ça me démange et me pique, je me sens mal, sale et très inconfortable » explique-t-il.

De plus, la douche était un moment privilégié pour cet homme qui oubliait, le temps d’un instant, son handicap : « Depuis 25 ans, la douche quotidienne me mets en paix avec mon corps, me procure le bien-être qui, associé à un habillage impeccable, me donnent confiance en moi pour dérouler des journées chargées où mon handicap disparaît pour laisser place à l’homme en marche ».

Désormais réduite à une par semaine, cette douche ne permet pas à Louis Van Proosdij Duport d’être entièrement propre, au grand désespoir de son entourage : « Tout mon entourage est scandalisé, me voyant ainsi négligé, les cheveux indécemment sales, alors que j’ai toujours été impeccable. Les gardiens de la résidence, les voisins de l’immeuble, les commerçants de mon quartier, tout le monde m’a demandé ce qu’il m’arrivait, si j’étais tombé malade ».

Mais ce n’est pas tout. L’organisme lui a également imposé la toilette au lit, qu’il décrit comme un moment « désagréable et inconfortable ». Un pas vers la dépendance que l’homme de 43 ans ne supporte plus. Alors que la douche ne nécessitait qu’une seule personne à son service et était plus rapide, la toilette au lit est beaucoup plus fastidieuse autant pour lui que pour les infirmières.

S’ajoute à cela le lit médicalisé, qui remplace « Mon confortable lit », comme le déclare Louis Van Proosdij Duport. « J’avais un lit double de 160, électrique, matelas jointifs, permettent de surélever individuellement du côté gauche ou droit le buste ou les jambes, accessoire précieux pour le confort du couple face au handicap ».

Ce lit, qui lui permettait d’améliorer sa condition, a été remplacé par un lit médicalisé « Plus petit (140cm), d’un seul tenant, donc sans possibilité de relever le dossier individuellement, et qui ne me permet plus de relever les jambes électriquement alors que c’est de temps en temps nécessaire pour soulager les jambes enflées d’un gaillard de 1m90 ».

En plus de ne pas être pratique, ce nouveau lit n’est pas confortable pour le jeune homme qui compare son matelas à un « tatami de judo ». Une autonomie qui disparait mais aussi une vie sociale : l’organisme « Santé Service » lui impose de se coucher à 22h maximum et de se lever à l’heure où arrivent les infirmières, c’est-à-dire 8h voire 9h du matin. Une grasse matinée qui pourrait paraitre idéale pour certains mais pas pour cet homme qui se couche trop tôt et qui est allongé sur un lit inconfortable.

Ce mode de vie est clairement une atteinte à la dignité humaine pour cet homme d’affaires qui ne peut plus veiller tard le soir, qui n’est plus présentable lors des réunions du fait de sa douche unique par semaine et qui se voit devenir dépendant, alors qu’il a passé 25 ans de sa vie dans des conditions meilleures que maintenant.

Sur son compte Twitter, le ministre chargé de l’industrie Eric Besson a déclaré : « Je demande à mon cabinet de le recevoir vite. Je vais essayer de l'aider ».

Sur le réseau social, les messages de soutien se multiplient pour cet homme qui a souhaité témoigner malgré sa condition de vie actuelle. « L’Homme a une dignité propre et donc des droits inaliénables pour rendre possible la vie en société, #lvp (hashtag twitter) nous le rappelle à nouveau », déclare un internaute.

Espérons que le courage de cet homme de nous décrire l’enfer dans lequel il vit lui permettra d’éveiller les consciences et d’améliorer la condition de vie des handicapés de France.

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