Coup de projecteur en région : sur la route avec le MoDem

Coup de projecteur en région : sur la route avec le MoDem
Coup de projecteur en région : sur la route avec le MoDem
Dans cette photo : François Bayrou
Parce que la campagne se joue aussi en région, notre série de reportages s’est arrêtée cette semaine à Tourcoing auprès de la Fédération du Nord du MoDem. Alors que François Bayrou est à la peine dans les sondages, rencontre avec une trentaine de militants et responsables locaux du parti réunis dans un car à destination de Paris. Objectif : remobiliser les foules lors d’un grand meeting de rassemblement du MoDem, à moins d’un mois du premier tour.
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Il est 10h devant la gare de Tourcoing (Nord), les militants entrent au compte-goutte dans le car qui les attend sur la place vide en ce dimanche matin. Un passant s’arrête en chemin, regarde les tracts et affiches du candidat du Modem, avant de demander : « il n’est ni à droite ni à gauche, c’est bien ça ? » Frédéric Lefebvre, délégué départemental, lui répond : « c’est bien ça, il est devant ». Et quand le passant lui demande le programme de François Bayrou, M. Lefebvre assène tel un laïus « produire en France et instruire », en lui tendant un tract. Le passant repart avec un fascicule reprenant les propositions du leader centriste à la main. Sourire du délégué départemental.

« Le phénomène Bayrou n’est plus assez vendeur »

Dans quelques heures, François Bayrou tiendra son premier meeting à Paris, au Zénith, destiné à relancer sa campagne. Alors que le candidat du MoDem se fait distancer dans les sondages par les favoris François Hollande et Nicolas Sarkozy, et que Jean-Luc Mélenchon vient de se hisser à la troisième place de la course à la présidentielle, les militants misent beaucoup sur ce grand rassemblement. Ils sont 35 ce matin à avoir répondu à l’appel de la Fédération du Nord pour se rendre à Paris en car. « C’est important de montrer notre soutien, mais également d’entendre ce que François Bayrou a à proposer », explique Odile, 52 ans, militante. Assise à l’avant du car qui vient de démarrer, cette journaliste spécialisée dans l’enfance est venue accompagnée d’une de ses collègues, pour lui « montrer ». L’ambiance est bon enfant et tous commentent la semaine de campagne qui vient de s’écouler : Marine Le Pen et ses propositions « nauséabondes et haineuses » ou la percée dans les sondages de Jean-Luc Mélenchon qui selon un militant « a mené un bon coup en continuant sa campagne » juste après les événements de Toulouse et Montauban. Mélenchon, une menace pour Bayrou ? « Il y a une vraie différence par rapport à la campagne de 2007 », analyse Odile. « Il y a 5 ans la nouveauté c’était Bayrou, cette année c’est Mélenchon. Les médias ne sont pas fidèles : le phénomène Bayrou n’est plus médiatique, il n’est plus assez vendeur », regrette-t-elle.

Le candidat du « bon sens »

A côté d’elle, Philippe, retraité âgé de 60 ans, ne voit pourtant pas que des choses négatives dans les propositions du leader du Front de Gauche : « nous sommes très proches des communistes, car ils travaillent pour l’humain, et non pour l’exclusion ou l’argent, nous avons les mêmes valeurs humanistes », affirme-t-il. L’humanisme est un mot qui revient souvent à la bouche des militants et représentants du MoDem réunis dans ce car. Ainsi Christophe Calonne, responsable de l’Alliance centriste à Tourcoing, vante le « projet politique humaniste » des centristes mais également son « réalisme ». Selon ce commerçant et chef d’entreprise de 45 ans, François Bayrou est le candidat « du bon sens ». « Reste qu’il faut réussir à convaincre les Français que le bon sens doit être appliqué, et aujourd’hui la vraie difficulté est qu’un programme de vérité a du mal à faire rêver », soupire-t-il en estimant que les électeurs ont tendance à être soit dans le « protestataire », soit à écouter et voter pour les rêves « qu’on leur fait miroiter en sachant pertinemment qu’ils ne seront pas réalisés ». « Les gens votent avec leurs émotions et non leur raison », déplore-t-il.

Convaincre les électeurs de ne pas tomber dans les extrêmes

Raison de plus pour Frédéric Lefebvre, 41 ans, élu délégué départemental du Nord, de mener la campagne sur le terrain pour convaincre les électeurs de ne pas tomber dans les extrêmes avec un vote pour Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen. Le responsable est chargé de l’animation de la campagne sur son territoire et a décidé de l’articuler autour de réunions hebdomadaires qui réunissent les militants, et de nombreuses missions de porte-à-porte et de tractage pour faire entendre la parole de son candidat. Alors que la région est dans l’escarcelle du PS - région, départements du Nord et du Pas-de-Calais, villes de Tourcoing, Lille, Roubaix et la communauté urbaine sont socialistes -, le MoDem fait figure de challenger dans le Nord. « Mais nous comptons des élus dans les grandes villes et avons des partenariats avec le PS », souligne F. Lefebvre. « Même au sein d’un fief socialiste et alors que le vote pour l’extrême droite est très fort, un projet politique centriste a sa place, affirme quant à lui Christophe Calonne. « Le Nord reste une terre de démocratie chrétienne et il faut rappeler que le centre représente un vrai projet politique », soutient le responsable, avant de reconnaître que la « multiplicité des chapelles au centre » a desservi ce courant politique. « Toujours est-il qu’aujourd’hui il y a beaucoup plus de choses qui rassemblent les centristes que d’autres qui les séparent ».

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« Le centre n’est pas le ventre mou de la politique »

L’unité est donc le mot d’ordre à quelques semaines du premier tour. « Notre mission est de décider les indécis, les convaincre de l’intérêt de sortir du clivage droite gauche traditionnel, et que le centre n’est pas le ventre mou de la politique », martèle Michel Van Tichelen, 72 ans, adjoint au maire de Tourcoing, ancien Radical et UDF et figure locale du centrisme. Pour ce faire, « bien sûr nous tractons et nous effectuons beaucoup de porte-à-porte, c’est l’occasion de dialoguer avec les personnes même si nous sommes conscients qu’il est plus facile de toucher les électeurs via Twitter », raconte Odile. Frédéric Lefebvre accorde justement une grande importance aux réseaux sociaux, en complément du travail sur le terrain. « Cela nous permet de communiquer et de nous organiser entre militants, mais également de mobiliser d’autres personnes, d’autres profils », rapporte-t-il.

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Bayrou a bien « démarré » mais peine à « décoller »

Quant à la campagne menée au niveau national, si Christophe Calonne perçoit une « campagne de vérité, avec des promesses réalisables et non une campagne de « distribution » », d’autres comme Michel Van Tichelen, estiment que François Bayrou a bien « démarré » mais peine à « décoller ». « Etant donné la période de crise que nous traversons, le clivage gauche droite s’est malheureusement imposé dès le départ », analyse le centriste, « alors que la présidentielle est une occasion unique de renouveler le paysage politique français, de ne pas rester dans une vision pétrifiée de la politique ». Si M. Van Tichelen est satisfait de son candidat, le reste de la campagne le « désole ». « Je suis surtout stupéfié par Nicolas Sarkozy qui se positionne quasiment comme un challenger en occultant son passif et en attaquant François Hollande comme si c’était le candidat socialiste qui avait été à la tête du pays ces dernières années », commente-t-il. Interrogé quant à sa position au second tour en cas de duel François Hollande Nicolas Sarkozy, le centriste est clair : il penchera vers François Hollande qui l’a « agréablement surpris » et qui « prendra les moyens du redressement ».
Si cette décision est prise à titre personnel, M. Van Tichelen insiste cependant sur la nécessité de voir François Bayrou énoncer une consigne de vote au second tour. « Pour le bien du MoDem, M. Bayrou ne pourra pas rester dans le flou, il en va de la pérennité du parti, souligne-t-il. « Même si cela revient à reconnaître implicitement la bipolarité que le MoDem rejette, il faut avoir une vision à long terme », ajoute-t-il, avant de confier qu’il pense que le « cœur de François penchera plus vers François Hollande ». Pour Christophe Calonne, la consigne de vote n’est pas indispensable, chaque électeur étant « maître de sa voix ». Et quant à pencher pour François Hollande, le candidat socialiste « peut rassembler, mais tout dépend où il placera le curseur du rassemblement », glisse-t-il.

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