Adoption pour tous : "La privation délibérée d'un père ou d'une mère menace l'enfant"

Adoption pour tous : "La privation délibérée d'un père ou d'une mère menace l'enfant"
Adoption pour tous : "La privation délibérée d'un père ou d'une mère menace l'enfant"
Mardi, à l'appel de l'association Alliance Vita, les opposants au projet de loi sur le mariage « pour tous » et l’adoption pour les couples homosexuels ont manifesté, scandant le message « un papa, une maman. On ne ment pas aux enfants ! » Derrière ce slogan, quelle est leur position ? Nous avons posé la question à Tugdual Derville, délégué général d'Alliance VITA.
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Terrafemina : Lors des manifestations organisées mardi contre le projet de loi accordant le mariage et l'adoption aux homosexuels, vous disiez vouloir « protéger l’enfant ». Que craignez-vous exactement pour lui ?

Tugdual Derville : Derrière l’idée d’un « mariage pour tous », c’est la privation délibérée d’un père ou d’une mère qui menace l’enfant. Pour nous, la parité homme-femme dans le couple de parents doit être préservée. L’évidence biologique, c’est que tout être humain est issu d’un homme et d’une femme. Mais cette parité de toute origine est également précieuse pour la construction psychique des enfants. Père et mère ne sont pas interchangeables.

Tf : Tous les couples, qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels, rencontrent des difficultés qui peuvent rejaillir sur l’enfant. Pourquoi les enfants de couples homosexuels auraient-ils plus besoin, selon vous, de protection ?

T. D. : Ni plus ni moins. Mais on ment à un enfant si on lui fait croire qu’il a deux papas ou deux mamans. Dans les familles recomposées, on ne fait pas croire à un enfant dont les parents ont divorcé qu’arrive un « second » papa ou une « seconde » maman. Et de quel droit un enfant orphelin, qui a déjà subi un deuil, devrait-il être privé, au moment de l’adoption, de la chance d’avoir un père et une mère ?

Tf : Vous dites souhaiter que la parité au sein du couple soit respectée, pour que l’enfant puisse trouver un équilibre. Quelle est alors votre position sur les familles monoparentales ?

T. D. : Ce sont des situations que nous connaissons bien, à la fois comme tous les Français puisque nombre des membres de VITA vivent cette situation et par notre service d’aide aux familles en difficulté. Cette situation n’est pas idéale. Il ne s’agit ni de stigmatiser les adultes ou les enfants concernés, ni de prétendre que ce qu’ils vivent est facile. Une chose est d’aider les parents isolés (souvent des femmes) et les familles fragilisées, une autre serait de créer de toutes pièces ces fragilités. Ce serait injuste pour l’enfant.

Tf : Par ailleurs, les couples homoparentaux sont déjà une réalité dans notre société. Quid de ceux-là ?

T. D. : Il y a des parents, effectivement, qui vivent avec une nouvelle personne, de même sexe. Et il ne s’agit aucunement de nier qu’ils sont parents de plein droit des enfants conçu d’une précédente relation. Mais il faut justement protéger les droits de chacun des deux parents, père et mère, plutôt que de prétendre qu’arrive une seconde maman ou un second papa qui brouillerait les repères de l’enfant. Il y a aussi les situations de « fait accompli » liées à des bricolages procréatifs ou aux transgressions à l’étranger de nos lois bioéthiques (qui réservent la procréation artificielle aux couples subissant une infertilité médicale). Faudrait-il légaliser les mères porteuses ou l’insémination artificielle qui escamotent toute idée de père ou de mère pour un enfant ? Cela nous paraîtrait injuste, et même discriminatoire pour les enfants concernés.

Tf : A Strasbourg, la manifestation de mardi a été chahutée. Sur Twitter, le hashtag #UnPapaUneMaman a été détourné et raillé. Comprenez-vous que votre discours puisse créer de telles réactions ?

T. D. : Nous insistons pour que la question de l’enfant soit paisiblement posée. Je crois que s’il y a une forme de virulence dans ce débat, c’est parce que certaines personnes vivent douloureusement leur désir d’engendrement. Alliance VITA récuse toute idée de haine et de discrimination vis-à-vis des personnes. Nous disons simplement que la voix de l’enfant ne doit pas passer après les revendications des adultes.

Tf : A travers ces contre-manifestations, vous êtes accusé d’homophobie. Qu’en pensez-vous ? Comment définiriez-vous votre position ?

T. D. : Nos amis homosexuels présents à La Défense, comme l’écrivain Philippe Ariño, pourront vous dire s’ils nous trouvent homophobes ! Après, s’il y a des dérapages chez certains militants contre le « mariage » homosexuel, je les condamne. Mais traiter d’homophobes ceux qui affirment que la meilleure chance d’épanouissement d’un enfant, c’est d’avoir un père et une mère, c’est pour moi une façon très injuste d’étouffer le vrai débat sur l’enfant.

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